Fiche d'exercices Logimaths | L1 Éco, GPEC

Fiche d'exercices : Échanges et mondialisation

8 questions corrigées ⭐ → ⭐⭐⭐ : cherche d'abord, la correction est sous chaque énoncé

Échauffement


Exercice 1 : Deux taux d'ouverture, et ce qu'ils ne disent pas Deux pays fictifs, pour la même année (montants en milliards d'euros) :
PIBExportations XImportations M
Miranie900288342
Ostrala4 000520600
  1. Calcule le taux d'ouverture de chaque pays.
  2. Donne le degré d'ouverture de la Miranie, et explique en une phrase le lien entre les deux indicateurs.
  3. Peut-on conclure que l'Ostrala est un pays protectionniste ? Justifie.
📘 Revoir le cours : II. Mesurer la mondialisation : deux thermomètres
👆 Correction de l'exercice 1
1. Les deux taux d'ouverture. On applique la formule \dfrac{X + M}{2 \times \text{PIB}} \times 100 :\begin{aligned}\text{taux}_{\text{Miranie}} &= \dfrac{288 + 342}{2 \times 900} \times 100 && \quad \text{car } \text{on applique la formule} \\ &= \dfrac{630}{1800} \times 100 \\ &= 35\end{aligned}\begin{aligned}\text{taux}_{\text{Ostrala}} &= \dfrac{520 + 600}{2 \times 4000} \times 100 \\ &= \dfrac{1120}{8000} \times 100 \\ &= 14\end{aligned}La Miranie est ouverte à 35 %, l'Ostrala à 14 %.
2. Le degré d'ouverture de la Miranie. Il ne divise pas par deux :\begin{aligned}\text{degr\'e}_{\text{Miranie}} &= \dfrac{288 + 342}{900} \times 100 \\ &= 70\end{aligned}Le degré d'ouverture vaut donc exactement le double du taux d'ouverture, puisque seul le facteur 2 du dénominateur les sépare. Les deux indicateurs sont légitimes : la faute serait de comparer le taux d'un pays au degré d'un autre, ou de ne pas préciser lequel on utilise.
3. Non, on ne peut pas. Deux raisons, et la seconde est la plus importante.
D'abord, un grand pays est mécaniquement moins ouvert : une grande part de ses échanges se fait à l'intérieur de ses frontières et n'apparaît donc jamais au numérateur. Le PIB de l'Ostrala est ici plus de quatre fois celui de la Miranie. Ensuite, le taux d'ouverture est un résultat, pas une politique : il dépend aussi de la géographie, de la structure sectorielle (une économie de services de proximité échange peu) et de la richesse en ressources naturelles.
Conclusion : pour parler de protectionnisme, il faut regarder les instruments (droits de douane, quotas, normes discriminatoires), pas le seul résultat chiffré.

Remarque : l'écart entre X et M donne au passage la balance commerciale : la Miranie est en déficit de 54 milliards d'euros, l'Ostrala de 80. Un déficit commercial ne se lit PAS dans le taux d'ouverture, qui additionne les deux flux au lieu de les soustraire : ce sont deux indicateurs différents et ils répondent à deux questions différentes.

Exercice 2 : Vrai ou faux ? La justification EST la réponse Ces quatre affirmations sont fausses. Écrire « faux » sans expliquer ne vaut aucun point : la justification est la réponse attendue.
  1. « Un pays qui produit tout moins cher que son voisin n'a aucun intérêt à commercer avec lui. »
  2. « Un pays très efficace peut détenir l'avantage comparatif sur les deux biens à la fois. »
  3. « La mondialisation a commencé dans les années 1990, avec Internet et les conteneurs. »
  4. « Puisque les deux pays gagnent à l'échange, tout le monde y gagne dans chaque pays. »
📘 Revoir le cours : V. L'avantage comparatif (Ricardo)
👆 Correction de l'exercice 2
1. Faux. C'est exactement la situation que Ricardo traite en 1817, et sa réponse est l'inverse de l'intuition. Ce qui décide de la spécialisation n'est pas l'avantage absolu (comparer les heures d'un pays à celles de l'autre) mais l'avantage comparatif (comparer, à l'intérieur de chaque pays, le coût d'opportunité des deux biens). Un pays meilleur partout l'est nécessairement davantage sur un bien que sur l'autre : il a intérêt à concentrer ses heures là où son avance est la plus grande et à acheter le reste. Les deux pays y gagnent.
2. Faux, et c'est arithmétiquement impossible. Si le coût d'opportunité du bien 1 est plus faible chez A que chez B, alors le rapport inverse, qui est le coût d'opportunité du bien 2, est nécessairement plus élevé chez A : de \tfrac{a}{b} < \tfrac{c}{d} on déduit \tfrac{b}{a} > \tfrac{d}{c}. L'avantage comparatif est toujours partagé. Le seul cas limite est l'égalité des deux coûts d'opportunité : alors personne n'a d'avantage comparatif, et l'échange n'apporte rien.
3. Faux. Une première mondialisation s'est déployée entre 1870 et 1913, portée par le rail, le navire à vapeur, le canal de Suez et le télégraphe, avec des migrations proportionnellement plus libres qu'aujourd'hui. Ce qui commence dans les années 1990 est l'accélération de la seconde vague. L'erreur n'est pas seulement de date : elle fait croire que le phénomène est continu et irréversible, alors que l'entre-deux-guerres a ramené le commerce mondial à son niveau du XIXe siècle.
4. Faux, et c'est l'erreur la plus lourde du chapitre parce qu'elle confond deux niveaux d'analyse. Le résultat de Ricardo porte sur les pays pris comme des ensembles : le gain agrégé est positif des deux côtés. Mais à l'intérieur de chaque pays, la spécialisation déplace les facteurs de production entre secteurs : le facteur abondant voit sa demande augmenter et gagne, le facteur rare perd. Un gain national positif est parfaitement compatible avec des perdants réels et identifiables.

Remarque : en copie, la formule qui évite la faute est : « l'échange est mutuellement avantageux entre les pays, il ne l'est pas nécessairement entre les groupes sociaux d'un même pays ». C'est cette phrase qui ouvre toute la question des politiques d'accompagnement.

Le cas chiffré : Miranie et Ostrala


Exercice 3 : Mini-cas : qui doit se spécialiser dans quoi ?⭐⭐ Deux pays fictifs, la Miranie et l'Ostrala, produisent deux biens : du blé (en tonnes) et des panneaux solaires. Le tableau donne le nombre d'heures de travail nécessaires pour produire une unité.
Heures pour produire une unité1 tonne de blé1 panneau solaire
Miranie3 h12 h
Ostrala8 h16 h
Chaque pays dispose de 480 heures de travail. En autarcie, chacun répartit ses heures moitié-moitié entre les deux biens.
  1. Qui détient l'avantage absolu, et sur quels biens ?
  2. Calcule, pour chaque pays, le coût d'opportunité d'un panneau solaire exprimé en tonnes de blé. Qui détient l'avantage comparatif sur chaque bien ?
  3. Établis la production mondiale en autarcie.
  4. Montre, chiffres à l'appui, qu'une spécialisation permet de produire plus de blé pour exactement le même nombre de panneaux.
📘 Revoir le cours : V. L'avantage comparatif (Ricardo)
👆 Correction de l'exercice 3
1. L'avantage absolu. On compare les heures d'un pays à celles de l'autre, bien par bien. La Miranie produit une tonne de blé en 3 h contre 8 h pour l'Ostrala, et un panneau en 12 h contre 16 h. Elle détient donc l'avantage absolu sur les deux biens. Selon le seul raisonnement de Smith, aucun échange ne devrait avoir lieu.
2. Les coûts d'opportunité, pays par pays. Le coût d'opportunité d'un panneau est le nombre de tonnes de blé auxquelles il faut renoncer pour le produire, donc les heures du panneau divisées par les heures du blé, dans le même pays.\begin{aligned}C_{\text{opp}}(\text{1 panneau})_{\text{Miranie}} &= \dfrac{12}{3} && \quad \text{car } \text{12 h de panneau contre 3 h de bl\'e} \\ &= 4 \ \text{tonnes de bl\'e}\end{aligned}\begin{aligned}C_{\text{opp}}(\text{1 panneau})_{\text{Ostrala}} &= \dfrac{16}{8} && \quad \text{car } \text{16 h de panneau contre 8 h de bl\'e} \\ &= 2 \ \text{tonnes de bl\'e}\end{aligned}Un panneau coûte 4 tonnes de blé à la Miranie et seulement 2 à l'Ostrala : c'est donc l'Ostrala qui détient l'avantage comparatif sur les panneaux, bien qu'elle soit moins efficace en heures. Symétriquement, une tonne de blé coûte \tfrac{3}{12} = 0{,}25 panneau à la Miranie contre \tfrac{8}{16} = 0{,}5 panneau à l'Ostrala : la Miranie détient l'avantage comparatif sur le blé.
3. La production mondiale en autarcie. Chaque pays partage ses 480 heures en deux fois 240 heures.
En autarcieHeures bléTonnes de bléHeures panneauxPanneaux
Miranie240 h240 ÷ 3 = 80240 h240 ÷ 12 = 20
Ostrala240 h240 ÷ 8 = 30240 h240 ÷ 16 = 15
Total mondial110 tonnes35 panneaux
4. Le gain à la spécialisation. On demande à l'Ostrala de faire ce qu'elle sait faire au moindre coût d'opportunité : elle consacre ses 480 heures aux panneaux et en produit 480 \div 16 = 30. Il en manque 5 pour retrouver les 35 du départ : la Miranie les produit en 5 \times 12 = 60 heures, et consacre les 420 heures restantes au blé.
Après spécialisationHeures bléTonnes de bléHeures panneauxPanneaux
Miranie420 h420 ÷ 3 = 14060 h60 ÷ 12 = 5
Ostrala0 h0480 h480 ÷ 16 = 30
Total mondial140 tonnes35 panneaux
Interprétation du résultat : à heures de travail inchangées et à nombre de panneaux inchangé, le monde produit 30 tonnes de blé en plus, soit un gain de \tfrac{30}{110} \approx 27\ \%. Personne n'a travaillé davantage et aucune technique n'a changé : le gain vient uniquement de la réallocation des heures vers l'emploi où elles renoncent au moins.

Remarque : la spécialisation de la Miranie est partielle ici, et c'est voulu : on lui laisse produire les 5 panneaux manquants pour comparer deux situations à panneaux identiques. Si l'on demandait une spécialisation complète, le monde produirait 160 tonnes et 30 panneaux, et il faudrait convertir pour comparer. Raisonner « à quantité constante de l'un des deux biens » est la façon la plus lisible de rendre un gain visible.

Exercice 4 : Mini-cas (suite) : à quel prix échanger ?⭐⭐ On reprend la Miranie et l'Ostrala de l'exercice 3, après spécialisation : la Miranie produit 140 tonnes de blé et 5 panneaux, l'Ostrala 30 panneaux.
Heures pour produire une unité1 tonne de blé1 panneau solaire
Miranie3 h12 h
Ostrala8 h16 h
  1. Entre quelles valeurs doit se situer le prix d'un panneau, exprimé en tonnes de blé, pour que l'échange soit avantageux pour les deux pays ? Justifie chaque borne.
  2. On retient un rapport de 3 tonnes de blé pour 1 panneau. La Miranie importe 15 panneaux. Dresse le tableau des consommations de chaque pays avant et après échange, et conclus.
  3. Un négociant propose 5 tonnes de blé par panneau. Que se passe-t-il ?
📘 Revoir le cours : VI. Le gain à l'échange et les termes de l'échange
👆 Correction de l'exercice 4
1. L'intervalle des termes de l'échange. La règle : un pays n'accepte un échange que s'il obtient un meilleur rapport que celui qu'il obtient chez lui, c'est-à-dire son propre coût d'opportunité.
  • La Miranie fabrique un panneau chez elle en renonçant à 4 tonnes. Elle n'acceptera donc jamais de payer plus de 4 tonnes par panneau importé.
  • L'Ostrala, en produisant un panneau, renonce à 2 tonnes. Elle ne le vendra donc pas pour moins de 2 tonnes.
2 < \text{prix d'un panneau, en tonnes de bl\'e} < 4
Tout rapport strictement compris entre les deux coûts d'opportunité profite aux deux pays. Sa position exacte dans l'intervalle décide du partage du gain : plus le prix est proche de 2, plus la Miranie capte le gain ; plus il est proche de 4, plus c'est l'Ostrala. Le modèle donne l'intervalle, le rapport de force donne le point.
2. Le tableau des consommations. À 3 tonnes par panneau, importer 15 panneaux coûte à la Miranie 15 \times 3 = 45 tonnes de blé.
Blé avantPanneaux avantBlé aprèsPanneaux après
Miranie8020140 − 45 = 95 (+ 15)5 + 15 = 20 (inchangé)
Ostrala30150 + 45 = 45 (+ 15)30 − 15 = 15 (inchangé)
Total1103514035
Interprétation du résultat : chaque pays consomme exactement autant de panneaux qu'avant et 15 tonnes de blé de plus. Les 30 tonnes de gain trouvées à l'exercice 3 se retrouvent intégralement, partagées ici à parts égales. Aucun des deux pays ne perd : c'est le sens précis de « l'échange est mutuellement avantageux ».
3. À 5 tonnes par panneau, l'échange n'a pas lieu. Ce prix est hors de l'intervalle, au-dessus de la borne haute. La Miranie refuse : elle obtient un panneau chez elle en renonçant à 4 tonnes seulement, donc payer 5 tonnes la ferait perdre 1 tonne par panneau. Elle produit ses panneaux elle-même et l'échange s'arrête.
Conclusion : hors de l'intervalle, ce n'est pas que l'échange soit « moins intéressant », c'est qu'il est refusé par l'un des deux partenaires. Un prix hors bornes ne se négocie pas, il ne se conclut pas.

Remarque : aux bornes exactement (2 ou 4 tonnes), le pays concerné est indifférent : il ne perd rien mais ne gagne rien non plus, et la totalité du gain revient à l'autre. C'est pourquoi l'énoncé du cours écrit des inégalités strictes.

Analyse et argumentation


Exercice 5 : Question de cours : commenter la courbe du commerce mondial⭐⭐ La part du commerce dans le PIB mondial dessine, depuis 1870, une courbe en deux vagues séparées par un effondrement.
  1. Cite les deux moteurs techniques de chacune des deux vagues.
  2. Que démontre l'épisode 1914-1945, et pourquoi est-ce la leçon la plus importante de la courbe ?
  3. Qu'appelle-t-on la slowbalisation, et en quoi diffère-t-elle du repli de l'entre-deux-guerres ?
📘 Revoir le cours : III. Les tendances de long terme
👆 Correction de l'exercice 5
1. Les moteurs techniques des deux vagues.
Première vague (1870-1913)Seconde vague (surtout 1990-2008)
Transportle chemin de fer et le navire à vapeur, prolongés par le canal de Suez (1869) : le coût du fret s'effondrele conteneur normalisé et l'aérien : la manutention devient quasiment gratuite et les ruptures de charge disparaissent
Informationle télégraphe : un prix connu à distance en quelques heures au lieu de quelques semainesl'informatique et les télécommunications : coordonner à distance une chaîne de production devient possible et bon marché
À ces moteurs techniques s'ajoutent, dans les deux cas, des moteurs institutionnels : l'étalon-or et les traités de commerce au XIXe siècle, les cycles de négociation du GATT puis l'OMC (1995) au XXe.
2. Ce que démontre 1914-1945. En trente ans, deux guerres mondiales, la crise de 1929, une montée générale du protectionnisme et l'effondrement du système monétaire international ont ramené le commerce mondial à un niveau proche de celui d'un demi-siècle plus tôt.
La leçon est que la mondialisation n'est ni linéaire ni irréversible. Elle n'est pas une force naturelle qui s'imposerait aux États : elle est le produit de conditions techniques ET de choix politiques, et ces choix peuvent être défaits. C'est cette leçon qui rend pertinent tout le débat sur la régulation : si l'ouverture était inévitable, il n'y aurait rien à décider.
3. La slowbalisation. Depuis la crise financière de 2008, la part du commerce dans le PIB mondial cesse de progresser et forme un plateau. On parle de slowbalisation, c'est-à-dire d'un ralentissement, et non d'un recul.
La différence avec l'entre-deux-guerres est de nature autant que d'ampleur : en 1914-1945 la part s'effondre, ici elle se stabilise à un niveau historiquement très élevé. Les causes diffèrent également : là où l'entre-deux-guerres cumule guerre, crise et protectionnisme, la période actuelle combine la maturité des chaînes de valeur déjà fragmentées, des tensions commerciales, des préoccupations de sécurité d'approvisionnement et le coût climatique du transport.
Interprétation du résultat : parler d'une « démondialisation » est prématuré. Ce qu'on observe est une recomposition des chaînes (raccourcissement, diversification des fournisseurs) plus qu'une contraction des échanges.
Exercice 6 : Mini-cas : qui gagne et qui perd à une ouverture commerciale ?⭐⭐⭐ La Valmarie est un pays à haut revenu, richement doté en travail qualifié et en capital, et relativement pauvre en travail peu qualifié. Elle signe un accord de libre-échange avec la Sorendie, un pays émergent richement doté en travail peu qualifié. En Valmarie, le secteur du textile emploie surtout des ouvriers moyennement qualifiés ; le secteur des équipements de précision emploie surtout des ingénieurs.
  1. Quel bien chaque pays va-t-il exporter ? Justifie par la dotation factorielle.
  2. Dans chaque pays, quel facteur gagne et quel facteur perd ? Quel est l'effet sur les inégalités internes de chacun ?
  3. Le solde de l'accord est positif pour la Valmarie prise dans son ensemble. Pourquoi l'accord y est-il malgré tout politiquement contesté ?
  4. Cite deux limites à ce raisonnement.
📘 Revoir le cours : VIII. Qui gagne, qui perd ?
👆 Correction de l'exercice 6
1. Les spécialisations. Chaque pays se spécialise dans le bien qui utilise intensément le facteur dont il est relativement abondant.
  • La Valmarie, abondante en travail qualifié et en capital, exporte les équipements de précision et importe le textile.
  • La Sorendie, abondante en travail peu qualifié, exporte le textile et importe les équipements.
2. Les gagnants et les perdants, facteur par facteur. Le raisonnement se fait en deux temps : le secteur exportateur se développe et embauche, le secteur concurrencé se contracte ; la demande relative de chaque facteur suit ce mouvement.
ValmarieSorendie
Secteur qui granditles équipements de précisionle textile
Secteur qui reculele textileles équipements
Facteur qui gagnele travail qualifié et le capital (facteurs abondants)le travail peu qualifié (facteur abondant)
Facteur qui perdle travail peu et moyennement qualifié (facteur rare)le travail qualifié (facteur rare)
Inégalités interneselles augmententelles diminuent
Conclusion de cette question : le facteur abondant gagne, le facteur rare perd, et cela dans chacun des deux pays. L'effet sur les inégalités est donc de sens opposé de part et d'autre.
3. Pourquoi la contestation, malgré un solde positif. Parce que le gain et la perte n'ont pas la même forme.
  • Le gain est diffus : des millions de consommateurs valmariens paient leur textile un peu moins cher, sans jamais attribuer cette baisse à l'accord.
  • La perte est concentrée : elle frappe des ouvriers identifiables, dans des bassins d'emploi précis, souvent là où le textile était le principal employeur. Elle est immédiate, visible et durable.
  • Le coût d'ajustement s'ajoute à la perte de revenu : un ouvrier du textile ne devient pas ingénieur en équipements, et il ne déménage pas sans coût.
Interprétation du résultat : une somme algébrique positive ne suffit jamais à emporter l'adhésion quand elle additionne un petit gain pour beaucoup et une grosse perte pour quelques-uns. C'est ce constat, et non un doute sur le calcul, qui fonde les politiques de redistribution et de formation.
4. Deux limites du raisonnement.
  1. L'horizon. Le résultat vaut à dotations données, donc à court et moyen terme. À long terme, la formation modifie la dotation elle-même : un pays peut réduire sa rareté en travail qualifié, et le partage change.
  2. La taille du marché intérieur. Dans une grande économie, l'essentiel de l'emploi se trouve dans des secteurs abrités de la concurrence internationale (construction, santé, commerce de proximité). L'effet est alors réel mais dilué, et concentré sur des territoires plutôt que sur le pays entier.

Remarque : une troisième limite mérite d'être citée si le temps le permet : l'ouverture commerciale n'est pas la seule cause à l'œuvre. L'automatisation remplace exactement les mêmes tâches routinières, et distinguer la part de chacune est l'un des débats les plus actifs de la discipline. Attribuer 100 % de la baisse de l'emploi industriel au commerce est une faute d'analyse.

Exercice 7 : Mini-cas : classer trois décisions dans le trilemme de Rodrik⭐⭐ Pour chacune de ces trois situations, indique les deux sommets du trilemme qui sont préservés, celui qui cède, et le nom de la voie correspondante.
  1. Un pays adhère à une union régionale qui fixe des normes communes, ouvre totalement les frontières entre membres et confie l'arbitrage des litiges à une juridiction commune.
  2. Un gouvernement annonce une réforme fiscale ambitieuse, puis y renonce en quelques jours après une forte hausse des taux exigés sur sa dette, en expliquant qu'il faut « rassurer les marchés ».
  3. Un pays quitte un accord commercial pour retrouver la maîtrise de ses normes agricoles et de sa politique sanitaire, en assumant une réduction de ses échanges avec ses anciens partenaires.
📘 Revoir le cours : XI. Le trilemme de Rodrik
👆 Correction de l'exercice 7
La méthode est toujours la même : on repère les deux objectifs préservés, on en déduit le troisième, celui qui cède.
SituationOn gardeOn abandonneVoie
1l'hypermondialisation (frontières ouvertes entre membres) et la démocratie (l'adhésion et les règles restent votées)la souveraineté nationale : normes et arbitrage passent à l'échelon supranational« Fédéralisme mondial », dans sa version régionale
2l'hypermondialisation (les capitaux circulent librement) et la souveraineté formelle (le gouvernement n'a rien signé qui l'y oblige)la démocratie : la politique effectivement menée est déterminée par la contrainte de financement, non par le vote« Camisole dorée »
3la souveraineté nationale et la démocratiel'hypermondialisation : l'intégration commerciale est volontairement réduite« Compromis de Bretton Woods »
Ce qu'il fallait montrer : le trilemme ne juge pas, il nomme le renoncement. Chacune des trois situations est défendable, et chacune a un prix que le triangle rend explicite.
Interprétation du cas 2, qui est le plus subtil : la souveraineté y est formellement intacte, aucun traité n'interdit la réforme. C'est justement le point de Rodrik : la contrainte n'a pas besoin d'être juridique pour être réelle. Quand l'alternative à une politique est une crise de financement, le vote perd sa portée sans qu'aucune règle n'ait été écrite.

Remarque : attention à ne pas ranger le cas 1 dans la « camisole dorée » sous prétexte qu'un pays y perd du pouvoir. Le critère n'est pas « perdre du pouvoir », c'est lequel des trois sommets est sacrifié. Dans le cas 1 le vote conserve sa portée, simplement à un autre échelon : la démocratie est déplacée, pas abandonnée.

Exercice 8 : Synthèse rédigée : une usine ferme, que répondre ?⭐⭐⭐ Dans un pays à haut revenu, le dernier site d'assemblage d'électroménager d'un bassin d'emploi de 40 000 habitants ferme : 600 emplois, majoritairement des postes d'opérateurs moyennement qualifiés. La direction invoque la concurrence des importations. Un responsable local demande le rétablissement de droits de douane sur l'électroménager importé.
Rédige une réponse argumentée en quatre temps : le constat, le mécanisme économique, les réponses publiques possibles avec leurs limites, et ta conclusion. Une quinzaine de lignes. 📘 Revoir le cours : IX. Le maillon intermédiaire
👆 Correction de l'exercice 8
1. Le constat, sans le minimiser. La perte est réelle, concentrée et durable. Six cents emplois dans un bassin de 40 000 habitants, ce n'est pas une statistique nationale : c'est un choc local qui touche aussi les commerces, les sous-traitants et les recettes de la commune. Les postes détruits sont des emplois moyennement qualifiés à tâches routinières, c'est-à-dire exactement le maillon que la mondialisation et l'automatisation vident de concert dans les pays à haut revenu. Une réponse qui commencerait par « en moyenne le pays y gagne » serait à la fois vraie et hors sujet.
2. Le mécanisme économique. Le pays est relativement abondant en travail qualifié et en capital : il se spécialise dans les activités qui les utilisent intensément et importe les biens intensifs en main-d'œuvre. Le facteur rare, ici le travail peu et moyennement qualifié, voit sa demande relative baisser : il perd, alors même que le pays gagne. Deux précisions : le commerce n'est pas seul en cause, l'automatisation remplace les mêmes tâches ; et la mondialisation ne détruit pas des emplois en nombre, elle en change la composition et la localisation. Le problème n'est pas le solde, c'est la transition, et l'absence de transition pour ceux qui la subissent.
3. Les réponses publiques, et leurs limites.
RéponseCe qu'elle apporteSa limite
Droits de douane sur l'électroménagerprotection immédiate et visible du sitetous les ménages du pays paient leur électroménager plus cher, le site protégé se modernise moins, et les partenaires ripostent sur les secteurs exportateurs : on sauve 600 emplois en en fragilisant d'autres, ailleurs et sans le voir
Redistribution et indemnisation renforcéetraite le vrai problème, qui est le partage du gain, sans renoncer au gain lui-mêmecompense le revenu mais pas le déclassement ni la perte de statut ; suppose une base fiscale mobilisable, or capital et bénéfices sont mobiles
Formation et reconversion financées avant la fermetureseule réponse qui agit sur la cause en modifiant la dotation factoriellelente, coûteuse, et très peu efficace si elle démarre après l'annonce plutôt que des années avant
Politique de site : attirer une activité de remplacement, investir dans les infrastructures localesrépond à la dimension territoriale, qui est le cœur du problèmel'État choisit mal les activités gagnantes ; risque de dépense sans effet durable
4. Conclusion. Le rétablissement de droits de douane est la réponse la plus intuitive et la moins efficace : elle transfère le coût sur des consommateurs et des exportateurs qui ne le verront pas, elle expose le pays à une riposte, et elle ne fait que retarder l'ajustement. La réponse pertinente combine une indemnisation rapide, un accompagnement individualisé vers les emplois réellement disponibles, et un investissement territorial décidé avec les acteurs locaux. Le débat n'est donc pas « pour ou contre l'ouverture », mais « à quelles conditions », et la principale condition est que le gain agrégé soit effectivement partagé avec ceux qui en supportent le coût. C'est le sens du trilemme de Rodrik : une ouverture qui n'est pas politiquement acceptée finit par être défaite.

Remarque : le correcteur attend trois choses dans cette copie : que la perte soit prise au sérieux avant toute théorie, que le mécanisme soit nommé précisément (facteur rare, tâches routinières, réallocation), et que chaque réponse publique proposée vienne avec sa limite. Une copie qui se contente de conclure « le libre-échange est bénéfique » manque les trois.