Fiche d'exercices : Offre, demande, équilibre de marché et rôle de l'État
8 questions corrigées ⭐ → ⭐⭐⭐ : cherche d'abord, la correction est sous chaque énoncé
Échauffement
- Quatre compagnies se partagent la totalité des vols intérieurs d'un pays et surveillent chacune les tarifs des trois autres.
- Une centaine de salons de coiffure dans une même ville, tous un peu différents.
- La distribution de l'eau potable d'une commune, assurée par un seul réseau de canalisations.
- Des milliers de producteurs vendent du blé tendre standardisé sur un marché mondial où le cours est affiché en continu.
- Dans une vallée isolée, une seule usine emploie l'essentiel de la main-d'œuvre locale.
👆 ▶ Correction de l'exercice 1
| Situation | Structure | Justification |
|---|---|---|
| 1 | Oligopole | l'atomicité est violée du côté des vendeurs : ils sont peu nombreux et surtout interdépendants, chacun devant anticiper la réaction des autres |
| 2 | Concurrence monopolistique | l'atomicité est respectée, mais l'homogénéité ne l'est pas : chaque salon a sa clientèle, son emplacement, sa réputation, donc un petit pouvoir sur son prix |
| 3 | Monopole | un seul vendeur ; la libre entrée est impossible, dupliquer le réseau de canalisations serait absurde. C'est un monopole dit naturel |
| 4 | Concurrence pure et parfaite (ou très proche) | atomicité, homogénéité du blé standardisé, transparence du cours affiché : les cinq conditions sont approchées |
| 5 | Monopsone | le pouvoir de marché est du côté de la demande de travail : un seul acheteur face à de nombreux vendeurs de travail |
Remarque : le cas 5 est le seul où le pouvoir est du côté des acheteurs. Il est très souvent oublié en copie, alors qu'il éclaire des situations réelles (bassins d'emploi monoindustriels, filières agricoles face à quelques centrales d'achat).
- « Le prix du café augmente, donc la demande de café diminue : la courbe de demande se déplace vers la gauche. »
- « Puisqu'on observe à la fois une hausse du prix des billets d'avion et une hausse du nombre de passagers, la loi de la demande est démentie. »
- « Un bien inférieur est un bien de mauvaise qualité. »
- « Si les deux courbes se déplacent, on ne peut rien dire du nouvel équilibre. »
👆 ▶ Correction de l'exercice 2
2. Faux. La loi de la demande vaut toutes choses égales par ailleurs. Si le prix ET les quantités augmentent, c'est qu'autre chose a bougé en même temps : ici la demande s'est déplacée vers la droite (revenus, saison, population), et l'on observe le déplacement du POINT D'ÉQUILIBRE le long de la courbe d'offre, pas la courbe de demande. La loi n'est pas testée par une simple observation de prix et de quantités.
3. Faux. « Inférieur » est une catégorie technique, définie par la réaction au revenu : la demande du bien diminue quand le revenu augmente. Elle ne dit rien de la qualité intrinsèque. Le transport en car longue distance est un bien inférieur dans beaucoup d'études, ce qui ne le rend pas mauvais.
4. Faux. Quand les deux courbes bougent, un des deux effets reste certain : le sens de variation de Q si les deux courbes vont dans le même sens, celui de P si elles vont en sens opposés. Seul l'autre effet est ambigu, et l'ambiguïté elle-même est une réponse : elle dit que le résultat dépend de l'ampleur relative des deux déplacements.
Le modèle offre-demande
- Calcule le prix et la quantité d'équilibre.
- Un atelier régional de reconditionnement ouvre ses portes : l'offre devient Q^o = 340 + 4P. Calcule le nouvel équilibre.
- Sans refaire de calcul, retrouve le SENS des deux variations par la méthode en 3 étapes, et vérifie qu'il concorde.
👆 ▶ Correction de l'exercice 3
2. Le nouvel équilibre.\begin{aligned}900 - 3P &= 340 + 4P && \quad \text{car } Q^d = Q^o \text{ au nouvel équilibre} \\ &\iff 900 - 340 = 4P + 3P \\ &\iff 560 = 7P \\ &\iff P^* = 80\end{aligned}\begin{aligned}Q^* &= 900 - 3 \times 80 \\ &= 900 - 240 \\ &= 660\end{aligned}Le prix passe de 100 € à 80 € et la quantité de 600 à 660 vélos.
3. La vérification par la méthode.
- Quelle courbe ? Un atelier de plus, c'est un producteur de plus : la courbe d'offre se déplace. Les acheteurs n'ont pas changé.
- Quel sens ? À chaque prix, l'offre est supérieure de 140 vélos (le terme constant passe de 200 à 340) : la courbe se déplace vers la droite.
- Comparaison. Offre vers la droite, demande inchangée : le prix baisse et la quantité augmente.
Remarque : le paramètre modifié est le terme CONSTANT de l'offre, pas son coefficient. Une courbe qui se translate garde sa pente : c'est bien un déplacement DE la courbe, et non un changement de la sensibilité au prix.
- Calcule l'équilibre avant la taxe.
- La taxe agit comme un coût supplémentaire de 2 € par unité : les producteurs offrent désormais, à chaque prix de vente P, la quantité qu'ils offraient auparavant au prix P - 2. Écris la nouvelle fonction d'offre et calcule le nouvel équilibre.
- De combien le prix payé par le consommateur a-t-il augmenté ? Combien reste-t-il au producteur, taxe déduite ? Qui supporte réellement la taxe ?
- Un élu déclare : « La taxe est payée par les entreprises, elle ne touchera pas le pouvoir d'achat des ménages. » Que répondre ?
👆 ▶ Correction de l'exercice 4
2. La nouvelle offre. Les producteurs offrent au prix P ce qu'ils offraient au prix P - 2 :\begin{aligned}Q^o_{\text{taxe}}(P) &= 60 + 5(P - 2) && \quad \text{car } \text{la taxe coûte 2 par unité} \\ &= 60 + 5P - 10 \\ &= 50 + 5P\end{aligned}La courbe d'offre s'est déplacée vers la gauche (le terme constant passe de 60 à 50), ce qui est bien l'effet attendu d'une taxe sur les producteurs. Le nouvel équilibre :\begin{aligned}480 - 5P &= 50 + 5P && \quad \text{car } Q^d = Q^o_{\text{taxe}} \\ &\iff 480 - 50 = 5P + 5P \\ &\iff 430 = 10P \\ &\iff P^* = 43\end{aligned}\begin{aligned}Q^* &= 480 - 5 \times 43 \\ &= 480 - 215 \\ &= 265\end{aligned}3. Le partage de la taxe.
| Avant | Après | Écart | |
|---|---|---|---|
| Prix payé par le consommateur | 42 € | 43 € | + 1 € |
| Prix encaissé par le producteur, taxe déduite | 42 € | 43 − 2 = 41 € | − 1 € |
| Quantité échangée | 270 | 265 | − 5 milliers de plats |
4. La réponse à l'élu. L'affirmation confond qui verse la taxe et qui la supporte. Le fabricant verse bien les 2 € au fisc, mais il en répercute une partie dans son prix de vente : le consommateur paie ici la moitié de la taxe. Le pouvoir d'achat est donc touché, même si aucun ménage ne remplit de déclaration. On dit que l'incidence économique de la taxe diffère de son incidence légale.
Remarque : ce résultat ne dépend pas du côté auquel la loi adresse la taxe. Une taxe de 2 € prélevée sur les acheteurs aurait donné exactement le même partage et la même quantité échangée. Le marché ne lit que le coin creusé entre le prix payé et le prix reçu.
- Applique la méthode en 3 étapes à chaque événement séparément.
- Combine-les : que peut-on affirmer avec certitude sur le prix d'équilibre ? sur la quantité ?
- De quelle information faudrait-il disposer pour trancher ce qui reste ambigu ?
👆 ▶ Correction de l'exercice 5
| Événement | Étape 1 : quelle courbe | Étape 2 : quel sens | Étape 3 : effet seul |
|---|---|---|---|
| Le lithium double | l'offre : c'est un prix de facteur, donc un coût de production | vers la gauche : à chaque prix de vente, produire est moins rentable, donc on offre moins | P augmente, Q diminue |
| Prime à l'achat | la demande : elle s'adresse aux ménages, elle réduit ce qu'ils déboursent | vers la droite : à chaque prix affiché, les ménages en veulent plus | P augmente, Q augmente |
- Le prix d'équilibre augmente, à coup sûr. Les deux chocs le poussent vers le haut : le premier parce que produire coûte plus cher, le second parce que les acheteurs sont prêts à payer davantage.
- La quantité est ambiguë. La prime tire les quantités vers le haut, le coût du lithium les tire vers le bas.
Concrètement, il faudrait connaître le montant de la prime et sa diffusion (combien de ménages en bénéficient), et la part du lithium dans le coût de production d'un vélo. Si la batterie pèse peu dans le prix de revient, l'effet demande l'emporte et les quantités augmentent ; si elle en représente une part importante, le contraire est possible.
Interprétation du résultat : le modèle n'est pas muet quand il conclut à une ambiguïté. Il indique exactement quelle donnée chercher pour trancher, ce qui est déjà un résultat.
Quand le marché ne suffit plus
- Une plage publique, très fréquentée en août au point d'être saturée, ouverte à tous et sans clôture possible.
- Un phare, dont le signal guide tous les navires qui passent au large.
- Un parking de 200 places, fermé par une barrière.
👆 ▶ Correction de l'exercice 6
| Bien | Rival ? | Exclusion possible ? | Catégorie |
|---|---|---|---|
| Plage saturée | oui en août : une serviette posée est une place en moins | non : accès libre, pas de clôture | bien commun |
| Phare | non : un navire de plus ne prive personne du signal | non : impossible d'éteindre le faisceau pour qui n'a pas payé | bien public pur |
| Parking | oui : une place occupée n'est plus disponible | oui : la barrière suffit | bien privé |
Le parking. Rival et excluable : c'est un bien privé, le marché sait parfaitement le fournir. Une tarification à l'heure, éventuellement modulée selon l'affluence, est adaptée ; que la commune l'exploite elle-même ne change rien à la nature du bien.
La plage. C'est le cas intéressant. Rivale et non excluable, elle est exposée à la tragédie des biens communs : chaque usager supplémentaire profite pleinement de sa venue, tandis que la gêne, la dégradation du milieu dunaire et les déchets sont supportés par tous. Personne n'a individuellement intérêt à s'abstenir.
Deux dispositifs :
- Réglementer l'accès : quota journalier de fréquentation, réservation gratuite mais obligatoire aux heures de pointe, mise en défens des zones dunaires fragiles.
- Rendre l'exclusion partielle possible sur les usages complémentaires plutôt que sur la plage elle-même : parking payant, taxe de séjour, concessions encadrées. On agit sur le prix d'accès sans clôturer le rivage.
Remarque : la plage est un bien commun en août et un bien public pur en février, quand elle est déserte : la rivalité dépend de la fréquentation. La classification n'est donc pas une étiquette collée une fois pour toutes ; en copie, il faut préciser à quel moment on se place.
- Recense les externalités, en précisant pour chacune son SIGNE et si elle naît de la production ou de la consommation.
- Explique en quoi le prix de la course « ment ».
- Propose trois instruments distincts (un par famille du cours) et indique pour chacun sa limite.
- Un opposant affirme qu'il faut purement et simplement interdire le service. Discute.
👆 ▶ Correction de l'exercice 7
| Effet | Signe | Origine | Tiers concerné |
|---|---|---|---|
| Moins de voitures sur les courts trajets | positive | consommation | tous les habitants : moins de congestion et de pollution locale |
| Trottinettes abandonnées sur les trottoirs | négative | consommation | piétons, personnes en fauteuil ou malvoyantes |
| Accidents sur trottoir | négative | consommation | piétons |
| Parc renouvelé tous les quelques mois | négative | production | la collectivité : extraction des métaux, fabrication, déchets |
3. Trois instruments.
| Famille | Mise en œuvre ici | Limite |
|---|---|---|
| Réglementation | stationnement obligatoire sur emplacements marqués, vitesse bridée, plafond du nombre d'engins par opérateur | uniforme et rigide : elle ne distingue pas l'opérateur qui gère bien de celui qui gère mal, et elle exige un contrôle coûteux |
| Taxe ou redevance | redevance d'occupation du domaine public par engin et par mois, majorée en cas d'engin mal stationné constaté | le bon montant est difficile à calibrer ; trop faible, il n'incite à rien, trop fort, il supprime aussi l'externalité positive |
| Action sur les préférences et l'information | campagne sur le partage du trottoir, tutoriel obligatoire à la première course, affichage de l'empreinte du trajet | effet lent, incertain et difficile à mesurer |
4. Faut-il interdire ? L'analyse économique ne conclut jamais à supprimer une activité au motif qu'elle produit une externalité négative : elle conclut à en ajuster le niveau. Interdire reviendrait à renoncer aussi à l'externalité positive (les trajets en voiture évités) et au service rendu aux usagers.
La bonne question est celle du niveau optimal : on réduit la nuisance tant que le coût de la réduction reste inférieur au dommage évité. L'interdiction n'est justifiée que si le coût social dépasse le bénéfice social à tout niveau d'activité, ce que le bilan présenté n'établit pas.
Interprétation du résultat : le débat doit porter sur des chiffres (nombre d'accidents, voitures effectivement remplacées, durée de vie réelle des engins), pas sur des principes. C'est précisément à cela que sert la qualification des externalités : elle dit où regarder.
- Identifie les deux problèmes d'information, en les distinguant clairement.
- Explique pourquoi la hausse de la prime risque d'aggraver la situation.
- Propose un remède adapté à CHACUN des deux problèmes, et explique par quel mécanisme il agit.
- Ce marché peut-il disparaître ? Quel auteur a décrit ce mécanisme ?
👆 ▶ Correction de l'exercice 8
| Constat | Problème | Pourquoi |
|---|---|---|
| Les souscripteurs consomment plus de soins que la moyenne | antisélection | AVANT le contrat : les étudiants les plus fragiles savent qu'ils consommeront, la mutuelle ne peut pas les distinguer. C'est une caractéristique cachée |
| Les assurés consultent plus depuis qu'ils sont couverts | aléa moral | APRÈS le contrat : c'est le comportement qui change, parce que le soin est devenu gratuit à l'usage. C'est une action cachée |
| Les étudiants en bonne santé ne renouvellent pas | antisélection, deuxième tour | à 180 €, le contrat n'est plus intéressant pour un bon risque : il sort, et le portefeuille se dégrade |
3. Un remède pour chaque problème.
- Contre l'antisélection : des contrats différenciés. Proposer un contrat A à prime faible et couverture limitée, et un contrat B à prime forte et couverture complète. Un étudiant qui se sait fragile choisit B, un étudiant en bonne santé choisit A : le choix révèle l'information que la mutuelle ne pouvait pas obtenir autrement. L'affiliation obligatoire, quand elle est possible, produit le même effet par un autre chemin : elle empêche les bons risques de sortir.
- Contre l'aléa moral : une franchise ou un ticket modérateur. Laisser une petite part du soin à la charge de l'assuré rétablit un coût à l'usage, donc une incitation à ne consulter que lorsque c'est utile. Le mécanisme est d'intéresser l'agent au résultat : son comportement redevient coûteux pour lui.
Interprétation du résultat : la défaillance ne vient ni d'une malhonnêteté ni d'une erreur de gestion, mais de la seule asymétrie d'information. C'est pourquoi la solution passe par des dispositifs qui font révéler l'information, et non par un simple ajustement du tarif.
Remarque : attention à ne pas confondre les deux problèmes dans la copie : une franchise ne corrige pas l'antisélection (elle ne dit rien du risque du candidat), et une affiliation obligatoire ne corrige pas l'aléa moral (une fois assuré, le comportement change toujours). Il faut bien deux dispositifs distincts.