Fiche d'exercices Logimaths | L1 Éco, GPEC

Fiche d'exercices : Valeur, monnaie et inflation

8 questions corrigées ⭐ → ⭐⭐⭐ : cherche d'abord, la correction est sous chaque énoncé

Échauffement


Exercice 1 : Classiques ou marginalistes ? Attribue chacun de ces énoncés à l'école classique (valeur travail) ou à l'école marginaliste (valeur utilité), et justifie en une ligne.
  1. « Le prix d'une table dépend du nombre d'heures qu'il a fallu pour la fabriquer. »
  2. « Le dernier litre d'eau sert à arroser une pelouse : c'est lui qui fixe le prix de l'eau. »
  3. « La valeur est dans le bien, indépendamment de celui qui l'achète. »
  4. « Un bien que personne ne désire ne vaut rien, quel que soit son coût de production. »
  5. « L'ouvrier crée dans sa journée plus de valeur qu'il n'en reçoit en salaire. »
Termine en une phrase : lequel des deux courants résout le paradoxe de l'eau et du diamant, et comment ? 📘 Revoir le cours : III. La valeur utilité : la révolution marginaliste
👆 Correction de l'exercice 1
Le test est toujours le même : l'énoncé regarde-t-il du côté des coûts (offre) ou du côté du désir de l'acheteur (demande) ?
ÉnoncéÉcoleJustification
1classiquela valeur est ramenée au travail incorporé : c'est la valeur travail de Smith et Ricardo
2marginalistec'est l'utilité de la DERNIÈRE unité disponible qui fixe le prix
3classiqueconception objective de la valeur, contenue dans le bien
4marginalisteconception subjective : sans utilité marginale, pas de valeur d'échange
5classiquec'est la plus-value de Marx, qui prolonge la valeur travail
Le paradoxe est résolu par les marginalistes. L'eau a une utilité totale immense mais une quantité disponible énorme, donc une utilité marginale minuscule, donc un prix minuscule ; le diamant a une utilité totale faible mais une quantité disponible minuscule, donc une utilité marginale élevée, donc un prix élevé. Il suffisait de cesser de comparer des totaux pour comparer des marges.

Remarque : l'énoncé 5 est classique par sa MÉTHODE (la valeur vient du travail), même si Marx s'en sert pour poser une question de répartition que Smith et Ricardo ne posaient pas. Une méthode partagée n'est pas une conclusion partagée.

Exercice 2 : Vrai ou faux ? Justifie chaque réponse Ces quatre affirmations sont fausses. La justification EST la réponse : dire « faux » sans expliquer ne vaut aucun point.
  1. « La carte bancaire est une forme de monnaie. »
  2. « Pour être acceptée, une monnaie doit avoir une valeur propre, comme l'or en avait. »
  3. « Un bien qui conserve bien sa valeur dans le temps est une monnaie. »
  4. « L'inflation ne change rien aux fonctions de la monnaie : un euro reste un euro. »
📘 Revoir le cours : IV. Les trois fonctions de la monnaie
👆 Correction de l'exercice 2
1. Faux. La carte bancaire est un instrument de paiement, pas une forme de monnaie : elle sert à faire circuler de la monnaie scripturale, c'est-à-dire l'écriture qui figure sur le compte. Détruire la carte ne détruit pas le solde. Même raisonnement pour le chèque, le virement et l'application de paiement.
2. Faux. C'est précisément ce que la monnaie fiduciaire a démenti : billets et pièces non convertibles n'ont aucune valeur propre, et fonctionnent parfaitement. Ce qui fonde une monnaie n'est pas sa matière, c'est l'acceptation générale, adossée à la loi (cours légal), à l'institution qui l'émet et à l'habitude. J'accepte un billet parce que je sais que le suivant l'acceptera.
3. Faux. La réserve de valeur n'est qu'une des trois fonctions. Un lingot d'or ou un logement conservent leur valeur sans être des monnaies : ils ne sont ni unité de compte (on n'affiche pas les prix en grammes d'or) ni intermédiaire des échanges (aucun commerçant ne les accepte en caisse). Il faut les trois fonctions à la fois.
4. Faux. L'inflation attaque d'abord la réserve de valeur : la monnaie conservée perd du pouvoir d'achat. En forte inflation, elle attaque ensuite l'unité de compte (les prix ne veulent plus rien dire d'une semaine à l'autre, on se met à compter en devise étrangère), puis l'intermédiaire des échanges (chacun se débarrasse de la monnaie au plus vite, le troc réapparaît). C'est exactement l'enchaînement des hyperinflations.

Le cœur du chapitre


Exercice 3 : Mini-cas : une monnaie locale est-elle une monnaie ?⭐⭐ Une association de commerçants d'un bassin de vie lance la « Vaillante », une monnaie locale. Les règles sont les suivantes :
  • 1 Vaillante s'achète 1 € et ne se reconvertit en euros qu'avec une retenue de 5 % ;
  • elle est acceptée par 180 commerçants du bassin, et par eux seuls ;
  • les prix restent affichés en euros dans toutes les vitrines ;
  • les billets de Vaillante perdent 2 % de leur valeur tous les six mois, pour encourager la dépense ;
  • l'association détient en euros, sur un compte dédié, la contrepartie de toutes les Vaillantes émises.
  1. Teste les trois fonctions de la monnaie, une par une.
  2. À quelle forme de monnaie la Vaillante se rattache-t-elle ?
  3. Son émission crée-t-elle de la monnaie au sens de la partie VII ?
  4. Conclus : monnaie, ou pas ?
📘 Revoir le cours : V. Les formes de la monnaie
👆 Correction de l'exercice 3
1. On applique le test des trois fonctions, sans en sauter aucune.
FonctionVerdictPourquoi
Unité de comptenon remplieles prix sont affichés en euros : la Vaillante ne mesure rien, elle se contente de suivre l'euro à parité
Intermédiaire des échangesremplie, mais localementelle règle un achat chez 180 commerçants ; hors du bassin, elle ne vaut rien
Réserve de valeurmal rempliefonte de 2 % par semestre et retenue de 5 % à la sortie : la conserver coûte cher, et c'est voulu
2. Elle se rattache à la monnaie fiduciaire par sa forme (des billets sans valeur propre, acceptés par confiance), mais il lui manque l'attribut décisif : elle n'a pas cours légal. Personne n'est obligé de l'accepter, et son acceptation repose sur une adhésion volontaire, pas sur la loi.
3. Non. L'association détient en euros la contrepartie intégrale des Vaillantes émises : chaque Vaillante en circulation correspond à un euro immobilisé. Aucune créance nouvelle n'a été inscrite au bilan d'une banque : il n'y a pas création monétaire, mais simple changement de forme d'une monnaie qui existait déjà. La masse monétaire du pays est inchangée.
4. Ce n'est pas une monnaie au sens économique du terme, mais un bon d'achat circulant à acceptation restreinte. Ce qui lui manque n'est ni la matière ni la technique : c'est l'acceptation générale, et c'est elle qui fait une monnaie.
Interprétation du résultat : la fonte de 2 % par semestre n'est pas un défaut de conception, c'est l'objectif même du dispositif. En dégradant volontairement la réserve de valeur, l'association accélère la circulation de la monnaie sur le territoire, c'est-à-dire qu'elle augmente sa vitesse de circulation V.

Remarque : le raisonnement se transpose tel quel à un jeton de plateforme ou à un cryptoactif : on ne demande pas ce que l'objet EST, on teste ce qu'il FAIT, fonction par fonction. C'est la méthode attendue en examen.

Exercice 4 : Inflation, désinflation ou déflation ?⭐⭐ L'indice des prix à la consommation d'un pays, base 100 en année 0, évolue ainsi :
Année012345
Indice des prix100104110116119118
  1. Calcule le taux d'inflation de chaque année, arrondi à 0,1 % près.
  2. Qualifie chaque période : inflation qui accélère, désinflation ou déflation ?
  3. Entre l'année 2 et l'année 4, un habitant affirme : « les prix ont baissé, l'inflation est passée de 5,8 % à 2,6 %. » Corrige-le.
  4. De combien le niveau général des prix a-t-il augmenté entre l'année 0 et l'année 5 ?
📘 Revoir le cours : VIII. Inflation, désinflation, déflation
👆 Correction de l'exercice 4
1. Le taux d'inflation d'une année est le taux de variation de l'indice, divisé par l'indice de départ :\begin{aligned}t_1 &= \dfrac{104 - 100}{100} \times 100 \\ &= 4{,}0\ \%\end{aligned}\begin{aligned}t_2 &= \dfrac{110 - 104}{104} \times 100 \\ &\approx 5{,}8\ \%\end{aligned}
Période0 → 11 → 22 → 33 → 44 → 5
Taux d'inflation+ 4,0 %+ 5,8 %+ 5,5 %+ 2,6 %− 0,8 %
2.
  • De l'année 1 à l'année 2 : le taux passe de 4,0 à 5,8 %, il augmente. C'est une inflation qui accélère.
  • De l'année 2 à l'année 4 : le taux redescend (5,8 puis 5,5 puis 2,6 %) mais reste positif. C'est une désinflation.
  • Année 5 : le taux devient négatif. C'est de la déflation, et c'est la seule année où les prix baissent réellement.
3. L'habitant confond le taux et le niveau. Entre l'année 2 et l'année 4, le taux d'inflation a baissé, mais les prix ont continué de monter : l'indice est passé de 110 à 119, soit une hausse de 8,2 % sur ces deux années. Les prix ont monté moins vite, ils n'ont pas baissé. C'est la différence entre une voiture qui ralentit et une voiture qui recule.
4. On compare directement les deux indices, puisqu'ils partagent la même base :\begin{aligned}\text{hausse totale} &= \dfrac{118 - 100}{100} \times 100 \\ &= 18\ \%\end{aligned}Interprétation du résultat : un panier qui coûtait 100 € en année 0 en coûte 118 € en année 5, malgré la déflation de la dernière année. Un an de baisse à 0,8 % ne compense pas quatre ans de hausse.

Remarque : les taux annuels ne s'additionnent pas : 4,0 + 5,8 + 5,5 + 2,6 − 0,8 donne 17,1 %, et non 18 %. Les taux de variation successifs se multiplient, parce que chacun s'applique au niveau déjà atteint.

Exercice 5 : Pouvoir d'achat : un salaire qui monte peut-il baisser ?⭐⭐ En année N, un salarié gagne 2 400 € net par mois. En année N+1, son salaire augmente de 3 %, tandis que l'indice des prix passe de 100 à 105. Il rembourse par ailleurs un crédit immobilier à taux fixe, de 900 € par mois.
  1. Calcule son salaire nominal de l'année N+1.
  2. Calcule la variation de son pouvoir d'achat, à 0,1 % près.
  3. Exprime son salaire de l'année N+1 en euros de l'année N, et retrouve le résultat de la question 2.
  4. Que devient le poids réel de sa mensualité de crédit ?
  5. L'inflation lui a-t-elle été entièrement défavorable ?
📘 Revoir le cours : IX. Nominal et réel : le pouvoir d'achat
👆 Correction de l'exercice 5
1. Le salaire nominal est celui qu'affiche la fiche de paie :\begin{aligned}\text{salaire nominal (N+1)} &= 2\,400 \times 1{,}03 \\ &= 2\,472\end{aligned}Il gagne donc 2 472 € par mois.
2. Le pouvoir d'achat se calcule en confrontant les deux taux, jamais en les soustrayant directement :\begin{aligned}1 + t_r &= \dfrac{1 + 0{,}03}{1 + 0{,}05} && \quad \text{car } \text{on divise le taux du salaire par celui des prix} \\ &= \dfrac{1{,}03}{1{,}05} \\ &\approx 0{,}9810\end{aligned}\begin{aligned}t_r &\approx -1{,}9\ \%\end{aligned}Son pouvoir d'achat recule d'environ 1,9 %.
3. On déflate le salaire de l'année N+1, c'est-à-dire qu'on le ramène aux prix de l'année N :\begin{aligned}\text{salaire réel (N+1)} &= \dfrac{2\,472}{105} \times 100 \\ &\approx 2\,354{,}29\end{aligned}Ses 2 472 € d'année N+1 achètent ce que 2 354,29 € achetaient en année N, contre 2 400 € un an plus tôt :\begin{aligned}\text{variation} &= \dfrac{2\,354{,}29 - 2\,400}{2\,400} \times 100 \\ &\approx -1{,}9\ \%\end{aligned}On retrouve bien le résultat de la question 2, ce qui est la vérification attendue.
4. La mensualité reste fixée à 900 € en euros courants, mais ces euros valent moins :\begin{aligned}\text{mensualité réelle} &= \dfrac{900}{105} \times 100 \\ &\approx 857{,}14\end{aligned}En euros de l'année N, sa mensualité ne pèse plus que 857,14 €, soit un allègement d'environ 4,8 %.
5. Non, et c'est tout l'intérêt de la question. Il est perdant comme salarié (son salaire monte moins vite que les prix, il perd 1,9 % de pouvoir d'achat) et gagnant comme débiteur à taux fixe (sa dette, fixée en euros, s'allège en termes réels de 4,8 %).
Interprétation du résultat : l'inflation n'est pas une perte pour tout le monde, c'est un transfert, essentiellement des créanciers vers les débiteurs. Répondre « l'inflation appauvrit » sans préciser qui est appauvri, c'est passer à côté du mécanisme.

Remarque : l'approximation t_r \approx t_n - t_i donnerait ici 3 − 5 = − 2 %, très proche des − 1,9 % exacts. Elle reste acceptable pour de petits taux, mais il faut savoir écrire la formule exacte : en forte inflation, l'écart devient considérable.

Exercice 6 : Mini-cas : la banque qui crée de la monnaie⭐⭐ Une banque commerciale accorde à une entreprise un crédit de 300 000 €, porté au crédit de son compte courant.
  1. Décris l'écriture au bilan de la banque. Que devient l'agrégat M1 ?
  2. L'entreprise règle aussitôt un fournisseur, client d'une autre banque. Que devient M1 ? Qu'est-ce que cela coûte à la première banque ?
  3. Un an plus tard, l'entreprise a remboursé 60 000 € de capital. Quel effet sur la masse monétaire ?
  4. La banque centrale relève son taux directeur de 2 % à 4 %. Quel enchaînement attend-on ?
  5. Un an après cette hausse, le crédit n'a presque pas ralenti dans le pays. Cite deux explications possibles.
📘 Revoir le cours : VII. La création monétaire et son contrôle
👆 Correction de l'exercice 6
1. La banque inscrit simultanément deux lignes : à son actif, une créance de 300 000 € sur l'entreprise ; à son passif, un dépôt à vue de 300 000 € au nom de l'entreprise. Ces 300 000 € n'ont été prélevés sur aucun compte existant : ils viennent d'être créés. M1 augmente de 300 000 €, puisque les dépôts à vue en font partie. C'est le sens exact de la formule « les crédits font les dépôts ».
2. M1 est inchangé : le dépôt disparaît de la première banque et réapparaît, pour le même montant, à la seconde. La monnaie a changé de main, pas de quantité.
En revanche, la première banque doit régler la seconde en monnaie centrale, qu'elle ne crée pas. C'est la fuite hors de son circuit : elle doit détenir ou se procurer cette monnaie centrale, en empruntant sur le marché interbancaire ou en se refinançant auprès de la banque centrale, au taux directeur. Voilà pourquoi le taux directeur commande le coût du crédit.
3. Le remboursement détruit de la monnaie : la créance disparaît de l'actif, le dépôt du passif. La masse monétaire diminue de 60 000 €.
Interprétation du résultat : la masse monétaire ne croît donc que si les crédits nouveaux dépassent les remboursements. Une économie où le crédit s'arrête voit sa masse monétaire se contracter d'elle-même.

Remarque : les intérêts versés, eux, ne détruisent pas de monnaie : ils passent du compte de l'entreprise au produit de la banque, qui les redépense. Seul le remboursement du capital annule l'écriture de création.

4. L'enchaînement attendu est le suivant : se refinancer coûte plus cher aux banques, donc elles relèvent les taux de leurs crédits, donc ménages et entreprises empruntent moins, donc il se crée moins de monnaie, donc la demande globale ralentit, donc les tensions sur les prix s'apaisent. La banque centrale ne fixe pas la quantité de monnaie : elle en fixe le prix, et laisse la demande de crédit faire le reste.
5. Deux explications au moins :
  • Le délai de transmission : la politique monétaire agit sur plusieurs trimestres. Les crédits accordés cette année ont souvent été négociés à l'ancien taux, et le stock de crédits à taux fixe ne bouge pas du tout.
  • Les anticipations : si les emprunteurs anticipent une inflation supérieure au taux nominal, le taux d'intérêt réel reste bas, voire négatif. Emprunter continue d'être avantageux, et un taux nominal de 4 % face à une inflation de 5 % coûte en réalité moins que rien.
Exercice 7 : Mini-cas : un pays qui entre en déflation⭐⭐⭐ Dans un pays, l'indice des prix passe de 100 à 99,2 puis à 98,4 en deux ans. Dans le même temps : la croissance est nulle, le chômage augmente, le taux directeur de la banque centrale est déjà à 0 %, et l'endettement des ménages et des entreprises est élevé.
  1. Qualifie la situation et calcule les deux taux annuels, à 0,1 % près.
  2. Un responsable politique déclare : « des prix qui baissent, c'est du pouvoir d'achat gagné pour tout le monde. » Que lui répond un économiste ?
  3. Calcule le taux d'intérêt réel d'un emprunteur qui a signé un crédit à 1 % fixe. Que se passe-t-il ?
  4. Pourquoi la banque centrale est-elle largement désarmée ?
  5. Quels leviers restent mobilisables ?
📘 Revoir le cours : XI. Trois cas limites
👆 Correction de l'exercice 7
1. Le niveau général des prix baisse deux années de suite : c'est une déflation, et non une désinflation.\begin{aligned}t_1 &= \dfrac{99{,}2 - 100}{100} \times 100 \\ &= -0{,}8\ \%\end{aligned}\begin{aligned}t_2 &= \dfrac{98{,}4 - 99{,}2}{99{,}2} \times 100 \\ &\approx -0{,}8\ \%\end{aligned}2. Le responsable raisonne toutes choses égales par ailleurs, alors que précisément rien ne reste égal. Trois objections :
  • Les ménages reportent leurs achats, puisque tout sera moins cher plus tard : la demande recule.
  • Les entreprises voient leurs recettes baisser : elles réduisent l'investissement, puis les salaires, puis l'emploi. Les revenus baissent aussi, et souvent plus vite que les prix.
  • Les dettes, elles, restent fixes en euros : leur poids réel augmente. C'est la déflation par la dette décrite par Irving Fisher en 1933.
La boucle s'entretient toute seule, et c'est ce qui rend la déflation plus dangereuse qu'une inflation modérée.
3. Le taux réel se déduit du taux nominal et de l'inflation :\begin{aligned}t_{\text{réel}} &= t_{\text{nominal}} - t_{\text{inflation}} \\ &= 1 - (-0{,}8) \\ &= 1{,}8\ \%\end{aligned}L'emprunteur a signé à 1 %, il paie en réalité 1,8 % en termes de biens. Interprétation du résultat : la déflation alourdit les dettes sans que personne n'ait renégocié quoi que ce soit. C'est le transfert de l'exercice 5, mais en sens inverse : cette fois le créancier gagne et le débiteur perd. Avec des ménages et des entreprises fortement endettés, c'est le canal le plus dangereux.
4. Parce que son taux directeur est déjà à 0 % et ne peut guère descendre plus bas durablement : en dessous, il devient plus avantageux de garder des billets. Or le taux réel qu'elle laisse dans l'économie vaut ici 0 - (-0{,}8) = 0{,}8\ \% : il monte à mesure que la déflation s'aggrave, alors qu'il faudrait le faire baisser. La politique monétaire se durcit toute seule, exactement quand il faudrait qu'elle s'assouplisse.
5. Quatre leviers, du plus classique au plus lourd :
  1. la politique budgétaire : c'est l'outil principal, puisque l'État peut dépenser quand personne d'autre ne veut le faire ;
  2. des mesures monétaires non conventionnelles : achats de titres, prêts de long terme aux banques, qui agissent sur les taux longs faute de pouvoir agir sur le taux court ;
  3. un engagement crédible de la banque centrale à ramener l'inflation à sa cible : en déflation, agir sur les anticipations est parfois le seul canal restant ;
  4. le traitement de l'endettement (restructurations, assainissement des bilans bancaires), pour couper la boucle de Fisher à sa source.

Remarque : c'est précisément pour ne jamais arriver là que les grandes banques centrales visent 2 % et non 0 %. Une cible nulle laisserait la moindre récession faire basculer l'économie du côté où les outils habituels ne fonctionnent plus.

Pour aller plus loin


Exercice 8 : Mini-cas de synthèse : anatomie d'un choc inflationniste⭐⭐⭐ Un pays importe l'essentiel de son énergie. Après deux années de crise sanitaire pendant lesquelles les ménages ont beaucoup épargné et l'État beaucoup soutenu les revenus, on observe : le prix de l'énergie importée multiplié par 2,5 en un an, des ports engorgés et des composants introuvables, une demande qui repart très vite, puis des salaires renégociés à la hausse dans plusieurs branches.
L'indice des prix à la consommation évolue ainsi :
AnnéeNN+1N+2N+3
Indice des prix100107112114
  1. Calcule les trois taux d'inflation annuels à 0,1 % près, et qualifie chaque période.
  2. Range chacun des cinq faits de l'énoncé dans l'une des quatre familles de causes de l'inflation.
  3. Trois agents : un retraité dont la pension est indexée sur l'IPC avec un an de retard, un ménage qui rembourse un crédit à taux fixe, une banque qui a prêté à taux fixe. Gagnant ou perdant en N+1 ? Chiffre le cas du retraité.
  4. En N+3, les prix ont-ils retrouvé leur niveau de N ? Que répondre à un ménage qui trouve que « la désinflation ne se voit pas dans le caddie » ?
  5. Le gouvernement envisage de bloquer les prix de l'énergie. Discute cet outil, et propose une alternative.
📘 Revoir le cours : X. Causes, conséquences et outils de lutte
👆 Correction de l'exercice 8
1. Chaque taux se calcule sur l'indice de départ :\begin{aligned}t_{N \to N+1} &= \dfrac{107 - 100}{100} \times 100 \\ &= 7{,}0\ \%\end{aligned}\begin{aligned}t_{N+1 \to N+2} &= \dfrac{112 - 107}{107} \times 100 \\ &\approx 4{,}7\ \%\end{aligned}\begin{aligned}t_{N+2 \to N+3} &= \dfrac{114 - 112}{112} \times 100 \\ &\approx 1{,}8\ \%\end{aligned}La première année est une poussée d'inflation forte. Les deux suivantes sont une désinflation : le taux redescend (7,0 puis 4,7 puis 1,8 %) mais reste positif, donc les prix continuent de monter.
2.
Fait de l'énoncéFamille de causesPourquoi
Prix de l'énergie importée × 2,5par les coûts, et importéeun intrant acheté à l'étranger renchérit et se répercute dans tous les prix de vente
Ports engorgés, composants introuvablespar les coûtsl'offre est contrainte : produire coûte plus cher et prend plus de temps
Épargne accumulée qui se déversepar la demandeune demande différée frappe une offre qui ne peut pas suivre
Soutien massif des revenus par l'Étatpar la demande (et volet monétaire)les revenus ont été maintenus pendant que la production était bloquée
Salaires renégociés à la haussepar les coûts, effet de diffusionle choc initial se propage aux autres prix : c'est ce que les banques centrales cherchent à empêcher
3.
  • Le retraité est perdant en N+1 : sa pension est indexée avec un an de retard, donc elle n'augmente pas cette année-là alors que les prix montent de 7 %.
  • Le ménage endetté à taux fixe est gagnant : sa mensualité est fixée en euros, mais ces euros valent moins. Le poids réel de sa dette recule d'environ 6,5 %.
  • La banque prêteuse est perdante : elle est la contrepartie exacte du cas précédent. On lui rend une somme qui achète moins qu'au moment du prêt.
Chiffrage du retraité, à pension nominale inchangée :\begin{aligned}1 + t_r &= \dfrac{1 + 0}{1 + 0{,}07} \\ &\approx 0{,}9346\end{aligned}\begin{aligned}t_r &\approx -6{,}5\ \%\end{aligned}Il perd environ 6,5 % de pouvoir d'achat sur l'année.
Interprétation du résultat : l'inflation n'appauvrit pas tout le monde, elle redistribue. Elle frappe les revenus fixes ou indexés avec retard et les créanciers ; elle allège la charge des débiteurs à taux fixe, l'État compris.
4. Non. L'indice vaut 114 en N+3 contre 100 en N : le niveau général des prix reste 14 % au-dessus de celui d'avant le choc.\begin{aligned}\text{hausse totale} &= \dfrac{114 - 100}{100} \times 100 \\ &= 14\ \%\end{aligned}Le ménage a donc parfaitement raison, et il n'y a aucune contradiction avec les statistiques. La désinflation ne fait pas baisser les prix : elle ralentit leur hausse. Seule une déflation ferait redescendre le niveau des prix, et personne ne la souhaite pour les raisons vues à l'exercice 7. Le pouvoir d'achat se rétablit par des revenus qui rattrapent le niveau atteint, pas par un retour des prix en arrière.
5. Le blocage des prix de l'énergie protège immédiatement les ménages, et c'est son seul avantage. Ses coûts sont lourds :
  • il supprime le signal de rareté : à prix bloqué, personne n'a d'intérêt à économiser l'énergie devenue rare, ni à investir pour en produire autrement ;
  • il masque le symptôme sans traiter la cause : le prix mondial de l'énergie n'a pas bougé, quelqu'un paie la différence, en l'occurrence le budget de l'État ;
  • il reporte le choc : à la levée du blocage, le rattrapage est brutal, et il aide autant les ménages aisés que les ménages modestes, alors qu'ils ne consomment pas la même chose.
Alternative : laisser le prix monter, pour qu'il continue de dire la rareté, et verser une aide directe et ciblée aux ménages modestes. Le revenu est protégé, l'incitation à économiser est conservée, et le coût budgétaire est mieux maîtrisé parce qu'il ne bénéficie pas à tous.
Il faut enfin distinguer l'outil de chaque cause : contre la part importée et par les coûts, la politique monétaire ne peut rien (elle ne fait pas baisser le prix mondial du gaz), et c'est la politique budgétaire ciblée puis la politique de l'offre qui répondent. Contre le risque de diffusion aux salaires et aux autres prix, en revanche, la politique monétaire redevient l'outil central : elle agit sur les anticipations.

Remarque : l'énoncé est construit sur un enchaînement réel, celui du choc d'inflation qui a suivi la pandémie de 2020 : chocs d'offre et de demande simultanés, pic puis désinflation, et un niveau de prix qui ne revient pas. Les chiffres de cette fiche sont fictifs, mais la mécanique est celle qu'il faut savoir raconter en examen.