Fiche d'exercices : La structure des organisations
8 questions corrigées ⭐ → ⭐⭐⭐ : cherche d'abord, la correction est sous chaque énoncé
Échauffement : les questions de cours
Pour les mini-cas, garde le plan de réponse en trois temps : la règle (la notion du cours), l'application au cas, la conclusion en une phrase.
- Définis la structure d'une organisation. Ta définition doit contenir deux opérations.
- Explique pourquoi la seconde opération est la conséquence directe de la première.
- Qu'est-ce qu'un organigramme ? Cite deux apports et trois limites.
- Un stagiaire affirme : « L'organigramme dit qui a le pouvoir dans l'entreprise. » Que lui réponds-tu, et à quel auteur peux-tu te rattacher ?
👆 ▶ Correction de l'exercice 1
2. Coordonner est la conséquence de diviser : dès qu'on découpe le travail entre plusieurs personnes, aucune ne détient plus l'ensemble, et il faut un dispositif pour recoller les morceaux (un chef, une procédure, un objectif commun, une réunion). Plus la division est fine, plus le gain de spécialisation est grand, et plus le coût de coordination augmente. Une structure est toujours un compromis entre ces deux effets.
3. L'organigramme est la représentation graphique simplifiée de la structure : il montre les services, les niveaux hiérarchiques et les liaisons entre eux.
| Deux apports | Trois limites |
|---|---|
| une vue d'ensemble immédiate : nombre de niveaux et découpage retenu | il est statique : c'est une photo à une date |
| il indique qui dépend de qui, donc à qui s'adresser et qui décide | il est incomplet : ni charge de travail, ni compétences, ni moyens |
| (bonus admis : outil d'accueil des nouveaux et de communication interne) | il ignore le fonctionnement informel et le pouvoir réel |
Exemple : dans une imprimerie fictive, le technicien seul capable de redémarrer la vieille presse pèse davantage, dans les faits, que son chef d'atelier. Rien dans l'organigramme ne le laisse deviner.
- Distingue la spécialisation horizontale et la spécialisation verticale. Où se lisent-elles sur un organigramme ?
- Cite quatre critères de spécialisation horizontale, avec pour chacun un exemple et son inconvénient principal.
- Une entreprise fictive de nettoyage emploie 200 agents sur le terrain. On appelle éventail de subordination le nombre de personnes qui dépendent directement d'un même chef. Compare deux options : un éventail de 5, et un éventail de 20. Combien de niveaux d'encadrement et combien d'encadrants dans chaque cas ? Qu'en conclus-tu ?
- Donne deux avantages et deux inconvénients de la décentralisation.
👆 ▶ Correction de l'exercice 2
2. Quatre critères, parmi les cinq du cours :
| Critère | Exemple | Inconvénient principal |
|---|---|---|
| par fonction | production, commercial, RH, finance | cloisonnement : chaque service défend son point de vue |
| par produit | cuisine, bureau, jardin chez un fabricant de meubles | duplication des fonctions dans chaque ligne de produits |
| par clientèle | particuliers, professionnels, collectivités | clients à cheval sur deux catégories, doublons |
| par zone géographique | Nord, Sud, export | coordination lourde, risque de politiques divergentes |
| par projet | une équipe par chantier, dissoute à la fin | instabilité pour les personnes, double rattachement |
Éventail de 5 :\begin{aligned}\text{niveau 1} &= \frac{200}{5} \\ &= 40\ \text{chefs d'équipe}\end{aligned}\begin{aligned}\text{niveau 2} &= \frac{40}{5} \\ &= 8\ \text{responsables de secteur}\end{aligned}\begin{aligned}\text{niveau 3} &= \frac{8}{5} \\ &= 1{,}6 \\ &\approx 2\ \text{directeurs}\end{aligned}puis un dernier niveau, la direction : 4 niveaux d'encadrement, et \begin{aligned}\text{total encadrants} &= 40 + 8 + 2 + 1 \\ &= 51\end{aligned}Éventail de 20 :\begin{aligned}\text{niveau 1} &= \frac{200}{20} \\ &= 10\ \text{chefs d'équipe}\end{aligned}puis la direction, qui encadre directement ces 10 chefs : 2 niveaux d'encadrement, et\begin{aligned}\text{total encadrants} &= 10 + 1 \\ &= 11\end{aligned}Conclusion. Pour un même effectif de terrain, la structure haute (éventail de 5) compte 4 niveaux et 51 encadrants ; la structure plate (éventail de 20) en compte 2 et 11. L'écart de 40 postes d'encadrement explique la tendance générale à l'aplatissement : coût de l'encadrement intermédiaire, et lenteur de l'information qui doit traverser quatre étages au lieu de deux.
Interprétation du résultat : la structure plate n'est pas gratuite pour autant. Un chef d'équipe qui suit 20 agents dispersés sur des sites différents ne les accompagne plus, il les compte. L'éventail se choisit selon la nature du travail : large quand les tâches sont répétitives et balisées, étroit quand elles sont complexes.
4. Avantages de la décentralisation : décisions plus rapides et prises au plus près du terrain ; sommet déchargé des affaires courantes, donc disponible pour la stratégie (on accepte aussi : motivation et montée en compétence de l'encadrement). Inconvénients : risque d'incohérence entre unités et de doublons ; besoin d'un contrôle et d'un reporting qui coûtent (on accepte aussi : déléguer suppose des responsables compétents et la confiance du sommet).
Remarque : l'arrondi de 1,6 à 2 au niveau 3 n'est pas un détail : on ne coupe pas un directeur en deux. Dans ce type de calcul, on arrondit toujours à l'entier supérieur, sinon des équipes restent sans chef.
- Complète mentalement, puis rédige, le tableau des cinq structures types (entrepreneuriale, fonctionnelle, staff and line, divisionnelle, matricielle) avec, pour chacune : le principe, un avantage, un inconvénient.
- Décris précisément la structure matricielle et énonce son inconvénient majeur. Pourquoi cet inconvénient est-il assumé et non subi ?
- Dans une structure staff and line, l'état-major peut-il donner un ordre à un chef d'atelier ? Justifie, et cite le conflit typique de cette structure.
- Qualifie la structure de chacune de ces organisations fictives :
- a. Un salon de coiffure : la gérante emploie quatre personnes et traite directement avec chacune.
- b. Un groupe de restauration fictif organisé en trois enseignes distinctes, chacune avec son directeur, ses achats, son marketing et son résultat propre.
- c. Un bureau d'études fictif où chaque ingénieur dépend de son responsable de discipline et du chef du chantier sur lequel il travaille.
👆 ▶ Correction de l'exercice 3
| Structure | Principe | Un avantage | Un inconvénient |
|---|---|---|---|
| Entrepreneuriale | tout part du dirigeant, aucun échelon intermédiaire | rapidité et souplesse des décisions | tout repose sur une seule personne ; ne tient plus quand l'effectif grandit |
| Fonctionnelle | découpage par grands métiers sous la direction générale | spécialisation par métier, unité de commandement | cloisonnement entre fonctions, engorgement du sommet |
| Staff and line | une ligne hiérarchique qui commande, un état-major qui conseille | expertise disponible sans casser l'unité de commandement | conflits entre l'état-major et les opérationnels, surcoût |
| Divisionnelle | divisions autonomes par produit, zone ou clientèle, en centres de profit | autonomie, réactivité, responsabilité du résultat clairement située | duplication des fonctions, rivalités entre divisions |
| Matricielle | croisement de deux axes, en général métier × projet | compétences croisées, souplesse d'affectation | double commandement et coût de coordination élevé |
Son inconvénient majeur est la rupture de l'unité de commandement (principe formulé par Fayol : un subordonné ne doit recevoir d'ordres que d'un seul chef). Elle produit des consignes contradictoires, des arbitrages permanents et un inconfort réel pour les salariés, qui ne savent pas toujours à qui obéir.
Cet inconvénient est assumé : il n'est pas la conséquence d'une erreur de conception, il est le prix voulu du croisement permanent entre l'expertise du métier et l'exigence du projet. On ne le supprime pas, on l'organise : écrire ce qui relève de chaque axe, et prévoir qui arbitre en cas de désaccord.
3. Non. L'état-major (le staff) a une fonction de conseil : il éclaire la décision par son expertise (droit, qualité, contrôle de gestion, études), mais l'ordre continue de descendre par la ligne hiérarchique (le line). C'est précisément ce qui permet à cette structure de préserver l'unité de commandement. Sur l'organigramme, la liaison de conseil se dessine d'ailleurs en pointillé.
Le conflit typique oppose le staff et le line : les opérationnels reprochent aux conseillers de prescrire sans jamais assumer les conséquences, les conseillers reprochent aux opérationnels de refuser toute méthode. Le risque extrême est que le staff prenne, dans les faits, le pouvoir : quand un avis devient impossible à refuser, ce n'est plus un conseil.
4. a. Structure entrepreneuriale (« en soleil ») : la gérante traite directement avec ses quatre salariées, il n'existe aucun échelon intermédiaire.
b. Structure divisionnelle : trois enseignes autonomes, chacune avec ses propres fonctions (achats, marketing) et son résultat propre ; c'est la définition d'un centre de profit. Le critère de découpage est le produit, ici l'enseigne.
c. Structure matricielle : le double rattachement (responsable de discipline et chef de chantier) est le signe distinctif, et il ne se confond avec aucune autre structure.
Mintzberg : parties, configurations, coordination
- Le service informatique qui dépanne les postes de travail fait partie de la technostructure.
- Le centre opérationnel est la partie la moins importante de l'organisation, puisqu'il ne décide de rien.
- Le mot « bureaucratie » désigne, chez Mintzberg, une organisation mal gérée.
- Dans une bureaucratie professionnelle, la coordination repose sur la standardisation des procédés.
- L'idéologie est une partie de l'organisation au même titre que les cinq autres.
- Une organisation réelle correspond toujours exactement à l'une des sept configurations.
👆 ▶ Correction de l'exercice 4
2. Faux, et deux fois. D'abord, le centre opérationnel est la partie qui réalise l'activité pour laquelle l'organisation existe : sans lui, rien ne sort. Ensuite, il décide : dans une configuration professionnelle (hôpital, cabinet d'expertise, université), c'est lui qui détient le savoir et qui domine, le sommet stratégique ayant peu de prise sur son travail quotidien.
3. Faux. Au sens de Weber puis de Mintzberg, une bureaucratie est une organisation réglée par des procédures écrites et impersonnelles. C'est une qualité de fonctionnement, pas un défaut : c'est ce qui garantit qu'un dossier soit traité de la même façon pour tout le monde. Le sens péjoratif du mot est un usage courant, il n'est pas le sens du cours.
4. Faux. Dans une bureaucratie professionnelle, la coordination repose sur la standardisation des qualifications : c'est la formation longue et certifiée des opérationnels qui garantit le résultat, sans qu'on ait à leur prescrire leurs gestes. La standardisation des procédés caractérise la bureaucratie mécaniste, où la norme est produite par la technostructure et s'impose de l'extérieur au centre opérationnel. Confondre les deux revient à confondre un hôpital et une usine de grande série.
5. Vrai. L'idéologie (la culture, les valeurs et les croyances partagées) est la sixième partie du schéma. Sa particularité est de ne pas occuper une case : elle enveloppe les cinq autres, et elle fait tenir l'ensemble par l'adhésion plutôt que par la contrainte. Quand elle devient la partie dominante, on a affaire à la configuration missionnaire.
6. Faux. Une configuration est un type pur, un repère d'analyse. Les organisations réelles sont presque toujours hybrides : un hôpital est professionnel pour les soins et mécaniste pour sa facturation ; un groupe divisionnalisé peut abriter une division innovatrice. Une bonne copie le dit, à condition de désigner tout de même la configuration dominante : répondre « c'est un mélange » sans trancher ne vaut aucun point.
- Cite les six mécanismes de coordination de Mintzberg, en donnant pour chacun une définition d'une ligne et un exemple.
- Deux d'entre eux portent le même nom de famille mais ne portent pas sur la même chose : distingue la standardisation des procédés, des résultats et des qualifications.
- Pourquoi dit-on que l'ajustement mutuel convient aussi bien au travail le plus simple qu'au travail le plus complexe ?
👆 ▶ Correction de l'exercice 5
| Mécanisme | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Ajustement mutuel | les personnes se coordonnent en se parlant directement, sans passer par un chef | deux développeurs règlent une difficulté en trois minutes devant un écran |
| Supervision directe | une personne donne les ordres, contrôle et répond du travail des autres | le patron d'un garage fictif répartit les véhicules chaque matin |
| Standardisation des procédés | le contenu du travail est prescrit à l'avance (modes opératoires, scripts) | la fiche affichée au poste décrit chaque geste de préparation d'un sandwich |
| Standardisation des résultats | on impose l'objectif à atteindre, pas la manière d'y parvenir | chaque division doit rendre une marge de 8 %, libre à elle de ses moyens |
| Standardisation des qualifications | on normalise la formation de celui qui exécute : il sait quoi faire sans qu'on le lui dise | au bloc opératoire, chacun connaît le geste attendu de l'autre |
| Standardisation des normes | ce sont les valeurs partagées qui orientent les comportements | les bénévoles d'une association fictive agissent dans le même sens sans consigne écrite |
- les procédés : on normalise la manière de travailler, avant l'exécution. Le travail est prescrit ;
- les résultats : on normalise ce qu'il faut obtenir, et l'on juge après coup. La manière est libre ;
- les qualifications : on ne normalise ni l'un ni l'autre, on normalise celui qui fait, par sa formation et sa certification. Ni le geste ni le résultat ne sont prescrits : c'est la compétence acquise qui garantit le travail.
3. Parce que l'ajustement mutuel est le seul mécanisme qui ne suppose ni chef, ni règle préalable : il fonctionne dès que les personnes peuvent se parler.
- Dans le travail le plus simple et à très petite échelle (deux artisans dans un atelier), il suffit : écrire une procédure coûterait plus cher que le problème à résoudre.
- Dans le travail le plus complexe (recherche, création, projet innovant), il redevient indispensable : personne ne peut prescrire à l'avance des gestes ni des résultats pour une activité dont on ignore encore la solution. C'est pourquoi il domine dans l'adhocratie (configuration innovatrice).
Mini-cas : qualifier, diagnostiquer, conseiller
- Le cabinet « Chiffre & Cie » : quatorze experts-comptables diplômés, chacun avec son portefeuille de clients. Aucun ne dit à l'autre comment tenir un dossier ; les deux associés gèrent surtout les locaux et l'arrivée des nouveaux clients.
- La menuiserie « Bois d'Ici » : un artisan et deux apprentis. L'artisan répartit le travail chaque matin et vérifie chaque pièce.
- La conserverie « Bocaux du Val » : 320 salariés, trois lignes de production en grande série, un service des méthodes qui écrit les gammes de fabrication et chronomètre les postes.
- L'association « Un Toit pour Tous » : 200 bénévoles répartis dans quinze villes, trois salariés au total. Les bénévoles n'ont quasiment aucune consigne écrite et agissent pourtant tous dans le même sens.
- Le studio « Pixel Onze » : 40 personnes qui conçoivent un jeu vidéo original. Les équipes se recomposent au fil des problèmes, graphistes, développeurs et scénaristes travaillant ensemble sans hiérarchie stable.
👆 ▶ Correction de l'exercice 6
| Organisation | Partie dominante | Coordination | Configuration |
|---|---|---|---|
| 1. Chiffre & Cie | centre opérationnel | standardisation des qualifications | professionnelle |
| 2. Bois d'Ici | sommet stratégique | supervision directe | entrepreneuriale (structure simple) |
| 3. Bocaux du Val | technostructure | standardisation des procédés | mécaniste |
| 4. Un Toit pour Tous | idéologie | standardisation des normes | missionnaire |
| 5. Pixel Onze | fonctions de support et experts opérationnels | ajustement mutuel | innovatrice (adhocratie) |
- Ce sont les diplômés qui détiennent le savoir et qui font le travail : personne ne leur prescrit ni leurs gestes ni leurs résultats, c'est leur formation certifiée qui garantit la qualité. Les associés ne pilotent pas le travail, ils administrent la maison.
- Trois personnes, un chef qui répartit et contrôle chaque pièce en temps réel : c'est la définition de la supervision directe, et la taille interdit toute autre solution.
- Le signe décisif est le service des méthodes : il ne produit rien, il écrit comment les autres doivent produire. Une technostructure qui normalise le travail du centre opérationnel, en grande série, dans un environnement stable : bureaucratie mécaniste.
- Aucune consigne écrite, presque aucun encadrement, et pourtant une action convergente : ce qui coordonne ne peut être que les valeurs partagées. C'est la standardisation des normes, et la configuration missionnaire.
- Travail de création, problèmes non prévisibles, équipes qui se recomposent et absence de hiérarchie stable : aucune standardisation n'est possible puisque la solution n'est pas connue à l'avance. Seul l'ajustement mutuel tient, c'est l'adhocratie.
Remarque : le raccourci qui fait perdre des points : décider de la configuration à partir de la taille ou du secteur. Une petite association peut être missionnaire, une petite conserverie mécaniste, un grand cabinet professionnel. La méthode sûre est toujours la même : chercher d'abord ce qui coordonne réellement le travail, la partie dominante et la configuration en découlent.
- « Vis&Boulons » fabrique en grande série des pièces standard pour un marché stable depuis vingt ans. Un an après, sa productivité a progressé et ses rebuts ont diminué.
- « Labo Nova » développe des capteurs sur mesure pour des clients industriels, chaque commande étant un problème technique nouveau. Un an après, trois ingénieurs sur dix sont partis, les délais se sont allongés et deux clients importants ont été perdus.
- Qualifie la structure imposée par le groupe, avec le vocabulaire du cours.
- Explique le résultat obtenu dans chacune des deux entreprises, en mobilisant les travaux de contingence.
- Que faudrait-il changer chez « Labo Nova » ? Précise la structure, le mécanisme de coordination et le degré de centralisation.
- Quelle est la conclusion générale de ce cas ? Quel auteur peux-tu citer ?
👆 ▶ Correction de l'exercice 7
Application. Procédures écrites pour chaque poste (standardisation des procédés), décisions validées au siège (forte centralisation), communication descendante, contrôle par indicateurs : le groupe impose une structure mécaniste, au sens de Burns et Stalker.
2. Le même dispositif produit deux effets opposés parce que les deux entreprises ne sont pas dans la même situation.
| Vis&Boulons | Labo Nova | |
|---|---|---|
| Environnement | stable et prévisible depuis vingt ans | incertain : chaque commande est un problème technique nouveau |
| Technologie (Woodward) | grande série, production de masse | production à l'unité, sur mesure |
| Structure adaptée | mécaniste | organique |
| Résultat observé | productivité en hausse, rebuts en baisse : la structure imposée correspondait à la situation | départs, délais, clients perdus : la structure imposée contredit la situation |
Chez « Labo Nova », prescrire les procédés est impossible dans son principe : on ne peut pas écrire à l'avance la manière de résoudre un problème qu'on n'a jamais rencontré. La centralisation ajoute un délai à chaque décision technique, et le contrôle par indicateurs mesure mal un travail de conception. Les départs d'ingénieurs sont la conséquence logique : leur autonomie professionnelle, qui était la ressource de l'entreprise, a été supprimée.
3. Il faut faire passer « Labo Nova » à une structure organique :
- Structure : équipes par affaire ou par projet, peu de niveaux hiérarchiques, rôles redéfinis au gré des problèmes plutôt que postes figés. Une organisation matricielle (métier × affaire) est envisageable si l'entreprise mène plusieurs projets simultanés avec les mêmes spécialistes.
- Coordination : ajustement mutuel entre ingénieurs, complété par la standardisation des qualifications (on recrute et l'on forme des professionnels compétents, au lieu de leur prescrire leurs gestes).
- Centralisation : décentraliser les décisions techniques et commerciales courantes au niveau des équipes. Le siège garde les décisions d'investissement et la stratégie, et remplace le contrôle mensuel par des points d'avancement par affaire.
4. Conclusion. Il n'existe pas de structure idéale valable partout : une structure n'est pas bonne en soi, elle est adaptée ou non à sa situation. C'est la thèse de l'école de la contingence, qui s'oppose à la recherche d'un modèle universel chez les classiques (Taylor, Fayol, Weber). On cite ici Burns et Stalker (mécaniste en environnement stable, organique en environnement instable) et Woodward (la structure efficace dépend du mode de production). L'erreur du groupe n'est pas d'avoir choisi une mauvaise structure, c'est d'avoir appliqué la même à deux situations opposées.
Remarque : on peut prolonger avec Lawrence et Lorsch : plus l'environnement est incertain, plus les services se différencient, et plus il faut d'intégration pour les faire retravailler ensemble. Chez « Labo Nova », cette intégration passerait par des chefs de projet et des points d'avancement, pas par des procédures.
- Années 1 à 3 : deux fondateurs et six salariés, tout le monde fait un peu de tout, les décisions se prennent devant la machine à café.
- Années 4 à 6 : 70 salariés. Un directeur général a été recruté, l'entreprise s'organise en quatre services (production, commercial, administration, laboratoire) et tout remonte à lui.
- Aujourd'hui : 240 salariés, trois gammes (soin, parfum, hygiène) et une filiale dans deux pays voisins. Depuis deux ans, chaque responsable de gamme a reçu une large autonomie : il choisit ses fournisseurs, ses prix et ses campagnes. Résultat : le chiffre d'affaires progresse, mais la direction générale ne sait plus ce que font les gammes, deux d'entre elles ont acheté le même actif à des prix différents, une campagne a heurté l'image des deux autres, et aucune donnée n'est comparable d'une gamme à l'autre.
- Qualifie la structure de l'entreprise à chacune des trois périodes.
- Nomme la crise traversée entre la période 1 et la période 2, puis celle que l'entreprise traverse aujourd'hui. Situe-les dans le modèle de Greiner.
- Que préconises-tu ? Décris la phase suivante : structure, style de direction, système de contrôle.
- Quel est le risque de ta préconisation ? Comment s'appelle la crise qu'elle prépare ?
👆 ▶ Correction de l'exercice 8
| Période | Structure | Ce qui la caractérise |
|---|---|---|
| Années 1 à 3 | entrepreneuriale (« en soleil ») | huit personnes, aucun échelon intermédiaire, aucune règle écrite, coordination par ajustement mutuel puis supervision directe |
| Années 4 à 6 | fonctionnelle, fortement centralisée | quatre services par métier, un directeur général à qui tout remonte, unité de commandement respectée |
| Aujourd'hui | divisionnelle, très décentralisée | trois gammes autonomes en centres de profit, chacune maîtrisant ses achats, ses prix et sa communication |
La règle. Greiner décrit la croissance comme une succession de phases séparées par des crises, chaque phase créant elle-même, par son succès, le problème qui la rendra intenable.
Application.
- Entre la période 1 et la période 2, l'entreprise a traversé une crise de leadership, qui termine la phase 1 (croissance par la créativité). Le fonctionnement informel des débuts ne tenait plus à une soixantaine de salariés, et il a fallu recruter un dirigeant professionnel. La sortie de crise est d'ailleurs manifeste : le directeur général recruté et le passage à une structure fonctionnelle, c'est-à-dire la phase 2, la croissance par la direction.
- La centralisation de la phase 2 a ensuite provoqué une crise d'autonomie : les responsables ne pouvaient rien décider. L'entreprise y a répondu par la phase 3, la croissance par la délégation, d'où la large autonomie accordée aux responsables de gamme.
- Aujourd'hui, c'est la crise de contrôle qui termine la phase 3. Tous les symptômes de l'énoncé le disent : la direction générale ne sait plus ce que font les gammes, le même actif est acheté deux fois à des prix différents (une perte d'économies d'échelle), une campagne heurte l'image des autres gammes (aucune cohérence d'ensemble), et les données ne sont pas comparables (aucun langage commun). La délégation a réussi sur le chiffre d'affaires, et c'est ce succès même qui a fait perdre la maîtrise de l'ensemble.
- Structure : garder les trois gammes comme divisions, mais recentraliser ce qui doit l'être en créant des services centraux, c'est-à-dire une technostructure : achats stratégiques, contrôle de gestion, communication de marque, systèmes d'information. En vocabulaire du chapitre, l'entreprise se rapproche d'une structure staff and line greffée sur ses divisions.
- Style de direction : la direction générale ne décide plus à la place des gammes, elle surveille et harmonise : elle fixe les règles communes (une charte de marque, une politique d'achat), arbitre les conflits entre gammes et répartit les ressources.
- Système de contrôle : passer de l'absence de contrôle à un reporting commun : mêmes indicateurs, mêmes périodes, mêmes définitions pour les trois gammes, plans validés à l'avance et centres d'investissement. La coordination redevient possible parce que tout le monde parle enfin la même langue.
- Le mécanisme de coordination dominant devient la standardisation des résultats : on impose l'objectif et le format de compte rendu, on laisse la manière libre. C'est ce qui permet de reprendre le contrôle sans détruire l'autonomie qui fait marcher les gammes.
Interprétation du résultat : la bonne réponse n'est jamais « il fallait recentraliser » ni « il fallait déléguer ». Chaque solution structurelle est valable à un moment, et prépare le problème du moment suivant. Ce que l'examinateur attend, c'est que tu nommes la crise, que tu proposes la structure qui en sort, et que tu dises ce qu'elle coûtera à son tour.
Remarque : attention à la tentation du raccourci : « 240 salariés, donc phase 4 ». Greiner ne se lit pas sur l'effectif mais sur les symptômes. Ce sont eux qui datent l'entreprise : ici, l'incohérence entre unités autonomes et la perte de visibilité du sommet signent la crise de contrôle, quel que soit le nombre de salariés.