Fiche de cours Logimaths | L1 Éco, GPEC

Fiche de cours : Offre, demande, équilibre de marché et rôle de l'État

Comment un prix se forme, comment il réagit à un choc, et pourquoi le marché ne suffit pas toujours

I. Le marché : de quoi parle-t-on ?


Quatre prix, un seul mécanisme Le carburant qui bondit après un conflit lointain, les abricots hors de prix l'été d'une sécheresse, la chambre d'hôtel qui triple pendant un festival, le masque chirurgical passé de quelques centimes à plusieurs euros au printemps 2020 : ces quatre situations n'ont rien de commun en apparence.
Elles s'expliquent pourtant toutes par le même modèle, celui de l'offre et de la demande. Ce chapitre poursuit deux objectifs :
  1. comprendre comment un prix se forme et comment il réagit à un événement ;
  2. comprendre pourquoi le marché n'alloue pas toujours bien les ressources, et ce que l'État peut y faire.
Marché Un marché est l'ensemble des acheteurs et des vendeurs d'un bien ou d'un service, quel que soit le lieu où ils se rencontrent.
Le mot ne désigne donc pas un endroit : il n'y a pas de « lieu » du marché de l'assurance automobile, et pourtant ce marché existe et fixe des prix.
  • Marché organisé : les échanges passent par une procédure unique, à un endroit et à un moment donnés (une vente à la criée, une bourse). Le prix y est affiché et unique.
  • Marché décentralisé : chaque vendeur affiche son prix dans son coin, les acheteurs comparent (les coiffeurs d'une ville, les garages). Les prix se rapprochent sans jamais être parfaitement identiques.
Marché concurrentiel et preneurs de prix Un marché est concurrentiel lorsque aucun participant n'est assez gros pour peser sur le prix. Chacun est alors preneur de prix (price taker) : il subit le prix du marché et décide seulement de la quantité qu'il achète ou qu'il vend.
Exemple : un producteur de blé qui décide de retenir sa récolte ne fait pas monter le cours mondial d'un centime. Un constructeur automobile qui retire un modèle du marché, si.
Les 5 conditions de la concurrence pure et parfaite La CPP est un modèle théorique : une situation idéale qui sert de point de comparaison, pas une description du monde. Elle repose sur cinq conditions.
  1. Atomicité : les acheteurs et les vendeurs sont très nombreux et très petits devant le marché.
  2. Homogénéité : le produit est identique d'un vendeur à l'autre, donc l'acheteur n'a aucune raison de préférer l'un.
  3. Libre entrée et libre sortie : aucune barrière (brevet, licence, investissement massif) n'empêche d'entrer ni de partir.
  4. Mobilité des facteurs : le travail et le capital se déplacent librement vers les activités les plus rémunératrices.
  5. Transparence : tous connaissent les prix et les qualités, gratuitement et immédiatement.
Les trois premières conditions concernent la structure du marché, les deux dernières son fonctionnement.

Remarque : aucun marché réel ne remplit les cinq conditions. Le modèle reste utile précisément parce qu'il permet de mesurer les écarts : chaque condition violée annonce une défaillance de la partie VIII à XI de cette fiche. Un produit non homogène, ce sont les marques ; une transparence absente, c'est l'information imparfaite d'Akerlof.

StructureNombre de vendeursPouvoir sur le prixExemple
Concurrence pure et parfaitetrès nombreux, minusculesaucun : preneurs de prixun marché agricole mondial standardisé
Concurrence monopolistiquenombreux, produits différenciésfaible, limité à sa marquerestaurants, salons de coiffure, vêtements
Oligopolequelques-uns, interdépendantsréel, mais chacun doit anticiper la réaction des autrestéléphonie mobile, transport aérien
Monopoleun seulfort : il choisit son prix le long de la demandeun réseau ferré, une distribution locale d'eau
Monopsoneun seul ACHETEUR face à de nombreux vendeursfort, du côté de la demandeun employeur unique dans un bassin isolé
👆 À toi : le marché des baguettes d'une grande ville est-il en concurrence pure et parfaite ? Vérifie
On teste les conditions une par une.
Atomicité : oui, des centaines de boulangeries, aucune ne pèse sur le prix de la ville.
Libre entrée : à peu près, sous réserve du local et des qualifications.
Homogénéité : non. Les clients distinguent les baguettes, et surtout ils tiennent à l'emplacement : une baguette à 300 mètres n'est pas la même marchandise qu'une baguette à 3 kilomètres.
Transparence : imparfaite. Personne ne connaît les prix de toutes les boulangeries de la ville.
Conclusion : ce marché relève de la concurrence monopolistique. Chaque boulanger a un petit pouvoir de marché, hérité de son emplacement et de sa réputation, ce qui explique qu'on observe des prix différents à quelques rues d'écart sans que personne ne disparaisse.

II. La demande


Quantité demandée et loi de la demande La quantité demandée d'un bien est la quantité que les acheteurs souhaitent et peuvent acheter à un prix donné, pendant une période donnée.
Loi de la demande : toutes choses égales par ailleurs, quand le prix d'un bien augmente, la quantité demandée de ce bien diminue. La courbe de demande est donc décroissante.
Q^d = a - b\,P \qquad (a > 0,\ b > 0)
Deux raisons se cumulent :
  • l'effet de substitution : le bien devenu cher est remplacé par un autre (le bœuf par le poulet) ;
  • l'effet de revenu : à revenu inchangé, un prix plus élevé réduit ce qu'on peut acheter au total.
⚠️ « Toutes choses égales par ailleurs » : la clause qui fait tout tenir La formule latine ceteris paribus n'est pas une précaution de style, c'est la condition de validité de la loi de la demande.
Elle signifie : on fait varier le prix et rien d'autre. Si l'on observe dans la réalité une hausse du prix ET une hausse des quantités vendues, la loi n'est pas démentie : c'est simplement qu'autre chose a bougé en même temps (le revenu, la mode, la population).
Sans cette clause, aucune loi économique ne serait testable, puisque tout bouge toujours en même temps.
Les déterminants de la demande Le prix du bien fait glisser sur la courbe. Tous les autres facteurs déplacent la courbe entière.
Le PRIX change on glisse LE LONG DE la courbe Un AUTRE facteur change la COURBE se déplace O P Q D A B le prix baisse de 6 à 3 : la quantité demandée passe de 2 à 5, sur LA MÊME courbe O P Q D D' à CHAQUE prix, la quantité demandée est plus grande : la demande a augmenté
À gauche, un seul événement : le prix a changé. On reste sur la même courbe, on change simplement de point. À droite, le prix n'a pas bougé : c'est autre chose qui a changé, et à chaque prix les acheteurs veulent désormais une quantité différente. Confondre les deux est l'erreur la plus coûteuse du chapitre.
Ce qui changeEffetTraduction graphique
Le prix du bienla quantité demandée varie en sens inverseon glisse le long de la courbe
Le revenu augmente (bien normal)on en achète plus à chaque prixla courbe se déplace vers la droite
Le revenu augmente (bien inférieur)on en achète moins : on passe à mieuxla courbe se déplace vers la gauche
Le prix d'un substitut augmenteon se rabat sur notre bienvers la droite
Le prix d'un complément augmentel'usage conjoint devient chervers la gauche
Les goûts se portent sur le bienon en veut plus au même prixvers la droite
Anticipation d'une hausse future du prixon achète tout de suitevers la droite aujourd'hui
Le nombre d'acheteurs augmentela demande de marché est la somme des demandesvers la droite
Substituts, compléments, biens normaux et inférieurs
  • Substituts : deux biens qui répondent au même besoin (train et car, beurre et margarine). Le prix de l'un monte, la demande de l'autre augmente.
  • Compléments : deux biens qui se consomment ensemble (imprimante et cartouches, voiture et carburant). Le prix de l'un monte, la demande de l'autre diminue.
  • Bien normal : sa demande augmente avec le revenu (restaurants, voyages).
  • Bien inférieur : sa demande diminue quand le revenu augmente (les pâtes de premier prix, la voiture d'occasion très ancienne). Rien de péjoratif : la catégorie décrit une réaction au revenu, pas une qualité.

III. L'offre


Quantité offerte et loi de l'offre La quantité offerte est la quantité que les vendeurs souhaitent et peuvent vendre à un prix donné.
Loi de l'offre : toutes choses égales par ailleurs, quand le prix augmente, la quantité offerte augmente. La courbe d'offre est croissante.
Q^o = c + d\,P \qquad (d > 0)
La raison est double : un prix plus élevé rend rentables des producteurs dont les coûts étaient trop hauts (ils entrent sur le marché), et il pousse ceux déjà présents à produire davantage, quitte à recourir à des moyens plus coûteux (heures supplémentaires, machine plus ancienne).
Ce qui changeEffetTraduction graphique
Le prix du bienla quantité offerte varie dans le même senson glisse le long de la courbe
Le prix des facteurs augmente (salaires, énergie, matières premières)produire coûte plus cher, on produit moins à chaque prixla courbe se déplace vers la gauche
Progrès techniquela même quantité coûte moins cher à produirevers la droite
Le nombre de vendeurs augmentel'offre de marché est la somme des offresvers la droite
Anticipation d'un prix futur plus élevéon stocke au lieu de vendrevers la gauche aujourd'hui
Taxe sur chaque unité produitec'est un coût de plusvers la gauche
Subvention aux producteursc'est un coût en moinsvers la droite
Aléa climatique, panne, grèveune partie de la production disparaîtvers la gauche
⚠️ Vocabulaire : « la demande » ou « la quantité demandée » ? En copie, l'imprécision de vocabulaire coûte des points parce qu'elle trahit une confusion de raisonnement.
  • « La quantité demandée augmente » = on glisse sur la courbe, parce que le PRIX a baissé.
  • « La demande augmente » = la COURBE se déplace vers la droite, parce qu'un AUTRE facteur a changé.
Même distinction du côté de l'offre. Un prix ne déplace jamais la courbe de son propre bien : écrire « le prix du café monte, donc la demande de café baisse, donc la courbe se déplace » enchaîne deux erreurs.

IV. L'équilibre du marché


Prix et quantité d'équilibre L'équilibre est la situation où la quantité demandée est exactement égale à la quantité offerte. Le prix d'équilibre P^* est celui qui réalise cette égalité, et la quantité d'équilibre Q^* est la quantité échangée à ce prix.
Q^d(P^*) = Q^o(P^*)
Graphiquement, c'est le point d'intersection des deux courbes.
prix P (en €) O quantité Q 123 46 789 123 567 89 D O E P* = 5 Q* = 4 excès d'offre le prix baisse excès de demande le prix monte hors de E, un côté du marché est frustré : c'est lui qui fait bouger le prix
Ce qui rend l'équilibre intéressant n'est pas qu'il existe, c'est qu'il s'impose de lui-même : aucun des deux côtés du marché n'a intérêt à rester ailleurs.
Pourquoi le marché revient à l'équilibre
  • Si P > P^* (excès d'offre) : les vendeurs veulent vendre plus que ce que les acheteurs veulent acheter. Des invendus s'accumulent ; pour les écouler, les vendeurs baissent leur prix. En baissant, le prix fait remonter la quantité demandée et redescendre la quantité offerte : l'écart se referme.
  • Si P < P^* (excès de demande) : des acheteurs repartent les mains vides. Certains sont prêts à payer davantage, les vendeurs relèvent leur prix, et l'écart se referme par le mouvement inverse.
Le déséquilibre est ce qui produit le mouvement du prix. C'est pour cela que le prix est un signal et non une décision : personne ne l'a fixé, il résulte de la frustration du côté long du marché.
Calculer un équilibre sur un marché linéaire Sur un marché où l'offre et la demande sont des fonctions affines du prix, l'équilibre se calcule en résolvant une équation du premier degré. Prenons Q^d = 120 - 4P et Q^o = 30 + 5P :\begin{aligned}120 - 4P &= 30 + 5P && \quad \text{car } \text{à l'équilibre, } Q^d = Q^o \\ &\iff 120 - 30 = 5P + 4P \\ &\iff 90 = 9P \\ &\iff P^* = 10\end{aligned}On reporte ensuite P^* = 10 dans l'une des deux équations, et l'autre sert de vérification :\begin{aligned}Q^* &= 120 - 4 \times 10 && \quad \text{car } \text{on utilise la demande} \\ &= 120 - 40 \\ &= 80\end{aligned}\begin{aligned}Q^o(10) &= 30 + 5 \times 10 \\ &= 30 + 50 \\ &= 80\end{aligned}Interprétation du résultat : le marché s'équilibre à un prix de 10 € pour 80 unités échangées. Les deux calculs donnent bien la même quantité, ce qui confirme le prix trouvé.

Remarque : toujours vérifier que P^* et Q^* sont positifs. Un prix d'équilibre négatif signifie qu'à tout prix positif l'offre dépasse la demande : le bien est libre, il n'a pas de marché.

🎮 Entraîne-toi : trouve le prix et la quantité d'équilibre
Résous Q^d = Q^o, puis reporte. Réponses entières.
P* = €  et  Q* = unités

V. Un choc sur le marché : la méthode en 3 étapes


Choc exogène Un choc exogène est un événement extérieur au marché étudié qui modifie l'un de ses déterminants : une sécheresse, une taxe nouvelle, une mode, l'ouverture d'une usine concurrente, une hausse du prix du gaz.
L'analyse consiste à comparer l'ancien équilibre au nouveau. C'est ce qu'on appelle la statique comparative : on ne décrit pas le chemin, on compare deux photographies.

La méthode, toujours la même, et dans cet ordre :

  1. Quelle courbe se déplace ? L'événement touche-t-il les ACHETEURS (revenu, goûts, prix d'un autre bien, nombre d'acheteurs) ou les PRODUCTEURS (coûts, technologie, nombre de vendeurs, taxe) ? Les deux ? Aucune (le prix du bien lui-même ne déplace rien) ?
  2. Dans quel sens ? À chaque prix, veut-on / peut-on désormais plus (déplacement vers la droite) ou moins (vers la gauche) ? Se poser la question À PRIX INCHANGÉ évite toute confusion avec un glissement.
  3. Comparer les deux équilibres. On lit le nouveau point d'intersection et on compare P^* et Q^* à leurs anciennes valeurs.
Exemple déroulé : une gelée tardive sur le marché des abricots Étape 1. La gelée détruit une partie de la récolte : elle touche les producteurs. C'est la courbe d'offre qui se déplace. Les acheteurs n'ont pas changé d'avis, la courbe de demande ne bouge pas.
Étape 2. À chaque prix, les producteurs peuvent vendre moins d'abricots : l'offre se déplace vers la gauche.
Étape 3. La nouvelle intersection est plus haute et plus à gauche : le prix augmente et la quantité échangée diminue.
Interprétation du résultat : personne n'a « décidé » d'augmenter les prix. Le prix monte parce qu'au prix d'avant les acheteurs étaient devenus trop nombreux pour la récolte restante, et la hausse est exactement ce qui rationne la quantité disponible.

Remarque : un piège classique consiste à écrire « les abricots sont plus chers, donc la demande baisse, donc le prix rebaisse ». Faux : la hausse du prix fait glisser LE LONG de la courbe de demande, elle ne la déplace pas. Le raisonnement tournerait en rond.

🎮 Entraîne-toi : quelle courbe, et dans quel sens ?
Étapes 1 et 2 de la méthode. Raisonne toujours À PRIX INCHANGÉ.

VI. Quand les deux courbes bougent : l'ambiguïté


Le principe : une certitude et une ambiguïté Quand les deux courbes se déplacent en même temps, un des deux effets est toujours certain et l'autre toujours ambigu : il dépend de l'ampleur relative des deux déplacements, que le raisonnement graphique seul ne donne pas.
  • Les deux courbes vont dans le même sens (toutes deux vers la droite, ou toutes deux vers la gauche) : l'effet sur Q est certain, l'effet sur P est ambigu.
  • Les deux courbes vont en sens opposés : l'effet sur P est certain, l'effet sur Q est ambigu.
Dire « ambigu » n'est pas une dérobade : c'est la bonne réponse, et la copie doit préciser de quoi dépend le résultat.
Offre → droite
coûts en baisse, entrées
Offre inchangéeOffre → gauche
coûts en hausse, taxe, aléa
Demande → droite
revenu, goûts, substitut cher
P ambigu, Q P , Q P , Q ambigu
Demande inchangéeP , Q P et Q inchangésP , Q
Demande → gauche
revenu en baisse, complément cher
P , Q ambiguP , Q P ambigu, Q
Comment lire ce tableau sans l'apprendre par cœur Il se retrouve en trois secondes avec un croquis, et l'apprendre par cœur est une perte de temps :
  1. on trace les deux courbes de départ ;
  2. on déplace celle(s) qui bouge(nt), dans le sens trouvé à l'étape 2 ;
  3. si un des deux déplacements peut être petit ou grand sans changer le sens de l'autre effet, c'est là qu'est l'ambiguïté.
Vérification mnémotechnique : les deux courbes qui vont dans le même sens « poussent » les quantités du même côté (donc Q est certain) mais tirent le prix chacune de son côté (donc P est ambigu). En sens opposés, c'est l'inverse.
🎮 Entraîne-toi : effet sur le prix ou sur la quantité ?
Étape 3 de la méthode. Trois réponses possibles seulement.
Application : un choc sanitaire majeur Le confinement du printemps 2020 est un cas d'école parce qu'il a frappé les deux côtés du marché à la fois, et pas de la même façon selon les biens.
MarchéChoc d'offreChoc de demandeRésultat observé
Masques chirurgicauxvers la gauche : chaînes d'approvisionnement rompues, usines à l'arrêtvers la droite, très fortement : toute la population devient acheteuseprix en très forte hausse, quantité limitée par l'offre : le choc de demande l'a nettement emporté
Transport aérienvers la gauche : vols suspendus, restrictionsvers la gauche, massivement : plus personne ne voyagequantité effondrée ; prix ambigu en théorie, en pratique en baisse : la demande a chuté davantage que l'offre
Ordinateurs portablesvers la gauche : pénurie de composantsvers la droite : télétravail et cours à distanceprix en hausse (les deux chocs poussent dans le même sens), quantité ambiguë
Farine, levurepeu touchée à moyen termevers la droite, brutalementrayons vides puis prix en légère hausse : l'offre a mis quelques semaines à suivre
Ce que la reprise a montré
  • La reprise a combiné des chocs de sens opposés : une demande qui repart d'un coup (épargne accumulée) et une offre encore contrainte (ports engorgés, composants manquants, personnel non revenu).
  • Demande vers la droite et offre vers la gauche : d'après le tableau, P augmente à coup sûr, Q est ambigu. C'est très exactement le contexte inflationniste de 2021-2022 décrit dans le chapitre précédent.
  • La leçon de méthode est que le modèle ne prédit pas des chiffres : il donne des sens de variation et désigne l'endroit où il faut aller chercher des données pour trancher.

VII. Le prix comme signal : ce que le marché fait très bien


Une allocation décentralisée Le mécanisme des prix résout un problème que personne ne saurait résoudre autrement : répartir des ressources rares entre des millions d'usages concurrents, sans que personne ne dispose de l'information d'ensemble.
  • Un prix qui monte dit deux choses en même temps : aux acheteurs, « économisez ce bien, il est devenu plus rare » ; aux producteurs, « produisez-en plus, c'est là qu'on a besoin de vous ».
  • Aucun des deux n'a besoin de savoir POURQUOI le prix a monté. C'est cette économie d'information qui fait la force du système.
C'est en ce sens qu'Adam Smith parlait d'une main invisible : la coordination des décisions n'est le projet de personne, elle est le résultat de toutes.
⚠️ Rationner par les prix : efficace, mais pas neutre Quand un bien devient rare, il faut bien que quelqu'un s'en passe. Le prix désigne qui : ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas payer.
Exemple : après une catastrophe, le prix des groupes électrogènes s'envole. Le prix élevé décourage les achats de confort, attire des vendeurs lointains et accélère le réapprovisionnement : c'est efficace. Mais il sert d'abord les ménages les plus aisés, indépendamment de l'urgence de leur besoin.
Efficacité et équité sont deux critères distincts, et le marché ne répond qu'au premier. C'est précisément le point de départ de toute la seconde moitié du chapitre.

VIII. Les trois fonctions de l'État (Musgrave)


La classification de Richard Musgrave (1959) L'économiste Richard Musgrave range les interventions publiques en trois fonctions, qui répondent à trois questions différentes.
FonctionQuestion à laquelle elle répondOutilsExemple
Allocationles ressources vont-elles là où elles sont le plus utiles ?production publique, réglementation, taxes et subventions correctricesfinancer la recherche fondamentale, taxer une pollution
Distributionle partage des revenus est-il acceptable ?impôts progressifs, prestations sociales, services gratuitsallocations familiales, école publique
Stabilisationl'activité et les prix sont-ils stables ?politique budgétaire, articulation avec la politique monétairesoutien de l'activité en récession
Trois défaillances du marché, trois chapitres qui suivent La fonction d'allocation se justifie par trois raisons précises, et ce ne sont pas des opinions : ce sont des situations où le marché laissé à lui-même n'atteint PAS l'allocation efficace.
  1. Les biens collectifs : certains biens ne seront produits par personne, faute de pouvoir en faire payer l'usage (partie IX).
  2. Les externalités : le prix ne dit pas toute la vérité, parce qu'une partie des coûts ou des bénéfices retombe sur des tiers (partie X).
  3. L'information imparfaite : quand l'un des deux côtés en sait plus que l'autre, les bons échanges ne se font pas (partie XI).

Remarque : chacune de ces trois défaillances est la violation d'une condition de la CPP vue en partie I. Le plan du chapitre n'est donc pas une liste : c'est le modèle idéal, puis ses fissures, une par une.

IX. Les biens collectifs et le passager clandestin


Deux critères, quatre catégories Paul Samuelson (1954) classe les biens selon deux propriétés indépendantes.
  • Rivalité : la consommation par l'un empêche-t-elle celle de l'autre ? Une pomme mangée n'est plus disponible (rivale) ; une émission de radio écoutée par un auditeur de plus ne prive personne (non rivale).
  • Exclusion : peut-on techniquement empêcher de consommer qui n'a pas payé ? Un cinéma le peut (portique, billet) ; un phare en mer ne le peut pas.
La consommation par l'un empêche-t-elle celle de l'autre ? RIVAL NON RIVAL une unité consommée est une unité en moins un usager de plus ne coûte presque rien EXCLUSION possible EXCLUSION impossible Bien privé le marché suffit à le fournir une baguette de pain, un vélo, une place de cinéma Bien de club un péage ou un abonnement rend l'exclusion possible une autoroute à péage, une piscine municipale Bien commun rare et ouvert à tous : risque de surexploitation un stock de poissons, une nappe Bien public pur personne ne paiera : le passager clandestin l'éclairage des rues, la défense
Un bien public pur cumule non-rivalité et non-exclusion. C'est la case où le marché ne produit rien du tout, et c'est pour cela qu'elle est la plus importante des quatre.
Le passager clandestin Un passager clandestin (free rider) est un agent qui profite d'un bien sans contribuer à son financement, parce qu'on ne peut pas l'en exclure.
Mancur Olson montre en 1965 (Logique de l'action collective) que ce n'est pas un défaut moral mais un comportement rationnel : si le bien existe de toute façon, contribuer coûte et ne rapporte rien de plus.
  • Chacun raisonne ainsi, donc personne ne paie, donc le bien n'est pas produit.
  • Tout le monde y perd, y compris ceux qui auraient été prêts à payer : l'échec est collectif, et il ne se corrige pas de l'intérieur.
  • Olson ajoute que le problème s'aggrave avec la taille du groupe : dans un petit groupe, l'absence d'un contributeur se voit et se sanctionne.
C'est l'argument central en faveur d'un financement obligatoire par l'impôt, et non d'une contribution volontaire.
Comment l'État décide de produire un bien public L'État ne peut pas s'appuyer sur un prix de marché, puisqu'il n'y en a pas. Il procède par analyse coûts-avantages : on additionne les bénéfices estimés pour l'ensemble des bénéficiaires et on les compare au coût total.
Exemple : un ouvrage de protection contre les crues coûte 12 millions €. Les dégâts évités sont estimés à 900 000 € par an sur 40 ans, soit 36 millions € avant actualisation : le projet est justifié. Chiffres fictifs, donnés pour la méthode.

Remarque : la difficulté est que ces bénéfices ne sont pas donnés par un marché : il faut les estimer, ce qui suppose des conventions discutables (combien vaut une heure de trajet gagnée, un paysage préservé ?). L'analyse coûts-avantages éclaire la décision, elle ne la remplace pas.

⚠️ Biens communs : la surexploitation Le bien commun est rival mais sans exclusion possible : chacun peut se servir, et ce qu'il prend manque aux autres. C'est la tragédie des biens communs : un stock de poissons, une nappe phréatique, une atmosphère.
Chaque usager a intérêt à prélever davantage, car il empoche la totalité du gain alors que l'épuisement est supporté par tous. La ruine collective est le produit de décisions individuellement raisonnables.
  • Réglementation : quotas de pêche, tailles minimales, périodes de fermeture.
  • Taxe sur le prélèvement, pour que l'usager supporte le coût qu'il impose aux autres.
  • Quotas échangeables ou enchères : la quantité totale est fixée, sa répartition se fait par le marché.
  • Droits de propriété : rendre le bien excluable pour que son détenteur ait intérêt à le préserver.

Remarque : Elinor Ostrom, prix Nobel d'économie en 2009, a montré sur de nombreux cas réels (irrigation, pâturages, pêcheries) qu'une gouvernance collective par les usagers eux-mêmes, avec des règles et des sanctions qu'ils élaborent, constitue une troisième voie entre l'État et la privatisation.

Pourquoi l'État, et pas quelqu'un d'autre ? Deux atouts le distinguent des autres acteurs :
  • il détient le monopole de la contrainte légitime : il peut lever l'impôt, donc supprimer le passager clandestin par obligation ;
  • dans un État démocratique, son programme est soumis au vote : les arbitrages (quel bien public, à quel niveau, financé comment) sont exposés à une sanction électorale.
Ces deux atouts sont exactement ce que la partie XII viendra discuter : la contrainte peut être mal employée, et le vote est un instrument imparfait.
👆 À toi : dans quelle case ranger un feu d'artifice municipal ? Et un parking souterrain payant ? Vérifie
Le feu d'artifice : un spectateur de plus ne prive personne du spectacle (non rival), et on ne peut pas empêcher de regarder le ciel depuis sa fenêtre (non excluable). C'est un bien public pur, d'où son financement par la commune : une billetterie ne financerait presque rien, chacun ayant intérêt à rester chez lui pour regarder gratuitement.
Le parking souterrain : une place occupée n'est plus disponible (rival) et la barrière permet parfaitement d'exclure (excluable). C'est un bien privé, que le marché sait très bien fournir.
Interprétation du résultat : la catégorie ne dépend ni de l'utilité du bien, ni de qui le produit en fait, mais uniquement des deux critères techniques. Un bien privé peut être fourni par une commune, et un bien public par une association : la classification décrit la NATURE du bien, pas son producteur.

X. Les externalités


Externalité Une externalité est un effet de l'activité d'un agent sur le bien-être d'un tiers, sans compensation monétaire, c'est-à-dire sans passer par le marché.
Le mot-clé est « tiers » : celui qui subit l'effet n'est ni le vendeur ni l'acheteur. Il n'a rien signé, et le prix ne le concerne pas.
D'où vient l'effet subi par les tiers ? DE LA PRODUCTION DE LA CONSOMMATION POSITIVE bénéfice non payé NÉGATIVE coût non payé Une entreprise forme ses apprentis les entreprises voisines recruteront des salariés formés produit trop peu : à subventionner Se faire vacciner protège aussi ceux qui ne peuvent pas l'être consommé trop peu : à encourager Une usine rejette ses eaux dans la rivière les riverains et les pêcheurs supportent un coût non facturé produit trop : à taxer ou à réglementer Un deux-roues bruyant circule la nuit tout le quartier subit le bruit sans avoir rien choisi consommé trop : à taxer ou à interdire
Les quatre cases se distinguent par deux questions seulement : l'effet est-il subi comme un bénéfice ou comme un coût, et naît-il de l'acte de PRODUIRE ou de l'acte de CONSOMMER ?
Coût privé, coût social, et l'écart entre les deux Le producteur décide en regardant son coût privé : ce qu'il paie. La collectivité, elle, supporte le coût social :
\text{coût social} = \text{coût privé} + \text{coût externe}
Exemple chiffré (fictif). Une usine produit un solvant à 40 € la tonne (coût privé). Le rejet dans la rivière impose aux riverains et à la collectivité un coût de dépollution évalué à 15 € la tonne : le coût social est de 55 €.
  • Le prix de marché s'aligne sur 40 € : il est trop bas, donc la quantité produite est trop élevée au regard de l'intérêt collectif.
  • Symétriquement, une externalité positive conduit à produire ou à consommer trop peu : personne ne paie pour le bénéfice qu'il rend aux autres.
Dans les deux cas, le prix ment : il ne transmet qu'une partie de l'information, donc le signal de la partie VII est faussé.
Internaliser l'externalité Internaliser, c'est faire entrer le coût (ou le bénéfice) externe dans le calcul de celui qui décide, pour que le prix redevienne un signal juste.
OutilComment il agitForceLimite
Réglementation
normes, interdictions, seuils
elle fixe directement ce qui est permiseffet certain et rapide, lisibleuniforme : elle impose le même effort à qui dépollue pour 5 € et à qui dépollue pour 500 €
Taxe (Pigou)
ou subvention si l'effet est positif
elle ajoute le coût externe au coût privéchacun réduit là où c'est le moins cher ; recette pour la collectivitéle bon montant est difficile à estimer ; effets redistributifs souvent régressifs
Marché de quotas
droits à polluer échangeables
la quantité totale est fixée, le prix se forme par l'échangel'objectif quantitatif est garanti ; la réduction se fait au moindre coûtun plafond trop généreux effondre le prix du quota et l'incitation avec
Action sur les préférences
information, étiquetage, éducation
elle déplace la courbe de demande elle-mêmepeu coûteuse, effets durableslente, incertaine, difficile à évaluer
⚠️ Pièges sur les externalités
  • Une externalité n'est pas un simple effet indirect. Si l'ouverture d'un concurrent fait baisser mes ventes, je suis lésé, mais par le marché et par les prix : ce n'est pas une externalité, c'est la concurrence qui fonctionne.
  • Négative ne veut pas dire interdite. L'analyse ne conclut jamais à supprimer l'activité : elle conclut à en ajuster le NIVEAU, celui où le bénéfice marginal égale le coût social marginal.
  • Taxer n'est pas punir. La taxe pigouvienne ne vise pas à sanctionner un comportement, mais à révéler un prix. Un pollueur qui paie la taxe et continue n'est pas en faute : il supporte désormais le coût qu'il impose.
  • Ronald Coase a montré (1960) que si les droits de propriété sont bien définis et que la négociation est peu coûteuse, les parties peuvent régler elles-mêmes le problème, sans intervention publique. La condition est rarement remplie dès que les tiers sont nombreux.

XI. L'information imparfaite


Asymétrie d'information Il y a asymétrie d'information lorsque, dans un échange, une partie en sait plus que l'autre sur ce qui est échangé.
C'est la violation directe de la condition de transparence de la CPP (partie I). Deux problèmes distincts en découlent, et il faut absolument les séparer : ils ne se produisent pas au même moment.
AntisélectionAléa moral
Quand ?AVANT le contratAPRÈS le contrat
Sur quoi porte l'ignorance ?une caractéristique cachée (la qualité du bien, le risque du client)une action cachée (le comportement, l'effort)
Exemple assuranceles plus risqués souscrivent le plus : l'assureur ne sait pas les distinguerune fois assuré, on ferme moins soigneusement sa porte
Exemple emploil'employeur ne connaît pas la compétence réelle du candidatune fois embauché et non surveillé, le salarié peut réduire son effort
Remède principalsignaler ou faire révéler : diplôme, garantie, contrats différenciésintéresser au résultat : franchise, bonus-malus, prime, contrôle
Akerlof et le marché des voitures d'occasion (1970) George Akerlof décrit un marché où le vendeur connaît l'état réel de la voiture et l'acheteur non. Le raisonnement se déroule en quatre temps :
  1. Ne sachant pas distinguer une bonne voiture d'une épave maquillée, l'acheteur ne propose qu'un prix moyen.
  2. À ce prix moyen, les vendeurs de bonnes voitures perdent : ils retirent leur véhicule du marché.
  3. La qualité moyenne des voitures restantes baisse, donc le prix moyen que les acheteurs acceptent baisse aussi.
  4. La boucle recommence : à la limite, il ne reste que les mauvaises voitures, ou plus de marché du tout.
Le résultat est frappant : le marché fait disparaître la bonne qualité, alors même que des échanges mutuellement avantageux existaient. Ce n'est pas une question de malhonnêteté, mais d'information.

Remarque : le titre de l'article, The Market for Lemons, désigne en anglais familier une voiture défectueuse. Akerlof a reçu le prix Nobel d'économie en 2001, avec Michael Spence (théorie du signal) et Joseph Stiglitz.

Les remèdes, et ce qu'ils coûtent
  • Obligation légale : assurance automobile obligatoire, contrôle technique. En forçant tout le monde à entrer, on empêche les meilleurs risques de sortir, ce qui casse la spirale d'antisélection.
  • Contrats différenciés : proposer un contrat à franchise élevée et prime faible, et un autre à franchise nulle et prime forte. Chacun choisit selon son risque, et ce choix révèle l'information que l'assureur n'avait pas.
  • Signaux (Spence) : un signal n'est crédible que s'il est coûteux à imiter pour celui qui n'a pas la qualité. Le diplôme fonctionne comme signal parce qu'il est plus pénible à obtenir pour un candidat moins productif.
  • Garanties et réputation : offrir une garantie de deux ans est peu coûteux pour un vendeur de bonnes voitures et ruineux pour un vendeur d'épaves : la garantie sépare les deux.
  • Intéressement : franchise, bonus-malus, part variable de rémunération, tous alignent le gain de l'agent sur le résultat, donc réduisent l'aléa moral.
Aucun de ces remèdes n'est gratuit : la franchise transfère du risque vers l'assuré, le diplôme mobilise des années d'études. L'information imparfaite a un coût, on ne fait que choisir qui le supporte.
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Les deux dispositifs répondent à deux problèmes différents, et c'est bien pour cela qu'il en faut deux.
Le dépôt de garantie agit APRÈS la signature, sur le comportement du locataire une fois le bien entre ses mains : il corrige un aléa moral. En rendant le locataire financièrement responsable des dégâts, il rétablit son incitation à faire attention.
Les avis agissent AVANT la signature, sur une caractéristique cachée du candidat locataire : ils corrigent une antisélection. Ils fonctionnent comme une réputation, c'est-à-dire un signal coûteux à acquérir et facile à perdre.
Interprétation du résultat : le test à appliquer est toujours le même. Avant ou après le contrat ? Caractéristique ou action ? Les deux réponses désignent le problème, et le problème désigne le remède.

XII. Les limites de l'intervention publique


Un raisonnement symétrique Les parties IX à XI ont montré que le marché peut échouer. Il ne s'ensuit pas que l'État réussisse : il faut lui appliquer le même examen critique, sinon on compare un marché réel à un État idéal.
Trois critiques, d'origines très différentes, sont classiquement présentées.
CritiqueThèseCe qu'elle reproche à l'État
Marxistel'État n'est pas neutre : il sert la reproduction du rapport social dominantses interventions protègent en dernier ressort les intérêts de la classe dominante, sous couvert d'intérêt général
Critique de la bureaucratieune administration sans concurrent et sans profit n'a pas d'incitation forte à l'efficacitétendance des budgets et des effectifs à croître, coûts mal maîtrisés, lenteur, difficulté à supprimer un dispositif devenu inutile
École du Choix public
Buchanan et Tullock, années 1960
on applique aux responsables publics l'hypothèse de rationalité qu'on applique aux agents privésélus et fonctionnaires poursuivent aussi leurs objectifs propres : réélection, budget, carrière
L'école du Choix public : deux résultats à connaître James Buchanan (prix Nobel 1986) et Gordon Tullock refusent de traiter le décideur public comme un serviteur désintéressé de l'intérêt général. Deux conséquences en découlent :
  • Le théorème de l'électeur médian : dans une compétition à deux candidats sur un seul axe, chacun a intérêt à se rapprocher de la position de l'électeur du milieu. Les programmes convergent, et les préférences des extrêmes ne sont pas représentées.
  • L'horizon électoral : un élu qui vise sa réélection privilégie les mesures dont les bénéfices sont visibles vite et les coûts diffus ou lointains. Les réformes coûteuses à court terme et rentables à long terme sont systématiquement défavorisées.
Olson complète le tableau : un petit groupe très concerné (une profession, un secteur) s'organise bien plus facilement qu'une grande masse faiblement concernée (les consommateurs). D'où des politiques qui accordent des avantages concentrés financés par des coûts dispersés.
⚠️ La conclusion à ne pas tirer Ces critiques ne démontrent pas qu'il faut supprimer l'intervention publique. Elles établissent que l'intervention doit être justifiée et évaluée cas par cas, exactement comme on évalue un marché.
  • Une défaillance du marché rend l'intervention envisageable, elle ne la rend pas automatiquement souhaitable.
  • La bonne question n'est jamais « marché ou État ? » mais « quel dispositif, à quel niveau, avec quel coût et quelle évaluation ? ».
  • C'est ce qui rend les outils de la partie X intéressants : taxe, quotas et information utilisent le marché au lieu de le remplacer.
Pour aller plus loin Ce chapitre ouvre sur trois champs entiers de l'analyse économique :
  • l'économie industrielle, qui étudie les structures de marché imparfaites de la partie I (monopoles, oligopoles, ententes, régulation de la concurrence) ;
  • l'économie de l'environnement, qui prolonge les externalités et les biens communs (tarification du carbone, quotas, biodiversité) ;
  • l'économie publique, qui étudie les dépenses, la fiscalité et l'évaluation des politiques.
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Arguments favorables. Le transport public produit une externalité positive : chaque usager gagné à la voiture réduit la congestion et la pollution supportées par tous. Un bien à externalité positive est consommé en quantité trop faible : le subventionner, jusqu'à la gratuité, corrige l'écart. S'y ajoute un motif de distribution au sens de Musgrave : l'accès à la mobilité conditionne l'accès à l'emploi.
Arguments défavorables. Le transport est un bien rival aux heures de pointe (une place assise occupée n'est plus disponible) et parfaitement excluable : ce n'est pas un bien public pur. Un prix nul supprime tout signal de rareté, donc encourage des trajets de faible valeur aux heures les plus saturées. Le financement se reporte sur l'impôt local, payé aussi par ceux qui n'utilisent pas le réseau. Enfin, la recette perdue peut manquer à l'entretien et à l'extension, c'est-à-dire à la qualité du service.
Conclusion : la réponse dépend du diagnostic. Si le réseau est sous-utilisé, la gratuité attire des usagers et l'externalité positive domine. S'il est déjà saturé, elle aggrave la congestion qu'elle prétendait réduire, et une tarification modulée selon l'heure, plus une amélioration de l'offre, répondrait mieux au problème.

Remarque : le réflexe d'examen est de qualifier le bien AVANT de conclure. « Rival ou non ? Excluable ou non ? Externalité, et dans quel sens ? » Trois questions qui structurent à elles seules toute la copie.