Fiche de cours Logimaths | L1 Éco, Organisation et management

Fiche de cours : Organisations et management, les notions de base

Ce qu'est une organisation, comment on la classe, et ce que veut dire « manager »

I. Qu'est-ce qu'une organisation ?


Définition Une organisation est un ensemble de personnes qui coordonnent volontairement leurs actions et leurs moyens, de façon durable, pour atteindre un but commun qu'aucune d'elles n'atteindrait seule.
Quatre caractéristiques reviennent dans toutes les définitions :
  • un objectif précis, connu et partagé (soigner, produire, vendre, défendre une cause) ;
  • des personnes aux compétences distinctes, chacune tenant un rôle ;
  • une communication formalisée : on sait qui informe qui, et par quel canal ;
  • des règles, des procédures et un contrôle, qui font tenir l'ensemble quand les personnes changent.
Retiens la formule de contrôle : un groupe de personnes n'est une organisation que s'il survit au départ de l'une d'elles. Une file d'attente à un guichet n'est pas une organisation : elle n'a ni règle interne, ni rôle, ni durée.
Le mot désigne deux choses différentes
  • L'organisation-action : le fait d'organiser, c'est-à-dire de répartir les tâches et les moyens. « L'organisation du chantier a pris trois semaines. »
  • L'organisation-résultat : l'entité qui en sort et qui existe durablement. « Cette organisation emploie 400 personnes. »
Le cours utilise surtout le second sens, mais l'examen aime bien poser la distinction : sache la faire en une phrase.
Quatre regards d'auteurs sur le même objet Chaque auteur éclaire une facette. Aucun ne contredit vraiment les autres : ils ne regardent pas la même chose.
AuteurCe qu'il met au centreCe que cela change
Taylor
(organisation scientifique du travail, 1911)
la productivité : à chaque tâche correspond une seule bonne façon de faire, trouvée par l'étude des temps et des gestesil sépare ceux qui conçoivent le travail de ceux qui l'exécutent ; l'organisation devient un objet que l'on mesure et que l'on optimise
Fayol
(1916)
l'administration : diriger est un métier qui s'apprend, avec ses fonctions et ses principesil fonde le management comme discipline, du côté des dirigeants et non de l'atelier
Weberla rationalité : l'organisation est un ensemble hiérarchisé de règles impersonnelles, où l'autorité tient à la fonction, pas à la personneil explique pourquoi une administration continue de fonctionner quand son directeur change
Mintzbergla coordination : organiser, c'est diviser le travail en tâches distinctes, puis assurer la coordination entre ellestoute la question devient comment on coordonne : c'est l'objet du chapitre sur les structures
Crozierle construit social : l'organisation est faite d'acteurs qui poursuivent aussi leurs propres stratégies et négocient leur marge de manœuvrel'organigramme ne dit pas tout : le pouvoir réel se loge là où subsiste une zone d'incertitude
Organisation formelle et organisation informelle
  • L'organisation formelle est celle des documents : organigramme, fiches de poste, procédures, règlement intérieur. Elle est voulue et écrite.
  • L'organisation informelle est celle qui se forme d'elle-même : affinités, réseaux d'entraide, circuits d'information parallèles, leaders sans titre. Elle est constatée, jamais décrétée.
Exemple : dans un atelier fictif, la fiche de poste dit que toute panne remonte au chef d'équipe. En pratique, tout le monde appelle d'abord un technicien expérimenté qui répare en dix minutes. C'est l'organisation informelle, et elle explique la performance réelle de l'atelier.
⚠️ Pièges de vocabulaire
  • Organisation n'est pas synonyme d'entreprise. L'entreprise est UN type d'organisation, parmi les administrations, les associations, les syndicats, les partis, les hôpitaux.
  • L'informel n'est pas le désordre : c'est une seconde organisation, non écrite, qui peut soutenir la première comme la contourner.
  • Une foule ou un public ne sont pas des organisations : il y manque le but commun, les rôles et la durée.
👆 À toi : un groupe de voisins nettoie chaque samedi le bord d'une rivière, sans statuts ni bureau. Organisation ou pas ? Vérifie
Oui, au sens du cours : il y a un but commun (l'entretien du site), une répartition des rôles (qui apporte le matériel, qui prévient les autres), une durée (chaque samedi) et des règles, même non écrites. C'est une organisation informelle.
Le jour où le groupe dépose des statuts en préfecture, il ne devient pas une organisation : il en devient une personne morale, ce qui est une autre question. Ce qu'il gagne alors, c'est la capacité d'ouvrir un compte, de recevoir une subvention et de signer un contrat en son nom.

II. Marchand ou non marchand, lucratif ou non lucratif


Les deux questions à poser, dans cet ordre Classer une organisation, c'est répondre à deux questions indépendantes l'une de l'autre. Les confondre est l'erreur la plus fréquente de ce chapitre.
  1. D'où viennent ses ressources ? D'une vente à un prix qui couvre le coût (marchand), ou d'impôts, de subventions, de cotisations et de dons (non marchand) ?
  2. Que devient le résultat ? Il est partagé entre les propriétaires (but lucratif), ou il reste dans l'organisation pour financer son activité (but non lucratif) ?
La convention retenue en comptabilité nationale : une production est dite marchande lorsqu'elle est vendue à un prix qui couvre une part significative de son coût de production. En dessous, elle est non marchande.
Ressources marchandes on vend sur un marché Ressources non marchandes impôts, subventions, cotisations, dons But lucratif le bénéfice est partagé But non lucratif le bénéfice reste dans l'organisation Entreprises privées entreprise individuelle, SARL, SAS, SA, SNC elles vendent leur production et partagent le bénéfice exemple : un atelier de réparation de vélos Case (presque) vide un but lucratif suppose de vendre pour dégager un bénéfice Économie sociale et solidaire coopératives, mutuelles, associations qui vendent un service elles vendent, mais ne partagent pas le bénéfice entre les membres exemple : une salle d'escalade associative Publiques et associatives mairie, hôpital public, collège, association subventionnée le service est gratuit ou vendu très au-dessous de son coût exemple : une médiathèque municipale Deux questions, jamais une seule : d'où vient l'argent, et que devient le bénéfice ? Une association qui vend des places de spectacle reste non lucrative : elle réinvestit son excédent, elle ne le distribue pas.
Les deux questions donnent quatre cases, et c'est bien une matrice, pas une simple liste : une organisation peut vendre sans partager son bénéfice. La case en pointillés reste presque vide, ce qui est logique et vaut la peine d'être dit à l'examen.
Organisation marchandeOrganisation non marchande
Ressourcesle prix de vente des biens et services produitsimpôts et taxes, subventions, cotisations, dons, bénévolat
Client ou usagerun client, qui paie et peut aller ailleursun usager ou un bénéficiaire, qui n'a souvent pas d'alternative
Contrainte principalevendre plus cher que le coût, sous peine de disparaîtretenir le budget alloué et justifier l'emploi des fonds
Mesure du succèschiffre d'affaires, résultat, parts de marchéqualité et couverture du service rendu, satisfaction des usagers
Exemplesun atelier de réparation, une compagnie d'assurance, une chaîne de restaurationune mairie, un collège public, une association d'aide aux devoirs
⚠️ Pièges : quatre confusions classiques
  • Non lucratif ne veut pas dire « interdit de gagner de l'argent ». Une association peut vendre et dégager un excédent ; ce qui lui est interdit, c'est de partager cet excédent entre ses membres.
  • Non marchand ne veut pas dire gratuit. Un ticket de cantine scolaire existe bel et bien : il ne couvre simplement pas le coût du repas.
  • Public ne veut pas dire non marchand. Une entreprise publique de transport vend ses billets : elle est marchande, tout en appartenant à l'État.
  • Une association qui vend n'est pas une entreprise. La différence est dans la destination du résultat, pas dans l'activité.
👆 À toi : une association sportive fictive vend 900 licences à 180 € et perçoit 40 000 € de subvention municipale. Elle finit l'année avec 12 000 € d'excédent. Marchande ? Lucrative ? Vérifie
Ressources mixtes, mais dominante marchande. Les licences rapportent 162 000 €, la subvention 40 000 € : la vente couvre l'essentiel du coût du service, l'activité est donc pour l'essentiel marchande.
But non lucratif. L'excédent de 12 000 € ne peut pas être distribué aux adhérents : il servira à acheter du matériel ou à financer les déplacements de la saison suivante.
Cette association se place donc dans la case « ressources marchandes, but non lucratif » de la carte, celle de l'économie sociale et solidaire. Répondre « non marchande parce que c'est une association » est l'erreur que l'énoncé cherche à provoquer.

III. L'entreprise et ses ressources


Définition Une entreprise est une organisation qui combine des facteurs de production pour produire des biens ou des services destinés à être vendus sur un marché, et qui constitue un centre de décision autonome.
Deux mots portent la définition :
  • vendre sur un marché : elle affronte des clients qui peuvent dire non, et des concurrents ;
  • autonome : elle décide elle-même de ses prix, de ses embauches et de ses investissements, et elle en supporte le risque.
Les trois fonctions de l'entrepriseCe qu'elle faitExemple
Économiqueelle produit, crée de la valeur ajoutée et la répartit entre salaires, impôts, remboursements et bénéficeune conserverie fictive transforme 500 tonnes de légumes en produits vendus
Socialeelle emploie, forme, qualifie, et procure un revenu à des ménagesla même conserverie fait vivre 60 familles et forme des apprentis
Sociétaleelle assume les effets de son activité sur la société et l'environnement, au-delà de ce que la loi exigeelle réduit ses emballages et s'approvisionne dans un rayon de 80 km
Les quatre familles de ressources
  • Humaines : les personnes, mais surtout leurs compétences, leur expérience et leur capacité à travailler ensemble.
  • Matérielles : locaux, machines, véhicules, stocks.
  • Immatérielles : marque, brevets, logiciels, savoir-faire, fichier clients, réputation. Ce sont souvent les plus difficiles à copier, donc les plus précieuses.
  • Financières : capitaux apportés par les associés, emprunts, bénéfices non distribués.

Remarque : les ressources immatérielles n'apparaissent que très partiellement au bilan. C'est pourquoi la valeur de marché d'une entreprise de services dépasse souvent de loin la valeur comptable de ce qu'elle possède.

Finalité, mission, objectifs Trois mots que l'examen distingue :
  • Finalité : la raison d'être, durable et non chiffrée (« nourrir sainement à prix accessible »).
  • Mission : le rôle que l'organisation se donne pour servir cette finalité (« produire des conserves à partir de légumes de la région »).
  • Objectif : un but chiffré et daté, qui traduit la mission (« ouvrir deux nouveaux points de vente d'ici dix-huit mois »).
La survie et le profit ne sont pas des finalités choisies : ce sont des contraintes sans lesquelles aucune finalité ne peut être poursuivie.

IV. Les statuts juridiques


Entreprise individuelle ou société ? C'est le premier choix de tout créateur, et il commande tout le reste.
  • L'entreprise individuelle (EI) n'a pas de personnalité juridique distincte : c'est la personne physique de l'entrepreneur qui exerce, s'engage et est imposée. Aucun capital, aucun associé, formalités réduites.
  • La société est une personne morale créée par un ou plusieurs associés qui lui apportent un capital. Elle a son propre patrimoine, son nom, son siège ; elle signe les contrats et supporte les dettes.
Point de droit important : depuis la loi du 14 février 2022 en faveur de l'activité professionnelle indépendante, l'entrepreneur individuel dispose de plein droit de deux patrimoines séparés : un patrimoine professionnel, seul exposé aux créanciers de l'activité, et un patrimoine personnel protégé. Le statut d'EIRL, qui exigeait une déclaration d'affectation, n'est plus proposé aux nouveaux créateurs depuis cette réforme.
StatutAssociés (minimum)Capital minimumResponsabilitéUsage typique
EI
entreprise individuelle
aucun (l'entrepreneur seul)aucunlimitée au patrimoine professionnel (séparation de plein droit depuis 2022)artisan, commerçant ou profession libérale qui démarre seul
EURL
SARL à associé unique
1libre (1 € suffit)limitée aux apportsse lancer seul en protégeant son patrimoine, avec un cadre très encadré
SARL2 (100 au maximum)librelimitée aux apportsPME familiale : le fonctionnement est fixé par la loi, donc peu discuté
SASU
SAS à associé unique
1librelimitée aux apportsprojet individuel qui prévoit d'accueillir des associés plus tard
SAS2 (1 en SASU)librelimitée aux apportsjeune entreprise innovante : les statuts organisent librement le pouvoir et l'entrée d'investisseurs
SA
société anonyme
2 (7 si les titres sont admis en bourse)37 000 €limitée aux apportsgrande entreprise, appel public à l'épargne
SNC
société en nom collectif
2libreindéfinie et solidaire : un créancier peut réclamer toute la dette à un seul associéactivité entre associés qui se connaissent et se font entièrement confiance
GIE
groupement d'intérêt économique
2 membresaucun exigéindéfinie et solidaire des dettes du groupementmettre en commun un service (achats, export, laboratoire) sans fusionner : le GIE prolonge l'activité de ses membres, il ne la remplace pas
Comment trancher un cas de choix de statut Quatre questions suffisent, toujours dans cet ordre :
  1. Combien de personnes s'associent ? Une seule écarte la SARL, la SNC et la SA ; elle laisse l'EI, l'EURL et la SASU.
  2. Quel patrimoine faut-il protéger ? Si le risque financier est réel, on écarte la SNC (responsabilité indéfinie et solidaire).
  3. De quel capital dispose-t-on ? 37 000 € de capital minimum écartent la SA pour un petit projet.
  4. Quelle souplesse veut-on ? La SAS laisse écrire les règles du pouvoir dans les statuts ; la SARL applique un cadre légal détaillé, plus rassurant mais plus rigide.
Une réponse d'examen se rédige exactement ainsi : la règle, puis son application au cas, puis la conclusion en une phrase.

Remarque : les montants et les seuils juridiques cités ici valent à la date de rédaction de cette fiche (2026). Une question d'actualité juridique se vérifie toujours sur un texte à jour : c'est un réflexe de première année.

👆 À toi : deux amis créent un studio de jeu vidéo, apportent 6 000 € chacun et espèrent faire entrer un investisseur dans deux ans. Quel statut ? Vérifie
La SAS. On déroule les quatre questions :
  • ils sont deux : l'EI, l'EURL et la SASU sont écartées ;
  • le risque financier d'un studio est réel : on écarte la SNC et sa responsabilité indéfinie et solidaire ;
  • 12 000 € de capital : la SA et ses 37 000 € sont hors de portée ;
  • restent la SARL et la SAS. L'arrivée annoncée d'un investisseur tranche : la SAS permet d'organiser librement dans les statuts l'entrée au capital et la répartition du pouvoir.
Conclusion : la SAS, avec une responsabilité limitée aux apports de 12 000 €.

V. Les tailles d'entreprise


Quatre catégories officielles La statistique publique française classe les entreprises en quatre catégories, définies par un décret de 2008 pris pour l'application de la loi de modernisation de l'économie. Le critère est l'effectif ET (le chiffre d'affaires OU le total de bilan) : cette petite grammaire vaut des points.
CatégorieEffectifChiffre d'affaires annuelTotal de bilanExemple fictif
Microentreprisemoins de 10 personnes≤ 2 millions d'eurosou ≤ 2 millions d'eurosun salon de coiffure et ses 3 salariés
PME
petite ou moyenne entreprise
moins de 250 personnes≤ 50 millions d'eurosou ≤ 43 millions d'eurosune conserverie régionale, 120 salariés
ETI
entreprise de taille intermédiaire
moins de 5 000 personnes≤ 1 500 millions d'eurosou ≤ 2 000 millions d'eurosun équipementier de 1 800 salariés sur quatre sites
Grande entrepriseà partir de 5 000 personnes,
ou dépassant les deux seuils financiers de l'ETI
au-delàau-delàun groupe de distribution employant 40 000 personnes
La méthode, en trois pas
  1. On teste dans l'ordre : microentreprise, puis PME, puis ETI. La grande entreprise est la catégorie de ceux qui ne rentrent nulle part.
  2. Le critère d'effectif est obligatoire : s'il n'est pas rempli, la catégorie est écartée, quels que soient les montants.
  3. Les deux critères financiers sont reliés par un « ou » : il suffit que l'un des deux soit respecté.
Exemple : 320 salariés, 78 millions d'euros de chiffre d'affaires, 40 millions d'euros de bilan. L'effectif dépasse 250 : ce n'est pas une PME, et le bilan de 40 millions n'y change rien. L'effectif reste sous 5 000 et les montants sont très inférieurs aux plafonds : c'est une ETI.
⚠️ Piège : microentreprise n'est pas micro-entrepreneur
  • La microentreprise ci-dessus est une catégorie statistique de taille : elle décrit l'entreprise, quel que soit son statut juridique.
  • Le micro-entrepreneur est un régime fiscal et social simplifié, ouvert à un entrepreneur individuel sous des plafonds de chiffre d'affaires revalorisés régulièrement : déclaration mensuelle ou trimestrielle, cotisations calculées en pourcentage des recettes.
Une microentreprise au sens statistique peut très bien être une SARL ; un micro-entrepreneur est toujours une personne physique.

VI. Organisations publiques, associations, groupes


Les organisations publiques Elles sont créées par une décision publique pour remplir une mission de service public et sont placées sous la tutelle d'une collectivité (État, région, département, commune), qui nomme leurs dirigeants et contrôle leurs comptes.
  • Leur but n'est pas le profit, mais la satisfaction de l'intérêt général : continuité du service, égalité de traitement des usagers, adaptation aux besoins.
  • Elles raisonnent d'abord en logique de moyens : un budget est voté, il doit être employé conformément à sa destination. Les démarches de performance publique cherchent depuis plusieurs années à y ajouter une logique de résultats (indicateurs, objectifs de qualité), sans remplacer la première.
  • Leurs ressources sont majoritairement non marchandes : impôts, dotations, redevances modestes.
Les associations Une association est, au sens de la loi du 1er juillet 1901, la convention par laquelle plusieurs personnes mettent en commun, de façon permanente, leurs connaissances ou leur activité dans un but autre que de partager des bénéfices.
Une association simplement formée existe déjà ; c'est sa déclaration et la publicité qui suit qui lui donnent la capacité juridique : ouvrir un compte, recevoir une subvention, employer, signer un bail.
  • Ressources : cotisations des membres, subventions publiques, dons et mécénat, recettes d'activité (billetterie, buvette, prestations), et le bénévolat, qui est une ressource majeure bien qu'elle n'apparaisse pas au compte de résultat.
  • Gouvernance : une assemblée générale des membres, un conseil d'administration, un bureau. Le pouvoir vient du nombre d'adhérents, pas du capital.
Entreprise privéeOrganisation publiqueAssociation
Finalitéproduire et vendre, dégager un résultatrendre un service public, servir l'intérêt généralréaliser un projet commun sans but lucratif
Ressourceschiffre d'affairesimpôts, dotations, redevancescotisations, subventions, dons, recettes, bénévolat
Qui décideles associés, à proportion du capitalla collectivité de tutelle et les dirigeants qu'elle nommeles adhérents, une voix par personne
Résultatdistribuable en dividendeséquilibre budgétaire recherchéexcédent conservé et réinvesti, jamais partagé
Indicateur suivirésultat, marge, parts de marchécoût du service, qualité, égalité d'accèsnombre d'adhérents, actions menées, équilibre du budget
Groupes, transnationales et délocalisations
  • Un groupe réunit une société mère et des filiales qu'elle contrôle en détenant la majorité de leurs droits de vote. Juridiquement, ce sont des sociétés distinctes ; économiquement, c'est un seul centre de décision.
  • Une entreprise transnationale (ou multinationale) possède des unités de production dans plusieurs pays et y organise une division internationale du travail : conception ici, assemblage ailleurs, service après-vente ailleurs encore.
  • Une délocalisation est le transfert d'une activité vers un autre pays, avec fermeture ou réduction de l'activité d'origine. Ses trois motifs classiques : le coût (salaires, énergie, foncier), l'accès au marché (produire près des clients, contourner des droits de douane) et la réglementation (fiscalité, normes, droit du travail).

Remarque : le mouvement inverse existe aussi et porte un nom : la relocalisation. Elle est motivée par la sécurité d'approvisionnement, la maîtrise de la qualité, le coût du transport et l'empreinte environnementale. Citer les deux mouvements dans une copie montre que la question a été comprise comme un arbitrage, et non comme une fatalité.

👆 À toi : un hôpital public, une clinique privée et une association qui gère un centre de soins. Qu'est-ce qui les distingue vraiment ? Vérifie
Les trois rendent le même service : soigner. La différence ne tient donc pas à l'activité, mais à trois éléments.
L'origine des ressources : financement public majoritaire pour l'hôpital, recettes d'activité pour la clinique, financement mixte pour l'association.
La destination du résultat : la clinique peut distribuer un bénéfice à ses associés ; ni l'hôpital ni l'association ne le peuvent.
Le pouvoir de décision : tutelle publique pour l'hôpital, associés à proportion du capital pour la clinique, assemblée générale des adhérents pour l'association, où chacun dispose d'une voix.
Conclusion : c'est la finalité et la gouvernance qui classent une organisation, jamais le métier exercé.

VII. Qu'est-ce que le management ?


Définition Le management est l'ensemble des techniques et des pratiques qui permettent de conduire une organisation : fixer ses objectifs, mobiliser ses ressources, coordonner le travail des personnes et contrôler les résultats obtenus.
Les travaux de synthèse sur la discipline, notamment ceux de Thiétart, insistent sur ses deux dimensions indissociables :
  • une dimension stratégique : décider où va l'organisation, en tenant compte de son environnement ;
  • une dimension humaine : obtenir des personnes qu'elles s'engagent, ce qui ne se décrète pas.
Un dirigeant excellent sur la première et absent sur la seconde produit une stratégie que personne n'applique.
Qui est « manager » ? Est manager toute personne de la ligne hiérarchique qui obtient des résultats par le travail d'autres personnes. Le titre importe peu : un chef d'équipe de cinq personnes est un manager, au même titre qu'un directeur général. Ce qui change d'un niveau à l'autre, ce n'est pas la nature du travail (planifier, organiser, animer, contrôler), c'est son horizon et sa portée.
Management stratégiqueManagement opérationnel
Question poséeque faisons-nous, et pour quel avenir ?comment le faisons-nous bien, aujourd'hui ?
Horizonlong terme (plusieurs années)court terme (jour, semaine, mois)
Quila direction généralel'encadrement intermédiaire et de proximité
Objetla relation entre l'organisation et son environnementla mise en œuvre des choix arrêtés
Réversibilitéfaible : revenir en arrière coûte cher et prend du tempsforte : on corrige d'une semaine sur l'autre
Exempleouvrir une deuxième usine dans une autre régionréorganiser les plannings pour absorber un pic de commandes
⚠️ Les deux postulats du management Toute la discipline repose sur deux affirmations qu'il faut connaître, parce qu'elles expliquent pourquoi ce cours ne donne jamais de recette universelle :
  1. Il n'existe pas une seule bonne façon de structurer une organisation. La structure qui convient dépend de la taille, de la technologie, de l'environnement et de la stratégie.
  2. Il n'existe pas une seule bonne façon de diriger des personnes. Le style qui fonctionne dépend des personnes, de leur maturité professionnelle et de la situation.
C'est ce que l'on appelle l'approche de la contingence, et c'est le fil rouge des chapitres suivants.

VIII. Fayol : administrer, c'est cinq choses


Les cinq fonctions de l'administration Dans son ouvrage de 1916, Fayol décrit l'administration d'une entreprise comme un métier à part entière, distinct des fonctions technique, commerciale, financière, de sécurité et de comptabilité. Administrer, pour lui, c'est :
  1. Prévoir : scruter l'avenir et dresser le programme d'action.
  2. Organiser : constituer le corps social et matériel de l'entreprise.
  3. Commander : faire fonctionner le personnel.
  4. Coordonner : relier, unir et harmoniser les actes et les efforts.
  5. Contrôler : veiller à ce que tout se passe conformément aux règles et aux ordres donnés.
Moyen mnémotechnique : P.O.C.C.C.
Les 14 principes d'administration Fayol les présente comme des repères souples, à doser selon les circonstances, et non comme des lois. Les voici regroupés par thème, ce qui évite d'apprendre une liste de quatorze éléments sans ordre.
ThèmePrincipesIdée commune
Répartir le travail1. division du travail
2. autorité et responsabilité
3. discipline
chacun a une tâche, un pouvoir pour l'accomplir et une responsabilité qui va avec
Tenir la ligne hiérarchique4. unité de commandement
5. unité de direction
9. hiérarchie
un subordonné ne reçoit d'ordres que d'un seul chef ; un seul chef et un seul programme par ensemble d'opérations de même but
Arbitrer les intérêts6. subordination de l'intérêt particulier à l'intérêt général
7. rémunération équitable
8. centralisation (à doser)
l'organisation passe avant l'individu, mais l'individu doit y trouver son compte
Mettre de l'ordre10. ordre (une place pour chaque chose et pour chaque personne)
11. équité
la règle doit être connue, stable et appliquée sans arbitraire
Faire durer12. stabilité du personnel
13. initiative
14. union du personnel
la performance vient de la durée et de l'engagement, pas de la seule contrainte
⚠️ Ne pas confondre Taylor et Fayol
  • Taylor regarde l'atelier : comment exécuter une tâche de la meilleure façon possible. Il sépare la conception de l'exécution et cherche le rendement du poste de travail.
  • Fayol regarde la direction : comment administrer l'ensemble. Il s'adresse aux dirigeants et pose les bases du management comme discipline enseignable.
  • Weber regarde la règle : comment une autorité devient légitime et impersonnelle grâce à des procédures écrites.
Les trois sont contemporains et souvent regroupés sous l'étiquette d'école classique : ils n'observent pourtant pas le même étage de l'organisation.
👆 À toi : dans une entreprise fictive, un technicien reçoit des consignes contradictoires du chef de production et du responsable qualité. Quel principe est violé ? Vérifie
Le principe d'unité de commandement (principe 4) : un subordonné ne doit recevoir d'ordres que d'un seul chef. Ici, deux lignes d'autorité se croisent sur la même personne, et le technicien devient l'arbitre d'un désaccord qui n'est pas le sien.
Les conséquences sont celles que Fayol annonce : perte de temps, démotivation, et surtout dilution de la responsabilité, puisque personne ne répondra du résultat.
Les solutions relèvent du principe 9 (hiérarchie) : clarifier qui tranche, ou passer explicitement le responsable qualité en position de conseil, sans autorité directe sur les opérateurs. C'est exactement le problème que les structures matricielles doivent gérer, et qui sera repris au chapitre sur les structures.

IX. Le processus de management


Quatre étapes qui tournent en boucle La présentation moderne du travail du manager reprend Fayol en quatre temps : planifier, organiser, animer, contrôler. L'essentiel n'est pas la liste, c'est qu'elle forme un cycle : le contrôle ne clôt rien, il alimente la planification suivante.
Le processus de management il ne s'arrête jamais 1. Planifier fixer les objectifs et le chemin 2. Organiser répartir tâches, moyens, pouvoirs 3. Animer motiver, communiquer, décider 4. Contrôler mesurer l'écart, corriger l'écart constaté nourrit le plan suivant
Une organisation qui planifie et n'évalue jamais ne progresse pas : elle recommence. Une organisation qui contrôle sans réviser son plan se contente de constater ses écarts.
ÉtapeCe que fait le managerExemple dans une conserverie fictive
1. Planifierfixer les objectifs, choisir les moyens, établir le calendrier. La planification est stratégique sur plusieurs années, opérationnelle sur l'année ou le mois« augmenter de 15 % le volume conditionné d'ici la fin de l'exercice »
2. Organiserrépartir les tâches, attribuer les moyens, définir qui décide quoicréer une deuxième équipe de conditionnement et lui affecter une ligne
3. Animerinformer, motiver, former, arbitrer les conflits, décider au quotidienréunion hebdomadaire de quinze minutes, formation des nouveaux, prime d'équipe
4. Contrôlerfixer les standards, mesurer le réalisé, calculer l'écart, décider de l'action correctivevolume mesuré chaque semaine ; écart de − 4 % en mars, d'où un ajustement des plannings
Le contrôle, en trois temps Contrôler n'est pas surveiller les personnes : c'est comparer un réalisé à un attendu.
  1. Fixer le standard : la valeur attendue, chiffrée et datée. Sans standard, aucun écart n'a de sens.
  2. Mesurer le réalisé : avec un indicateur fiable, disponible assez tôt pour qu'on puisse encore agir.
  3. Analyser l'écart et agir : soit on corrige l'action, soit on révise l'objectif s'il était irréaliste. Les deux sont des décisions de management ; ne rien faire n'en est pas une.
Un objectif utile est SMART La démarche par objectifs, popularisée par Drucker sous le nom de direction par objectifs, suppose des objectifs formulés avec assez de précision pour qu'on puisse dire, à la fin, s'ils sont atteints.
LettreCritèreContre-exempleFormulation correcte
SSpécifique : on sait exactement de quoi on parle« améliorer la qualité »« réduire le taux de retours clients »
MMesurable : un indicateur existe« beaucoup moins de retours »« de 6 % à 3 % »
AAtteignable : les moyens suivent« zéro retour dès demain »« avec un contrôle en fin de ligne et deux personnes formées »
RRéaliste et pertinent : l'objectif sert la stratégieun objectif que personne ne relie à la finalité« les retours sont le premier motif de perte de clients »
TTemporellement défini : une échéance« dès que possible »« au 31 décembre »
👆 À toi : « il faut que le service client soit plus réactif. » Rends cet objectif SMART. Vérifie
L'énoncé de départ n'est ni spécifique, ni mesurable, ni daté : il est invérifiable, donc incontrôlable.
Une formulation correcte : « ramener le délai moyen de première réponse aux courriels clients de 32 heures à moins de 8 heures ouvrées, au 30 juin, en affectant deux personnes au traitement du matin. »
On y retrouve les cinq critères : S le délai de première réponse, M de 32 h à 8 h, A deux personnes affectées, R la réactivité est un motif de perte de clients, T au 30 juin.
Interprétation : l'objectif SMART n'est pas une formalité de vocabulaire. C'est lui qui rend le contrôle possible, puisqu'il fournit le standard auquel on comparera le réalisé.

X. Les niveaux de décision


La classification d'Ansoff Ansoff propose de ranger les décisions d'une organisation en trois niveaux, selon leur horizon, leur portée et la difficulté qu'il y aurait à revenir en arrière. C'est l'un des classements les plus demandés à l'examen, parce qu'il se prête parfaitement au mini-cas.
NiveauHorizonPortéeRéversibilitéQui décideExemple (conserverie fictive)
Stratégiqueplusieurs annéesl'organisation tout entière et sa relation à l'environnementtrès faible : revenir en arrière coûte cherla direction généraleouvrir une gamme de plats cuisinés et une deuxième usine
Tactique
(ou administrative)
de quelques mois à deux ou trois ansl'organisation des ressources : qui, avec quoi, commentmoyenne : on peut réorienter, à un coût réell'encadrement intermédiairerecruter dix opérateurs et acheter une ligne de conditionnement
Opérationnellele jour, la semaineun poste, une équipe, une commandeforte : on corrige presque immédiatementl'encadrement de proximitéétablir le planning de la semaine, lancer une commande d'emballages
Deux questions pour trancher un cas
  1. Combien de temps l'organisation vivra-t-elle avec cette décision ? Une semaine, un an, dix ans ?
  2. Que coûterait le retour en arrière ? Presque rien, un budget, ou la survie de l'entreprise ?
Un piège fréquent : le montant engagé ne suffit pas à classer une décision. Une commande de matières premières de 200 000 € reste opérationnelle si elle se répète chaque mois et s'ajuste sans difficulté ; le choix d'un fournisseur unique pour cinq ans est stratégique, même pour un montant annuel plus faible.

XI. L'environnement et les outils pour l'analyser


Les sept composantes de l'environnement L'environnement d'une organisation est l'ensemble des éléments extérieurs qui influencent son activité sans qu'elle les contrôle. On le découpe traditionnellement en sept composantes.
ComposanteCe qu'on y observeExemple d'effet sur une conserverie fictive
Économiquecroissance, inflation, taux d'intérêt, pouvoir d'achatle coût du crédit renchérit l'achat d'une nouvelle ligne
Politiquestabilité, politiques publiques, commerce extérieurun plan de soutien à l'agriculture locale ouvre une aide à l'investissement
Sociocultureldémographie, modes de vie, attentes des consommateursla demande de repas rapides et sains progresse
Technologiqueinnovations, automatisation, numériqueune machine de tri optique divise par deux le temps de préparation
Juridiquedroit du travail, normes, obligations d'étiquetageune nouvelle règle d'affichage nutritionnel impose de refaire les emballages
Concurrentielconcurrents, fournisseurs, clients, entrants, substitutsl'arrivée d'un concurrent régional fait pression sur les prix
Écologiqueressources, climat, attentes environnementalesune mauvaise récolte renchérit la matière première
Deux outils d'analyse à connaître 1. Le SWOT croise un diagnostic interne et un diagnostic externe :
  • Forces et Faiblesses : à l'intérieur de l'organisation (ressources, compétences, coûts, image). Elles dépendent d'elle.
  • Opportunités et Menaces : à l'extérieur (marché, réglementation, technologie, concurrence). Elles ne dépendent pas d'elle.
La faute la plus sanctionnée consiste à écrire une force dans la case des opportunités. Test infaillible : si l'élément disparaîtrait avec l'entreprise, il est interne ; s'il existerait encore sans elle, il est externe.

2. Les cinq forces de Porter analysent l'intensité concurrentielle d'un secteur, et donc la rentabilité qu'on peut espérer en y entrant.
Nouveaux entrants est-il facile d'ouvrir un concurrent demain ? Produits de substitution un autre produit peut-il rendre le même service ? Fournisseurs peuvent-ils imposer leur prix ? Clients peuvent-ils faire baisser le prix ? Rivalité entre les concurrents déjà installés dans le secteur Plus une force est intense, plus elle rogne la rentabilité moyenne du secteur.
Porter renverse une idée reçue : les concurrents directs ne sont qu'une force sur cinq. Un secteur peut être peu concurrentiel en apparence et très peu rentable, parce qu'un fournisseur unique y capte toute la marge. En France, on ajoute souvent l'État comme sixième force, en raison de son pouvoir de réglementation.
Trois attitudes face à l'environnement
  • Flexibilité : la capacité à faire varier ses moyens (volumes, horaires, sous-traitance) sans tout reconstruire.
  • Réactivité : la vitesse à laquelle on répond à un changement une fois qu'il s'est produit.
  • Proactivité : le fait d'anticiper le changement, voire de le provoquer, avant qu'il ne s'impose.
L'ordre est croissant en difficulté et en avantage : la réactivité protège, la proactivité fait prendre de l'avance.
⚠️ À retenir absolument pour l'examen
  • La définition de l'organisation et ses quatre caractéristiques.
  • Marchand / non marchand et lucratif / non lucratif sont deux questions distinctes : sache donner l'exemple qui les croise.
  • Le tableau des statuts juridiques : associés, capital, responsabilité. La SNC et le GIE sont les deux cas de responsabilité indéfinie et solidaire.
  • Les quatre catégories de taille et la grammaire « effectif ET (CA OU bilan) ».
  • Les cinq fonctions de Fayol (P.O.C.C.C.) et le cycle planifier - organiser - animer - contrôler.
  • Les trois niveaux de décision et le critère de réversibilité.
  • SMART, le SWOT et les cinq forces de Porter.