Fiche d'exercices : Introduction aux séries temporelles
8 exercices progressifs ⭐ → ⭐⭐⭐ : cherche d'abord, la correction est sous chaque énoncé
Échauffement
- relevé mensuel du nombre de passagers d'un aéroport : chaque année, le mois d'août dépasse d'environ 40 % le mois de novembre ;
- relevé annuel du PIB d'un pays : sur 40 ans, il est passé de 800 à 2 400 milliards d'€ ;
- relevé quotidien du chiffre d'affaires d'un commerce : le 14 mars, les ventes s'effondrent car une canalisation a rompu devant le magasin.
👆 ▶ Correction de l'exercice 1
2. Pas annuel. Composante de tendance : c'est un mouvement de long terme, étalé sur 40 ans, sans répétition périodique.
3. Pas quotidien. Composante accidentelle : événement isolé, non répétitif et imprévisible, qui ne se reproduira pas au même moment l'année suivante.
Remarque : le critère qui sépare saisonnier et accidentel n'est pas l'ampleur de l'effet, mais sa répétition à date fixe. Une canicule qui revient chaque été relève de la saison ; une canicule exceptionnelle en avril relève de l'accidentel.
| Série | Année 1 | Année 2 | Année 3 |
|---|---|---|---|
| P : N | 200 | 250 | 300 |
| P : A | 60 | 60 | 60 |
| Q : N | 200 | 250 | 300 |
| Q : A | 80 | 100 | 120 |
- Pour chaque série, calcule le rapport A/N des trois années.
- Quel schéma retiens-tu pour P ? pour Q ? Justifie.
👆 ▶ Correction de l'exercice 2
| Année 1 | Année 2 | Année 3 | |
|---|---|---|---|
| P : A/N | 60/200 = 0,30 | 60/250 = 0,24 | 60/300 = 0,20 |
| Q : A/N | 80/200 = 0,40 | 100/250 = 0,40 | 120/300 = 0,40 |
Pour Q : le rapport A/N reste constant à 0,40, l'amplitude suit exactement le niveau. La saison multiplie : schéma multiplicatif, Y_t = T_t \times S_t \times \varepsilon_t.
Interprétation du résultat : c'est le rapport A/N, et non l'amplitude seule, qui tranche. Pour Q, l'amplitude AUGMENTE (80 → 120) sans que cela signifie que la saison s'est renforcée : elle pèse toujours 40 % du niveau.
Le cœur du chapitre
| Mois | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Contrats | 52 | 61 | 58 | 67 | 71 | 66 | 78 |
- Calcule toutes les moyennes mobiles d'ordre 3 possibles (arrondies au centième).
- Combien d'observations sont perdues, et pourquoi ?
- La série de départ paraît irrégulière. Que montre la série lissée ?
👆 ▶ Correction de l'exercice 3
| Mois | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 |
|---|---|---|---|---|---|
| \text{MM}_3 | 57 | 62 | 65,33 | 68 | 71,67 |
3. Interprétation du résultat : la série lissée (57 ; 62 ; 65,33 ; 68 ; 71,67) est strictement croissante, alors que la série brute faisait des allers-retours (58 après 61, 66 après 71). Le lissage révèle une progression régulière d'environ 3,7 contrats par mois, que les fluctuations accidentelles masquaient.
| t | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Trimestre | T1 | T2 | T3 | T4 | T1 | T2 | T3 | T4 | T1 | T2 | T3 | T4 |
| Ventes | 40 | 96 | 68 | 36 | 46 | 108 | 74 | 40 | 50 | 118 | 82 | 44 |
- Pourquoi faut-il ici une moyenne mobile d'ordre 4, et pourquoi doit-elle être centrée ?
- Calcule \text{MM}_4(3) et \text{MM}_4(4) en détaillant.
- Sur les 12 trimestres, entre quelles valeurs de t la tendance est-elle définie ? Combien d'observations sont perdues ?
👆 ▶ Correction de l'exercice 4
2. \begin{aligned}\text{MM}_4(3) &= \dfrac{\frac12 \times 40 + 96 + 68 + 36 + \frac12 \times 46}{4} \\ &= \dfrac{20 + 96 + 68 + 36 + 23}{4} \\ &= \dfrac{243}{4} \\ &= 60{,}75\end{aligned}\begin{aligned}\text{MM}_4(4) &= \dfrac{\frac12 \times 96 + 68 + 36 + 46 + \frac12 \times 108}{4} \\ &= \dfrac{48 + 68 + 36 + 46 + 54}{4} \\ &= \dfrac{252}{4} \\ &= 63\end{aligned}3. La tendance est définie de t = 3 à t = 10 : il faut deux voisines de chaque côté, donc les deux premiers et les deux derniers trimestres sont hors d'atteinte. 4 observations perdues sur 12.
Remarque : les valeurs manquantes de la fin (t = 11 et t = 12) sont les plus gênantes en pratique : ce sont les plus récentes, donc celles dont on aurait le plus besoin pour prévoir.
- Calcule S_1, S_2, S_3 pour \alpha = 0{,}3 (arrondis au centième).
- Refais le calcul pour \alpha = 0{,}7.
- Lequel des deux réglages suit le mieux les observations ? Lequel choisirais-tu si tu soupçonnais les observations d'être très bruitées ? Justifie.
👆 ▶ Correction de l'exercice 5
1. Pour \alpha = 0{,}3 :\begin{aligned}S_1 &= 0{,}3 \times 92 + 0{,}7 \times 80 \\ &= 27{,}6 + 56 \\ &= 83{,}6\end{aligned}\begin{aligned}S_2 &= 0{,}3 \times 88 + 0{,}7 \times 83{,}6 \\ &= 26{,}4 + 58{,}52 \\ &= 84{,}92\end{aligned}\begin{aligned}S_3 &= 0{,}3 \times 95 + 0{,}7 \times 84{,}92 \\ &= 28{,}5 + 59{,}444 \\ &\approx 87{,}94\end{aligned}2. Pour \alpha = 0{,}7 :\begin{aligned}S_1 &= 0{,}7 \times 92 + 0{,}3 \times 80 \\ &= 64{,}4 + 24 \\ &= 88{,}4\end{aligned}\begin{aligned}S_2 &= 0{,}7 \times 88 + 0{,}3 \times 88{,}4 \\ &= 61{,}6 + 26{,}52 \\ &= 88{,}12\end{aligned}\begin{aligned}S_3 &= 0{,}7 \times 95 + 0{,}3 \times 88{,}12 \\ &= 66{,}5 + 26{,}436 \\ &\approx 92{,}94\end{aligned}3. C'est \alpha = 0{,}7 qui suit le mieux les observations : après 3 pas il atteint 92,94, tout près des valeurs observées (autour de 90), alors que \alpha = 0{,}3 en est encore à 87,94. Un \alpha proche de 1 donne en effet presque tout le poids à la dernière observation.
Interprétation du résultat : si les observations sont très bruitées, c'est \alpha = 0{,}3 qu'il faut choisir. Un α élevé recopierait fidèlement le bruit, ce qui est exactement ce qu'on cherche à éliminer ; un α faible moyenne davantage de passé et lisse donc le hasard. Le prix à payer est un retard plus grand si un vrai changement de niveau survient : le choix de α est un arbitrage entre réactivité et stabilité, pas un réglage optimal universel.
Pour aller plus loin
| t | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Trimestre | T3 | T4 | T1 | T2 | T3 | T4 | T1 | T2 |
| Ventes Y_t | 68 | 36 | 46 | 108 | 74 | 40 | 50 | 118 |
| \text{MM}_4(t) | 60,75 | 63 | 65,25 | 66,5 | 67,5 | 69,25 | 71,5 | 73 |
- Calcule les 8 rapports Y_t / \text{MM}_4(t) (arrondis au millième).
- Moyenne ces rapports par trimestre. Leur somme vaut-elle 4 ?
- Normalise les 4 coefficients (arrondis au centième), et interprète celui du deuxième trimestre.
👆 ▶ Correction de l'exercice 6
| t | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Trimestre | T3 | T4 | T1 | T2 | T3 | T4 | T1 | T2 |
| Rapport | 1,119 | 0,571 | 0,705 | 1,624 | 1,096 | 0,578 | 0,699 | 1,616 |
| Trimestre | T1 | T2 | T3 | T4 | Somme |
|---|---|---|---|---|---|
| Moyenne brute | 0,7021 | 1,6202 | 1,1078 | 0,5745 | 4,0047 |
3. On corrige proportionnellement, en multipliant chaque brut par 4 / 4{,}0047 :\begin{aligned}c_2 &= c_2^{\text{brut}} \times \dfrac{4}{\sum_j c_j^{\text{brut}}} \\ &= 1{,}6202 \times \dfrac{4}{4{,}0047} && \quad \text{car } \textstyle\sum_j c_j^{\text{brut}} \neq 4 \\ &\approx 1{,}62\end{aligned}
| Trimestre | T1 | T2 | T3 | T4 | Somme |
|---|---|---|---|---|---|
| Coefficient normalisé | 0,7 | 1,62 | 1,11 | 0,57 |
- Calcule le taux de croissance BRUT entre ces deux trimestres. Le gérant a-t-il raison de s'en réjouir ?
- Calcule les ventes CVS de ces deux trimestres (coefficients de l'exercice 6 : c_1 = 0{,}7, c_2 = 1{,}62).
- Recalcule le taux de croissance sur les valeurs CVS. Que faut-il répondre au gérant ?
👆 ▶ Correction de l'exercice 7
2. On divise chaque vente par le coefficient de sa saison :\begin{aligned}Y_9^{\text{CVS}} &= \dfrac{50}{0{,}7} && \quad \text{car } \text{le schéma est multiplicatif} \\ &\approx 71{,}4\end{aligned}\begin{aligned}Y_{10}^{\text{CVS}} &= \dfrac{118}{1{,}62} \\ &\approx 72{,}8\end{aligned}3. \begin{aligned}\tau_{\text{CVS}} &= \dfrac{72{,}8 - 71{,}4}{71{,}4} \times 100 \\ &\approx 2\end{aligned}Interprétation du résultat : une fois la saison neutralisée, la progression réelle n'est que d'environ 2 %, et non de 136 %. Il faut donc répondre au gérant que l'essentiel de sa hausse était attendu : c'est le printemps qui a fait le travail, pas une amélioration de son activité. Sa jardinerie progresse bien, mais modestement.
Remarque : c'est exactement pour éviter ce contresens que l'INSEE publie des séries CVS. Une variation mensuelle ou trimestrielle brute ne se commente jamais telle quelle sur une série saisonnière.
- Que représente concrètement la pente b = 1{,}71 ?
- Prévois les ventes du 2ᵉ trimestre de l'année 4. À quel rang t correspond-il ?
- Pourquoi la tendance a-t-elle été ajustée sur la série CVS et non sur la série brute ?
- Cite deux raisons pour lesquelles cette prévision pourrait se révéler fausse.
👆 ▶ Correction de l'exercice 8
2. Les 12 trimestres observés vont de t = 1 à t = 12, donc l'année 4 correspond à t = 13, 14, 15, 16 et son 2ᵉ trimestre à t = 14.\begin{aligned}z_{14} &= 56 + 1{,}71 \times 14 \\ &\approx 79{,}94\end{aligned}\begin{aligned}\widehat{Y}_{14} &= z_{14} \times c_2 && \quad \text{car } \text{on remet la saison} \\ &= 79{,}94 \times 1{,}62 \\ &\approx 129{,}5\end{aligned}On prévoit environ 129,5 milliers d'€ pour le printemps de l'année 4, contre 118 le printemps précédent : une progression cohérente avec les 3 années observées.
3. Parce que la série brute est dominée par la saison : ses oscillations (de 36 à 118) sont bien plus grandes que le mouvement de tendance qu'on cherche à mesurer. Une droite ajustée sur la brute aurait des résidus énormes, et son inclinaison dépendrait de l'endroit où la série commence et s'arrête. La série CVS, débarrassée de ces oscillations, laisse la droite capter le vrai mouvement de long terme.
4. Deux raisons parmi d'autres :
- Le modèle suppose que tout continue comme avant : même tendance, même profil saisonnier. L'ouverture d'une jardinerie concurrente, un printemps pourri ou un changement de gamme rendraient la prévision caduque, et aucun calcul ne peut l'anticiper.
- La composante accidentelle est ignorée par construction : \varepsilon_t est imprévisible. La prévision ne donne qu'une valeur centrale, autour de laquelle le réel fluctuera nécessairement.
Remarque : on aurait pu ajouter l'extrapolation. Prévoir l'année 4 juste après 3 années observées reste raisonnable ; prolonger la même droite jusqu'à l'année 15 ne le serait pas du tout, comme pour la régression du chapitre 3.