Fiche d'exercices : Introduction à l'analyse économique
8 questions corrigées ⭐ → ⭐⭐⭐ : cherche d'abord, la correction est sous chaque énoncé
Échauffement
- « L'an dernier, le taux de chômage de la zone a reculé de 0,4 point. »
- « L'État devrait consacrer une part plus importante de son budget à la recherche. »
- « Une taxe sur les billets d'avion réduirait le nombre de trajets d'environ 6 %. »
- « Il est injuste que deux personnes occupant le même poste ne soient pas payées de la même façon. »
- « Le blocage des loyers réduit à terme le nombre de logements mis en location. »
👆 ▶ Correction de l'exercice 1
| Énoncé | Nature | Justification |
|---|---|---|
| 1 | positif | constat mesuré, vérifiable dans les statistiques publiées |
| 2 | normatif | « devrait » suppose un objectif choisi, aucune donnée ne le tranche |
| 3 | positif | prédiction chiffrée, donc testable (elle peut se révéler fausse) |
| 4 | normatif | « injuste » est un jugement de valeur |
| 5 | positif | affirmation de mécanisme, confrontable aux données de plusieurs villes |
Remarque : l'énoncé 3 est positif même si personne ne connaît encore le chiffre exact, et l'énoncé 5 reste positif même si des économistes en discutent. Positif ne veut pas dire vrai : cela veut dire vérifiable.
- « L'eau est un bien économique parce qu'elle est indispensable à la vie. »
- « L'étude du chômage relève de la microéconomie, puisqu'elle porte sur des individus sans emploi. »
- « Un modèle est d'autant meilleur qu'il est réaliste. »
- « Si chaque ménage épargne davantage, l'épargne totale du pays augmente forcément. »
👆 ▶ Correction de l'exercice 2
2. Faux. Le chômage est une grandeur agrégée, mesurée à l'échelle d'un pays ou d'une zone : il relève de la macroéconomie. La distinction micro/macro porte sur l'échelle d'observation, pas sur le fait que des individus soient concernés (ils le sont toujours).
3. Faux. Un modèle est une simplification volontaire, construite pour répondre à UNE question : on le juge à sa capacité à prédire et à organiser le raisonnement, pas à son réalisme. Un modèle parfaitement réaliste serait aussi compliqué que la réalité, donc inutilisable.
4. Faux. C'est le paradoxe de l'épargne : si tous les ménages épargnent en même temps, la demande adressée aux entreprises baisse, donc la production et les revenus baissent, et l'épargne totale peut finalement diminuer. Ce qui est vrai pour un individu isolé n'est pas automatiquement vrai pour l'ensemble.
Le cœur du chapitre
| Poste | Montant annuel |
|---|---|
| Recettes de l'atelier | 62 000 € |
| Achats de pièces et fournitures | 21 000 € |
| Loyer de l'atelier | 9 600 € |
| Assurance et frais divers | 3 400 € |
- Calcule le profit comptable de la première année.
- Calcule le profit économique, en tenant compte des coûts d'opportunité.
- Au seul vu de ces chiffres, doit-elle se lancer ?
👆 ▶ Correction de l'exercice 3
2. Le profit économique retranche en plus les coûts implicites, c'est-à-dire ce à quoi elle renonce : son salaire et les intérêts de son épargne.
Interprétation du résultat : la marge est cependant très faible (1 400 € sur 62 000 € de recettes). Une année un peu moins bonne que prévu suffirait à rendre le profit économique négatif, c'est-à-dire à faire de la démission un mauvais choix, alors même que le profit comptable resterait largement positif.
Remarque : le profit comptable de 28 000 € et le profit économique de 1 400 € ne se contredisent pas : ils ne mesurent pas la même chose. Seul le second répond à la question posée, qui est un CHOIX entre deux situations.
Pour chaque situation, cite le principe fondateur à l'œuvre et explique-le en deux lignes.
- La circulation aux heures de pointe recule de 12 % dès le premier trimestre.
- Le conseil municipal a longuement hésité entre ce péage et la construction d'un nouveau pont, faute de pouvoir financer les deux.
- Un adjoint déclare : « les embouteillages coûtent du temps à tout le monde, et le marché ne réglera pas cela tout seul. »
- Un habitant objecte : « je ne changerai jamais de mode de transport pour 3 €, votre péage ne servira à rien. » Que lui répond un économiste ?
👆 ▶ Correction de l'exercice 4
2. Principes 1 et 2 : les individus sont confrontés à des arbitrages, et le coût d'une chose est ce à quoi on renonce. Le budget municipal est une ressource rare : le coût réel du péage n'est pas seulement son coût d'installation, c'est aussi le pont auquel la ville renonce, c'est-à-dire son coût d'opportunité.
3. Principe 7 : l'État peut parfois améliorer les résultats du marché. Chaque automobiliste supporte son propre temps de trajet, mais pas le temps qu'il fait perdre aux autres : c'est une externalité négative, l'une des défaillances de marché qui justifient une intervention publique.
4. Principe 3 : les gens rationnels raisonnent à la marge. La question n'est pas de savoir si TOUS les automobilistes changent de comportement, mais s'il en existe à la marge, ceux pour qui l'avantage de la voiture ne dépassait que de peu son coût. Ce sont eux qui basculent, et il suffit qu'une petite fraction le fasse pour que la congestion recule nettement.
Interprétation du résultat : l'habitant a raison pour lui-même et tort sur la conclusion. Une politique publique ne cherche pas à convaincre tout le monde, elle cherche à faire basculer les décisions marginales.
| Combinaison | A | B | C | D | E | F |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Blé (tonnes) | 0 | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 |
| Ordinateurs | 30 | 29 | 27 | 24 | 20 | 15 |
- Calcule le coût d'opportunité de chaque tonne de blé supplémentaire.
- Qu'en déduis-tu sur la forme de la frontière ?
- Qualifie les combinaisons (3 ; 20) et (4 ; 24) : efficace, inefficace ou inatteignable ?
- Une innovation augmente fortement la productivité dans l'industrie informatique, sans rien changer à l'agriculture. Que devient la frontière ?
👆 ▶ Correction de l'exercice 5
| Passage | A → B | B → C | C → D | D → E | E → F |
|---|---|---|---|---|---|
| Ordinateurs abandonnés | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 |
3. Pour 3 tonnes de blé, la frontière donne 24 ordinateurs : (3 ; 20) se situe donc à l'intérieur, elle est inefficace (des ressources restent inemployées, on peut produire plus des deux biens). Pour 4 tonnes, la frontière donne 20 ordinateurs : (4 ; 24) se situe à l'extérieur, elle est inatteignable.
4. La frontière pivote vers l'extérieur du côté des ordinateurs : le point A passe au-dessus de 30 ordinateurs, tandis que le point F reste inchangé (5 tonnes de blé et 0 ordinateur ne dépendent pas de la productivité informatique).
Interprétation du résultat : le pays devient plus riche sans avoir travaillé davantage, et des combinaisons hier inatteignables, comme (4 ; 24), peuvent le devenir. C'est exactement ce que représente la croissance sur ce schéma.
- Écris l'équation de sa droite de budget et donne ses deux points d'intersection avec les axes.
- Calcule la pente de cette droite, puis interprète-la en une phrase.
- S'il achète 5 places de concert et dépense tout son budget, combien de livres achète-t-il ?
- Le prix du livre passe à 12 €. Le panier de la question 3 reste-t-il accessible ? Combien de livres peut-il alors acheter avec 5 places ?
- Comment la droite de budget se déplace-t-elle entre les questions 3 et 4 ?
👆 ▶ Correction de l'exercice 6
1. La contrainte s'écrit 30 x_1 + 10 x_2 = 240.
Si x_1 = 0, alors x_2 = 24 ; si x_2 = 0, alors x_1 = 8. La droite joint donc (0 ; 24) et (8 ; 0).
2. On isole x_2 pour retrouver la forme y = ax + b :
3. Cinq places coûtent 5 \times 30 = 150 € ; il reste 240 - 150 = 90 €, soit 90 \div 10 = 9 livres.
4. Au nouveau prix, le panier (5 ; 9) coûterait :
5. Seul p_2 a changé : la droite pivote autour du point (8 ; 0), qui ne dépend que de R et de p_1. L'ordonnée à l'origine tombe de 24 à 240 \div 12 = 20, et la nouvelle pente vaut -\dfrac{30}{12} = -2{,}5.
Remarque : une droite de budget qui pivote signale un changement de PRIX ; une droite qui se déplace parallèlement signale un changement de REVENU. C'est la première chose à regarder devant un tel graphique.
| Secteur | Effectif |
|---|---|
| Agriculture | 40 |
| Industrie | 160 |
| Construction | 80 |
| Services marchands | 360 |
| Services non marchands | 160 |
- Calcule la fréquence de chaque secteur, en %, et vérifie la somme.
- Quelle représentation graphique choisirais-tu pour ce tableau, et pourquoi ?
- La corrélation évoquée par le journal démontre-t-elle la causalité qu'il annonce ? Propose deux explications concurrentes.
👆 ▶ Correction de l'exercice 7
| Secteur | Effectif | Fréquence |
|---|---|---|
| Agriculture | 40 | 5 % |
| Industrie | 160 | 20 % |
| Construction | 80 | 10 % |
| Services marchands | 360 | 45 % |
| Services non marchands | 160 | 20 % |
| Total | 800 | 100 % |
2. Un diagramme circulaire convient, parce que le tableau décrit la répartition d'un tout en cinq modalités seulement : chaque part se lit immédiatement comme une fraction des 800 actifs. Un diagramme en barres serait tout aussi acceptable si l'on veut surtout comparer les secteurs entre eux, ou comparer cette région à une autre.
3. Non. Le journal passe d'une corrélation observée entre deux grandeurs à une causalité, sans rien de plus qu'un graphique. Deux explications concurrentes au moins :
- Une variable cachée : le degré d'urbanisation et le niveau de qualification agissent à la fois sur la part des services et sur le revenu moyen. Aucune des deux variables observées ne cause l'autre.
- Une causalité inversée : ce sont des revenus élevés qui font naître une demande de services (restauration, conseil, loisirs), et donc l'emploi qui va avec.
Pour aller plus loin
- Sur le diagramme des flux circulaires, par quel marché ce choc entre-t-il dans l'économie du pays ? Quel circuit, réel ou monétaire, est touché en premier ?
- Un économiste résume : « c'est un choc d'offre : le pays ne peut plus atteindre la frontière d'hier. » Traduis cette phrase en termes de FPP.
- Classe ces trois énoncés en positif ou normatif : (a) « le blocage des prix réduira la facture des ménages de 300 € en moyenne » ; (b) « il est légitime de protéger les ménages modestes » ; (c) « le blocage réduira les économies d'énergie ».
- Quels principes fondateurs le gouvernement invoque-t-il, et lequel met-il en tension ?
- Si l'État finançait ce blocage par une création monétaire massive, quelle école de pensée agiterait le premier signal d'alarme, et sur quel argument ?
👆 ▶ Correction de l'exercice 8
2. Les ressources n'ont pas disparu, mais l'énergie disponible pour une même dépense a diminué : la frontière se déplace vers l'intérieur. Toutes les combinaisons qui étaient efficaces hier deviennent inatteignables. Le pays n'est pas en situation d'inefficacité (ses ressources restent employées) : il s'est appauvri, ce qui est différent.
3. (a) positif : prédiction chiffrée, vérifiable après coup. (b) normatif : « légitime » est un jugement de valeur. (c) positif : affirmation de mécanisme, confrontable aux consommations observées.
4. Le gouvernement invoque le principe 7 (l'État peut améliorer les résultats du marché), ici au nom de la répartition : il juge inacceptable que le choc frappe surtout les ménages modestes. Mais il met en tension le principe 4 (les individus réagissent aux incitations) : en maintenant un prix bas, il supprime précisément le signal qui pousserait à économiser l'énergie devenue rare. Le principe 6 est également en cause : le prix ne transmet plus l'information sur la rareté.
Interprétation du résultat : c'est l'arbitrage central de cette politique. Protéger le pouvoir d'achat immédiat coûte une partie de l'adaptation qui allégerait le choc suivant. Un économiste proposera souvent de trancher autrement : laisser le prix monter, et verser une aide directe aux ménages modestes, qui protège le revenu sans effacer l'incitation.
5. Les monétaristes, dans la lignée de Milton Friedman : pour eux, l'inflation est avant tout un phénomène monétaire. Financer une dépense durable par création monétaire revient à mettre plus de monnaie en face d'une quantité de biens qui, elle, a diminué : chaque unité de monnaie vaut moins, et les prix montent. C'est le principe 9.
Remarque : les deux camps de la frise se retrouvent ici. Un keynésien insistera sur le soutien de la demande pour éviter que le choc ne provoque du chômage ; un monétariste insistera sur le risque inflationniste du financement. Ils ne sont pas en désaccord sur les mécanismes, mais sur celui des deux risques qui est le plus urgent.