Fiche de cours : Valeur, monnaie et inflation
D'où vient la valeur d'un bien, à quoi sert la monnaie, et pourquoi les prix montent ?
I. La valeur : de l'usage à l'échange
- la valeur d'usage : ce que le bien sert à faire, l'utilité qu'il rend à celui qui le détient ;
- la valeur d'échange : la quantité d'autres biens qu'on obtient en échange, et donc, dans une économie monétaire, son prix.
- l'eau a une valeur d'usage immense (on en meurt sans elle) et une valeur d'échange presque nulle ;
- le diamant a une valeur d'usage faible (il ne sert presque à rien) et une valeur d'échange énorme.
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Interprétation du résultat : la valeur d'échange n'est jamais une propriété du bien seul, elle naît d'une relation entre l'utilité et la rareté. Là où l'air propre devient rare (zone très polluée), il redevient un objet économique : on paie des filtres, des normes, des dépollutions.
II. La valeur travail : Smith, Ricardo, Marx
C'est la théorie de la valeur travail, esquissée par Adam Smith (1776) et systématisée par David Ricardo dans ses Principes de l'économie politique et de l'impôt (1817).
- une paire de chaussures demande 6 heures de travail ;
- un panier tressé demande 2 heures de travail.
Remarque : cette théorie est objective : la valeur est censée exister dans le bien, indépendamment de celui qui l'achète. C'est exactement ce que la révolution marginaliste va renverser.
Son raisonnement tient en trois temps :
- Ce que le salarié vend n'est pas son travail, mais sa force de travail : sa capacité à travailler pendant une journée.
- Cette force de travail a une valeur, comme toute marchandise : ce qu'il faut pour la reproduire, c'est-à-dire le salaire.
- Mais le travail fourni pendant la journée crée plus de valeur que ce salaire. Cette différence est la plus-value, que l'employeur conserve.
Remarque : l'analyse de Marx déplace la question : elle ne porte plus sur la formation du prix mais sur la répartition de ce qui est produit. C'est une autre question, et c'est pourquoi elle n'est pas réfutée par la théorie marginaliste, qui répond, elle, à la première.
III. La valeur utilité : la révolution marginaliste
- William Stanley Jevons, en Angleterre, The Theory of Political Economy (1871) ;
- Carl Menger, à Vienne, Principes d'économie politique (1871) ;
- Léon Walras, à Lausanne, Éléments d'économie politique pure (1874).
- Eau : utilité totale immense, mais quantité disponible énorme. L'utilité du dernier litre (celui qui sert à arroser une pelouse) est minuscule : le prix est donc minuscule.
- Diamant : utilité totale faible, mais quantité disponible minuscule. L'utilité du dernier carat reste élevée : le prix est donc élevé.
| Classiques (Smith, Ricardo, Marx) | Marginalistes (Jevons, Menger, Walras) | |
|---|---|---|
| D'où vient la valeur ? | du travail incorporé dans le bien | de l'utilité de la dernière unité consommée |
| Nature de la valeur | objective : elle est dans le bien | subjective : elle est dans le jugement du consommateur |
| Côté du marché regardé | l'offre (les coûts de production) | la demande (les préférences) |
| Rôle du prix | il reflète la valeur, déterminée avant l'échange | il révèle la valeur, qui n'existe pas hors de l'échange |
| Paradoxe eau / diamant | non résolu | résolu par l'utilité marginale |
| Outil de raisonnement | grandeurs totales, moyennes | grandeurs marginales, calcul différentiel |
- Il ne dit pas que les coûts de production ne comptent pas. Alfred Marshall résumera plus tard : l'utilité et le coût sont les deux lames d'une paire de ciseaux. Le prix se forme à la rencontre de l'offre et de la demande, chacune portant une des deux logiques.
- Il ne dit pas que le travail ne crée pas de richesse : il dit que le travail incorporé ne suffit pas à expliquer le PRIX. Un bien produit avec beaucoup de travail mais dont personne ne veut ne vaut rien.
- Utilité marginale décroissante ne veut pas dire utilité totale décroissante : tant que l'utilité marginale reste positive, le total continue d'augmenter.
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Pour un marginaliste, la valeur naît du jugement de celui qui achète. Personne ne veut la machine : son utilité marginale est nulle, donc sa valeur d'échange est nulle, quel que soit le travail dépensé.
Interprétation du résultat : c'est le marginalisme qui décrit correctement ce qui se passe sur un marché. Le travail passé est un coût irrécupérable, et un coût déjà supporté n'oblige personne à payer.
IV. À quoi sert la monnaie : les trois fonctions
- Le boulanger veut se faire soigner une dent ; le dentiste n'a pas faim : pas d'échange.
- Avec une monnaie, l'échange se scinde en deux : le boulanger vend son pain à qui a faim, puis paie le dentiste. La monnaie dédouble l'échange dans le temps et dans l'espace.
Sa particularité est d'être parfaitement liquide : elle se transforme en n'importe quel bien immédiatement, sans coût ni délai ni risque de moins-value nominale.
Sa faiblesse est le revers de cette qualité : elle ne rapporte rien, et l'inflation ronge son pouvoir d'achat. C'est la fonction que l'inflation attaque en premier, et c'est le lien entre la deuxième moitié de ce chapitre et la première.
| Qualité attendue d'une bonne monnaie | Pourquoi |
|---|---|
| Divisible | pouvoir payer 1,20 € comme 12 000 € |
| Homogène | deux unités identiques valent la même chose, sans expertise |
| Durable et transportable | l'échange ne doit pas être limité par la matière |
| Difficile à falsifier | une monnaie facile à contrefaire perd sa valeur |
| Quantité maîtrisée | une monnaie qu'on peut créer sans limite ne conserve rien |
| Acceptée par tous | c'est la condition sociale : la confiance |
Le jour où la confiance tombe, la monnaie cesse de fonctionner avant même que sa quantité ait changé. C'est ce qui rend les épisodes d'hyperinflation si brutaux (partie XI).
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Unité de compte : partiellement. Les points mesurent des prix, mais seulement à l'intérieur de l'enseigne.
Intermédiaire des échanges : non. Ils ne sont acceptés nulle part ailleurs : ils ne suppriment pas la double coïncidence des besoins, ils la déplacent.
Réserve de valeur : faible. Ils expirent souvent, et l'enseigne peut changer unilatéralement leur barème.
Conclusion : ce n'est pas une monnaie, c'est un avoir commercial. Ce qui lui manque n'est pas la matière, c'est l'acceptation générale.
V. Les formes de la monnaie
| Forme | En quoi consiste-t-elle | Avantage | Limite |
|---|---|---|---|
| Monnaie marchandise | un bien utile sert de monnaie (sel, coquillages, bétail, grain) | sa valeur est immédiate, aucune confiance n'est requise | peu divisible, peu durable, peu transportable |
| Monnaie métallique | pièces d'or, d'argent, de cuivre, pesées puis frappées | divisible, homogène, durable ; la frappe garantit le titre | lourde à transporter, quantité dépendante des mines, risque de rognage |
| Billet convertible | un certificat échangeable contre un poids de métal déposé | transport et paiement enfin commodes | tient tant que chacun croit à la convertibilité ; une panique la fait tomber |
| Monnaie fiduciaire | billets et pièces non convertibles, à cours légal | la quantité de monnaie ne dépend plus des mines : elle devient un choix de politique économique | tout repose sur la confiance (fiducia) dans l'émetteur |
| Monnaie scripturale | une écriture sur un compte bancaire, mobilisée par virement, carte ou prélèvement | instantanée, traçable, sans manipulation d'espèces | dépend de la solidité des banques et des systèmes de paiement |
- Une carte bancaire n'est pas de la monnaie : c'est un instrument de paiement, un moyen de faire circuler de la monnaie scripturale. Même chose pour le virement, le chèque, l'application de paiement.
- Les cryptoactifs remplissent mal les trois fonctions : leur volatilité les rend médiocres comme unité de compte et comme réserve de valeur, et leur acceptation reste marginale. La plupart des économistes les classent comme actifs spéculatifs plutôt que comme monnaies.
Remarque : ne pas confondre la forme de la monnaie (scripturale) et son instrument de circulation (la carte). C'est une confusion très fréquente en copie, et elle empêche ensuite de comprendre la création monétaire.
VI. Les agrégats monétaires : M1, M2, M3
La liquidité d'un actif est sa capacité à être transformé en moyen de paiement vite, sans coût et sans perte de valeur.
| Agrégat | Contenu ajouté | Liquidité | Exemple concret |
|---|---|---|---|
| M1 | billets, pièces, dépôts à vue | immédiate | le solde de ton compte courant |
| M2 | M1 + dépôts à terme ≤ 2 ans, comptes sur livret | quasi immédiate | un livret d'épargne réglementé |
| M3 | M2 + titres d'OPC monétaires, titres de créance ≤ 2 ans | faible | une part de fonds monétaire détenue par une entreprise |
- Un logement ou un portefeuille d'actions ne sont dans aucun agrégat : ce sont des actifs, pas de la monnaie. Leur vente prend du temps et leur prix peut varier.
- Les agrégats sont emboîtés, donc on ne les additionne jamais. Écrire M_1 + M_2 + M_3 compte trois fois les mêmes billets.
- Passer d'un compte courant à un livret fait baisser M1 sans changer M2 : la monnaie n'a pas été détruite, elle a changé de couche.
- Le contenu exact de chaque agrégat est une convention statistique, propre à chaque banque centrale et révisable : retenir la logique d'emboîtement, pas une liste par cœur.
VII. La création monétaire et son contrôle
- Une entreprise obtient un crédit de 200 000 €.
- La banque inscrit en même temps une créance de 200 000 € à son actif (l'entreprise lui doit cette somme) et 200 000 € au crédit du compte de l'entreprise, à son passif.
- Ces 200 000 € n'existaient nulle part une seconde plus tôt : ils viennent d'être créés. M1 augmente d'autant.
Remarque : cette formule, « les crédits font les dépôts », inverse la formule spontanée « les dépôts font les crédits ». C'est l'un des trois ou quatre renversements de bon sens que ce cours demande d'accepter, et il est régulièrement demandé en examen.
- La banque centrale a le monopole d'émission des billets et de la monnaie centrale.
- Elle refinance les banques : elle leur prête de la monnaie centrale, contre des garanties, à un prix qu'elle fixe.
- Ce prix est le taux directeur. C'est son instrument principal.
| La banque centrale… | Effet sur le coût du crédit | Effet attendu sur l'économie |
|---|---|---|
| monte son taux directeur | se refinancer coûte plus cher, les banques relèvent leurs taux | moins de crédits, moins de création monétaire, demande freinée, inflation freinée |
| baisse son taux directeur | le refinancement coûte moins cher, les taux bancaires baissent | plus de crédits, plus de création monétaire, demande soutenue, activité relancée |
- les réserves obligatoires : une fraction des dépôts doit être conservée en monnaie centrale, non prêtable (de l'ordre de 1 % dans la zone euro à la date de rédaction) ;
- les ratios de solvabilité : une banque doit détenir des fonds propres proportionnels aux risques qu'elle porte. C'est l'objet des accords internationaux dits de Bâle, dont le seuil de référence est de 8 % des actifs pondérés par les risques.
- Elle ne décide pas la quantité de monnaie : elle en modifie le prix. Si les entreprises n'ont pas de projets et les ménages pas de confiance, un taux bas ne fera pas naître de crédits. La formule consacrée dit qu'on ne pousse pas sur une ficelle.
- Elle agit avec un délai de plusieurs trimestres : elle pilote en regardant loin devant, sur des prévisions, donc parfois à contretemps.
- Ses taux frappent toute l'économie, sans distinguer un secteur d'un autre : monter les taux pour freiner une inflation venue de l'énergie importée pénalise aussi le logement et l'investissement.
- Le taux directeur ne peut guère descendre sous zéro durablement : au-delà, il devient plus intéressant de détenir des billets. C'est la contrainte qui rend la déflation si difficile à combattre.
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Interprétation du résultat : il n'y a création monétaire que lorsqu'un crédit nouveau est accordé, pas lorsque de la monnaie existante change de forme. Le test à appliquer est toujours le même : une créance nouvelle a-t-elle été inscrite au bilan d'une banque ?
VIII. Inflation, désinflation, déflation
- générale : la hausse du seul prix du poisson n'est pas de l'inflation, c'est une variation de prix relatif ;
- durable : une flambée d'un mois suivie d'un retour n'est pas de l'inflation, c'est un à-coup.
| Phénomène | Le taux d'inflation… | Les prix… | Exemple de série |
|---|---|---|---|
| Inflation | est positif | montent | + 2 %, puis + 3 %, puis + 5 % |
| Désinflation | reste positif mais diminue | montent moins vite | + 7 %, puis + 5 %, puis + 3 % |
| Déflation | devient négatif | baissent | + 1 %, puis − 0,5 %, puis − 1 % |
C'est exactement la différence entre une voiture qui ralentit et une voiture qui recule. La désinflation est un ralentissement, pas un recul. Ce piège explique une bonne part de l'écart entre les statistiques d'inflation et le sentiment des ménages.
Remarque : on divise toujours par l'indice de départ. Diviser par l'indice d'arrivée donne un autre nombre, qui ne veut rien dire ici.
IX. Nominal et réel : mesurer le pouvoir d'achat
Seule la grandeur réelle mesure un pouvoir d'achat : elle dit combien de biens on peut effectivement acheter.
Remarque : l'approximation t_r \approx t_n - t_i donne ici − 2 %, ce qui est proche du vrai résultat. Elle reste acceptable pour de petits taux (quelques pour cent) et devient franchement fausse en forte inflation : avec + 20 % de salaire et + 60 % de prix, elle annonce − 40 % alors que le vrai chiffre est d'environ − 25 %.
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X. Causes, conséquences et outils de lutte
| Type d'inflation | Mécanisme | Signal reconnaissable | Exemple |
|---|---|---|---|
| Par la demande | la demande dépasse les capacités de production disponibles | activité forte, chômage bas, tensions de recrutement | une relance budgétaire dans une économie déjà proche du plein emploi |
| Par les coûts | un coût de production augmente et se répercute dans les prix de vente | les prix montent alors que l'activité ralentit | une forte hausse du prix de l'énergie ou des salaires |
| Monétaire | la quantité de monnaie croît durablement plus vite que la production | croissance de la masse monétaire sans contrepartie réelle | le financement d'un déficit par création monétaire |
| Importée | les biens achetés à l'étranger renchérissent, ou la monnaie nationale se déprécie | l'écart d'inflation avec les partenaires vient des seuls prix d'importation | une dépréciation du change qui renchérit tout ce qui est importé |
Si l'on suppose V stable et Y déterminé par les capacités de l'économie, alors toute hausse durable de M se retrouve dans P. C'est le fondement de la formule de Milton Friedman : « l'inflation est toujours et partout un phénomène monétaire ».
Remarque : cette conclusion tient par hypothèse : elle suppose V stable et Y insensible à la monnaie. Les keynésiens contestent précisément ces deux hypothèses à court terme, quand des capacités de production restent inemployées. Le désaccord ne porte pas sur l'équation, qui est une identité, mais sur ce qu'on gèle dedans.
| Conséquence de l'inflation | Qui y perd | Qui y gagne |
|---|---|---|
| Érosion du pouvoir d'achat | les revenus fixes ou peu indexés (retraites, salaires à contrat rigide) | ceux dont le revenu est indexé ou renégocié vite |
| Transfert entre créanciers et débiteurs | les créanciers : on leur rend une somme qui achète moins | les débiteurs à taux fixe : leur dette réelle s'allège, l'État compris |
| Dévalorisation de l'épargne liquide | les détenteurs de comptes et de livrets peu rémunérés | les détenteurs d'actifs réels (immobilier, actions), si ceux-ci suivent les prix |
| Perte de compétitivité | les exportateurs, si l'inflation dépasse celle des partenaires | les producteurs concurrencés par des importations devenues chères |
| Incertitude | l'investissement de long terme, qui devient difficile à calculer | personne : c'est un coût net pour l'économie |
- elle laisse une marge de manœuvre : pour relancer, la banque centrale a besoin de pouvoir descendre les taux réels sous zéro, ce qu'une inflation nulle interdit ;
- elle permet aux salaires relatifs de s'ajuster sans baisse nominale, socialement très difficile ;
- elle éloigne du risque de déflation, bien plus dangereux (partie XI).
| Outil | Qui l'actionne | Comment il agit | Contre quelle inflation |
|---|---|---|---|
| Politique monétaire | la banque centrale | hausse du taux directeur, réduction du bilan : le crédit se raréfie, la demande ralentit | surtout l'inflation par la demande et l'inflation monétaire |
| Politique budgétaire | l'État | moins de dépenses ou plus d'impôts : la demande globale se contracte | l'inflation par la demande |
| Politique de l'offre | l'État | concurrence, formation, investissement : on augmente les capacités de production | l'inflation par les coûts, à moyen terme |
| Encadrement des prix | l'État | blocage ou plafonnement de certains prix | aucun durablement : il masque le symptôme et supprime le signal de rareté |
👆 ▶ À toi : l'inflation d'un pays vient entièrement du triplement du prix du gaz importé. Sa banque centrale doit-elle monter fortement ses taux ? Vérifie
L'argument contre : il s'agit d'une inflation importée, par les coûts. Monter les taux ne fera pas baisser le prix mondial du gaz : cela freinera la demande intérieure, donc l'activité et l'emploi, sans toucher la cause. On paierait un coût réel pour un effet nul sur l'origine du choc.
L'argument pour : si les entreprises et les salariés se mettent à anticiper une inflation durable, la hausse se diffuse à tous les prix et à tous les salaires : le choc ponctuel devient une inflation générale. La banque centrale agit alors moins sur les prix que sur les anticipations.
Interprétation du résultat : la bonne réponse d'examen distingue les deux temps. Face au choc lui-même, l'outil pertinent est budgétaire et ciblé (aider les ménages exposés) ou structurel (réduire la dépendance). Face au risque de diffusion, la politique monétaire redevient l'outil central.
XI. Trois cas limites : hyperinflation, spirale déflationniste, choc post-Covid
L'enchaînement est toujours le même :
- un État finance des dépenses massives par création monétaire ;
- les prix s'envolent, donc l'État doit créer encore plus de monnaie pour la même dépense réelle ;
- chacun se débarrasse de la monnaie au plus vite : la vitesse de circulation V explose, ce qui accélère encore les prix ;
- la monnaie perd d'abord sa fonction de réserve de valeur, puis d'unité de compte (on affiche en devise étrangère), puis d'intermédiaire des échanges : le troc réapparaît.
- les prix baissent, donc les ménages reportent leurs achats (pourquoi acheter aujourd'hui ce qui sera moins cher demain ?) ;
- la demande recule, donc les entreprises baissent encore les prix, réduisent l'investissement, puis l'emploi ;
- les revenus baissent, mais les dettes, elles, restent fixes en euros : leur poids réel augmente. C'est la déflation par la dette décrite par Irving Fisher en 1933 ;
- emprunteurs et banques se fragilisent, le crédit se contracte, la demande recule encore. La boucle est bouclée.
Remarque : c'est pour cela que la cible de 2 % n'est pas zéro. Une cible nulle laisserait la moindre récession faire basculer l'économie du mauvais côté, là où les outils habituels ne fonctionnent plus.
L'intérêt du cas est qu'aucune des quatre causes ne suffit à l'expliquer seule.
| Facteur | Nature | Comment il a joué |
|---|---|---|
| Énergie et matières premières | coûts, importée | la reprise puis les tensions géopolitiques renchérissent gaz, pétrole, engrais et alimentation |
| Chaînes d'approvisionnement | coûts | arrêts d'usines, ports engorgés, pénurie de composants : l'offre ne suit pas la reprise |
| Demande différée | demande | l'épargne accumulée pendant les confinements se déverse d'un coup sur une offre contrainte |
| Soutiens publics massifs | demande, monétaire | aides et taux très bas ont soutenu les revenus, donc la demande, pendant que l'offre était bloquée |
| Diffusion aux autres prix | structurelle | les hausses de coûts passent dans les prix de vente, puis dans les salaires : le choc se généralise |
- La désinflation est venue d'abord du reflux des prix de l'énergie, c'est-à-dire de la disparition du choc initial : une part importante de l'inflation observée était bien conjoncturelle.
- Le durcissement monétaire (hausses rapides des taux directeurs à partir de 2022) a surtout visé à empêcher la diffusion, c'est-à-dire à éviter que les anticipations ne se décrochent de la cible.
- La désinflation n'a pas ramené les prix à leur niveau d'avant : le niveau général est resté durablement plus élevé. C'est le piège de la partie VIII, vécu grandeur nature, et c'est ce qui explique le décalage entre les statistiques et le ressenti des ménages.
Remarque : les chiffres cités ici sont des ordres de grandeur, datés de la rédaction de la fiche. Un devoir sérieux vérifie toujours la dernière donnée publiée avant de la citer.
👆 ▶ À toi : un ménage constate que « l'inflation est retombée à 2 % » mais que son caddie coûte toujours bien plus cher qu'il y a trois ans. A-t-il tort ? Vérifie
Le taux d'inflation mesure la vitesse à laquelle les prix montent, pas leur niveau. Un taux retombé à 2 % veut dire que les prix montent désormais lentement, à partir d'un niveau qui a déjà beaucoup augmenté.
Illustration : après + 8 % puis + 6 %, un prix de 100 € est passé à 114,48 €. Un troisième + 2 % le porte à 116,77 €. Le taux a bien été divisé par quatre, et le caddie coûte pourtant 17 % de plus qu'au départ.
Interprétation du résultat : seule une déflation ferait baisser le niveau des prix, et personne ne la souhaite pour les raisons vues plus haut. Le pouvoir d'achat se rétablit non par une baisse des prix, mais par des revenus qui rattrapent progressivement le niveau atteint.