Fiche de cours Logimaths | L1 Éco, GPEC

Fiche de cours : Valeur, monnaie et inflation

D'où vient la valeur d'un bien, à quoi sert la monnaie, et pourquoi les prix montent ?

I. La valeur : de l'usage à l'échange


Deux valeurs, et elles ne coïncident pas Un même bien porte deux valeurs, que l'analyse économique distingue depuis le XVIIIe siècle :
  • la valeur d'usage : ce que le bien sert à faire, l'utilité qu'il rend à celui qui le détient ;
  • la valeur d'échange : la quantité d'autres biens qu'on obtient en échange, et donc, dans une économie monétaire, son prix.
Rien ne garantit que les deux aillent dans le même sens, et c'est précisément le point de départ du chapitre.
⚠️ Le paradoxe de l'eau et du diamant Adam Smith le pose dès 1776 dans La Richesse des nations :
  • l'eau a une valeur d'usage immense (on en meurt sans elle) et une valeur d'échange presque nulle ;
  • le diamant a une valeur d'usage faible (il ne sert presque à rien) et une valeur d'échange énorme.
L'utilité ne suffit donc pas à expliquer le prix. Il faudra un siècle pour résoudre ce paradoxe, et la solution ne consistera pas à abandonner l'utilité, mais à la mesurer autrement (partie III).
👆 À toi : l'air respirable a la plus grande valeur d'usage qui soit. Pourquoi son prix est-il nul ? Vérifie
Parce qu'il n'est pas rare : il est disponible en quantité illimitée pour chacun, sans effort ni renoncement. Un bien libre n'a pas de valeur d'échange, quelle que soit son utilité.
Interprétation du résultat : la valeur d'échange n'est jamais une propriété du bien seul, elle naît d'une relation entre l'utilité et la rareté. Là où l'air propre devient rare (zone très polluée), il redevient un objet économique : on paie des filtres, des normes, des dépollutions.

II. La valeur travail : Smith, Ricardo, Marx


La réponse des classiques Faute de pouvoir expliquer le prix par l'utilité, les classiques cherchent la source de la valeur du côté de la production : un bien vaut ce qu'il a coûté de travail à produire.
C'est la théorie de la valeur travail, esquissée par Adam Smith (1776) et systématisée par David Ricardo dans ses Principes de l'économie politique et de l'impôt (1817).
L'exemple canonique : deux biens, deux temps de travail Dans une communauté d'artisans, deux biens sont produits à la main :
  • une paire de chaussures demande 6 heures de travail ;
  • un panier tressé demande 2 heures de travail.
Si la valeur vient du travail incorporé, le rapport d'échange se lit directement dans les temps de production :\begin{aligned}\text{valeur d'une paire de chaussures} &= \dfrac{6 \text{ h}}{2 \text{ h}} \times \text{1 panier} && \quad \text{car } \text{la valeur suit le travail incorporé} \\ &= 3 \text{ paniers}\end{aligned}Interprétation du résultat : une paire de chaussures s'échange contre 3 paniers. Personne n'a eu besoin de connaître les goûts des habitants : le rapport d'échange est entièrement déterminé du côté des coûts.

Remarque : cette théorie est objective : la valeur est censée exister dans le bien, indépendamment de celui qui l'achète. C'est exactement ce que la révolution marginaliste va renverser.

Marx : la valeur travail poussée jusqu'au bout Karl Marx reprend la valeur travail dans Le Capital (livre I, 1867) et en tire une conséquence que les classiques n'avaient pas tirée.
Son raisonnement tient en trois temps :
  1. Ce que le salarié vend n'est pas son travail, mais sa force de travail : sa capacité à travailler pendant une journée.
  2. Cette force de travail a une valeur, comme toute marchandise : ce qu'il faut pour la reproduire, c'est-à-dire le salaire.
  3. Mais le travail fourni pendant la journée crée plus de valeur que ce salaire. Cette différence est la plus-value, que l'employeur conserve.
Exemple chiffré : si 4 heures suffisent à produire l'équivalent du salaire journalier et que la journée dure 9 heures, les 5 heures restantes sont du surtravail, source de la plus-value.

Remarque : l'analyse de Marx déplace la question : elle ne porte plus sur la formation du prix mais sur la répartition de ce qui est produit. C'est une autre question, et c'est pourquoi elle n'est pas réfutée par la théorie marginaliste, qui répond, elle, à la première.

III. La valeur utilité : la révolution marginaliste


Une découverte multiple (1871-1874) Trois auteurs, sans se connaître ni se lire, publient en quelques années la même idée :
  • William Stanley Jevons, en Angleterre, The Theory of Political Economy (1871) ;
  • Carl Menger, à Vienne, Principes d'économie politique (1871) ;
  • Léon Walras, à Lausanne, Éléments d'économie politique pure (1874).
Une découverte multiple de ce type signale en général qu'une question était mûre : le paradoxe de Smith bloquait l'analyse depuis un siècle.
L'utilité marginale décroissante L'utilité marginale est le supplément de satisfaction procuré par la dernière unité consommée. La loi centrale du marginalisme est qu'elle décroît : plus on possède d'un bien, moins l'unité suivante apporte.
U_m(n) = U(n) - U(n-1)
Exemple : par 30 degrés, le premier verre d'eau est vital, le deuxième agréable, le sixième indifférent, le dixième pénible. L'utilité TOTALE augmente encore, mais l'utilité MARGINALE, elle, s'effondre.
La solution du paradoxe de l'eau et du diamant Le prix ne se règle pas sur l'utilité totale du bien, mais sur l'utilité de sa dernière unité disponible. Or celle-ci dépend de la quantité disponible : c'est là qu'entre la rareté.
  • Eau : utilité totale immense, mais quantité disponible énorme. L'utilité du dernier litre (celui qui sert à arroser une pelouse) est minuscule : le prix est donc minuscule.
  • Diamant : utilité totale faible, mais quantité disponible minuscule. L'utilité du dernier carat reste élevée : le prix est donc élevé.
Le paradoxe disparaît dès qu'on cesse de comparer des totaux pour comparer des marges. Ce déplacement du regard est ce qu'on appelle la révolution marginaliste, et c'est le même raisonnement à la marge qu'on retrouvera partout dans le cours.
Classiques (Smith, Ricardo, Marx)Marginalistes (Jevons, Menger, Walras)
D'où vient la valeur ?du travail incorporé dans le biende l'utilité de la dernière unité consommée
Nature de la valeurobjective : elle est dans le biensubjective : elle est dans le jugement du consommateur
Côté du marché regardél'offre (les coûts de production)la demande (les préférences)
Rôle du prixil reflète la valeur, déterminée avant l'échangeil révèle la valeur, qui n'existe pas hors de l'échange
Paradoxe eau / diamantnon résolurésolu par l'utilité marginale
Outil de raisonnementgrandeurs totales, moyennesgrandeurs marginales, calcul différentiel
⚠️ Pièges : ce que le marginalisme ne dit PAS
  • Il ne dit pas que les coûts de production ne comptent pas. Alfred Marshall résumera plus tard : l'utilité et le coût sont les deux lames d'une paire de ciseaux. Le prix se forme à la rencontre de l'offre et de la demande, chacune portant une des deux logiques.
  • Il ne dit pas que le travail ne crée pas de richesse : il dit que le travail incorporé ne suffit pas à expliquer le PRIX. Un bien produit avec beaucoup de travail mais dont personne ne veut ne vaut rien.
  • Utilité marginale décroissante ne veut pas dire utilité totale décroissante : tant que l'utilité marginale reste positive, le total continue d'augmenter.
👆 À toi : un artisan met 300 heures à fabriquer une machine dont personne ne veut. Que vaut-elle, pour un classique et pour un marginaliste ? Vérifie
Pour un classique, la machine incorpore 300 heures de travail : elle porte donc une valeur élevée, qui devrait se retrouver dans son prix.
Pour un marginaliste, la valeur naît du jugement de celui qui achète. Personne ne veut la machine : son utilité marginale est nulle, donc sa valeur d'échange est nulle, quel que soit le travail dépensé.
Interprétation du résultat : c'est le marginalisme qui décrit correctement ce qui se passe sur un marché. Le travail passé est un coût irrécupérable, et un coût déjà supporté n'oblige personne à payer.

IV. À quoi sert la monnaie : les trois fonctions


Définir la monnaie par ce qu'elle FAIT La monnaie ne se définit pas par sa matière (or, papier, ligne informatique) mais par les trois fonctions qu'elle remplit. Un objet est une monnaie s'il remplit les trois ; il l'est mal s'il n'en remplit que deux.
1. Unité de compte elle mesure et compare les valeurs entre elles Exemple un vélo à 420 €, un manteau à 140 € : 1 vélo = 3 manteaux 2. Intermédiaire des échanges elle règle l'achat sans double coïncidence des besoins Exemple le boulanger n'a plus besoin que le dentiste ait faim 3. Réserve de valeur elle transporte du pouvoir d'achat dans le temps Exemple un salaire reçu le 30 se dépense le mois suivant
Les trois fonctions ne sont pas indépendantes : c'est parce qu'elle mesure (1) que la monnaie peut régler l'échange (2), et c'est parce qu'on lui fait confiance pour garder sa valeur (3) qu'on accepte d'être payé en monnaie.
1. Unité de compte : pourquoi cela change tout Sans monnaie, chaque bien doit être comparé à tous les autres. Pour n biens, le nombre de rapports d'échange à connaître est le nombre de paires de biens :
\dfrac{n(n-1)}{2}
Avec une monnaie, il suffit d'afficher un prix par bien, soit n prix.
Sans monnaie : le troc n (n − 1) / 2 = 6 rapports d'échange blétissu poissonoutil Avec une monnaie n = 4 prix, un par bien blétissu poissonoutil à 100 biens : 4 950 rapports d'échange, contre 100 prix
Pour 4 biens, 6 rapports d'échange contre 4 prix : l'écart est faible. Pour 1 000 biens, il faudrait connaître 499 500 rapports d'échange, contre 1 000 prix. C'est cette économie de calcul qui rend l'échange praticable à grande échelle.
🎮 Entraîne-toi : combien de rapports d'échange dans une économie de troc ?
Applique \dfrac{n(n-1)}{2} et donne un nombre entier.
rapports
2. Intermédiaire des échanges : sortir de la double coïncidence Le troc n'échoue pas seulement par manque de calcul, il échoue par manque de rencontre. Pour qu'un échange direct ait lieu, il faut une double coïncidence des besoins : que A veuille ce que B possède ET que B veuille ce que A possède, au même moment, au même endroit.
  • Le boulanger veut se faire soigner une dent ; le dentiste n'a pas faim : pas d'échange.
  • Avec une monnaie, l'échange se scinde en deux : le boulanger vend son pain à qui a faim, puis paie le dentiste. La monnaie dédouble l'échange dans le temps et dans l'espace.
3. Réserve de valeur : reporter du pouvoir d'achat La monnaie permet de séparer le moment où l'on gagne et le moment où l'on dépense. Elle est à ce titre un actif parmi d'autres, comparable à un livret, à une action ou à un logement.
Sa particularité est d'être parfaitement liquide : elle se transforme en n'importe quel bien immédiatement, sans coût ni délai ni risque de moins-value nominale.
Sa faiblesse est le revers de cette qualité : elle ne rapporte rien, et l'inflation ronge son pouvoir d'achat. C'est la fonction que l'inflation attaque en premier, et c'est le lien entre la deuxième moitié de ce chapitre et la première.
Qualité attendue d'une bonne monnaiePourquoi
Divisiblepouvoir payer 1,20 € comme 12 000 €
Homogènedeux unités identiques valent la même chose, sans expertise
Durable et transportablel'échange ne doit pas être limité par la matière
Difficile à falsifierune monnaie facile à contrefaire perd sa valeur
Quantité maîtriséeune monnaie qu'on peut créer sans limite ne conserve rien
Acceptée par tousc'est la condition sociale : la confiance
⚠️ La monnaie est d'abord un fait social J'accepte un billet non parce qu'il m'est utile, mais parce que je suis certain que le suivant l'acceptera aussi. Une monnaie repose donc sur une croyance partagée, elle-même adossée à trois piliers : la loi (le cours légal oblige à l'accepter en paiement), l'institution qui l'émet (la banque centrale), et l'habitude.
Le jour où la confiance tombe, la monnaie cesse de fonctionner avant même que sa quantité ait changé. C'est ce qui rend les épisodes d'hyperinflation si brutaux (partie XI).
👆 À toi : les points de fidélité d'une chaîne de magasins sont-ils une monnaie ? Vérifie
On teste les trois fonctions, une par une.
Unité de compte : partiellement. Les points mesurent des prix, mais seulement à l'intérieur de l'enseigne.
Intermédiaire des échanges : non. Ils ne sont acceptés nulle part ailleurs : ils ne suppriment pas la double coïncidence des besoins, ils la déplacent.
Réserve de valeur : faible. Ils expirent souvent, et l'enseigne peut changer unilatéralement leur barème.
Conclusion : ce n'est pas une monnaie, c'est un avoir commercial. Ce qui lui manque n'est pas la matière, c'est l'acceptation générale.

V. Les formes de la monnaie


Une histoire de dématérialisation L'histoire monétaire va d'une monnaie qui vaut par elle-même à une monnaie qui ne vaut que par la confiance. Chaque étape résout un problème de l'étape précédente, et en crée un nouveau.
FormeEn quoi consiste-t-elleAvantageLimite
Monnaie marchandiseun bien utile sert de monnaie (sel, coquillages, bétail, grain)sa valeur est immédiate, aucune confiance n'est requisepeu divisible, peu durable, peu transportable
Monnaie métalliquepièces d'or, d'argent, de cuivre, pesées puis frappéesdivisible, homogène, durable ; la frappe garantit le titrelourde à transporter, quantité dépendante des mines, risque de rognage
Billet convertibleun certificat échangeable contre un poids de métal déposétransport et paiement enfin commodestient tant que chacun croit à la convertibilité ; une panique la fait tomber
Monnaie fiduciairebillets et pièces non convertibles, à cours légalla quantité de monnaie ne dépend plus des mines : elle devient un choix de politique économiquetout repose sur la confiance (fiducia) dans l'émetteur
Monnaie scripturaleune écriture sur un compte bancaire, mobilisée par virement, carte ou prélèvementinstantanée, traçable, sans manipulation d'espècesdépend de la solidité des banques et des systèmes de paiement
Où en est-on aujourd'hui ? La monnaie scripturale représente aujourd'hui l'écrasante majorité de la masse monétaire des économies développées : plus de neuf dixièmes, les billets et pièces ne formant qu'une petite fraction du reste (ordre de grandeur à la date de rédaction de cette fiche).
  • Une carte bancaire n'est pas de la monnaie : c'est un instrument de paiement, un moyen de faire circuler de la monnaie scripturale. Même chose pour le virement, le chèque, l'application de paiement.
  • Les cryptoactifs remplissent mal les trois fonctions : leur volatilité les rend médiocres comme unité de compte et comme réserve de valeur, et leur acceptation reste marginale. La plupart des économistes les classent comme actifs spéculatifs plutôt que comme monnaies.

Remarque : ne pas confondre la forme de la monnaie (scripturale) et son instrument de circulation (la carte). C'est une confusion très fréquente en copie, et elle empêche ensuite de comprendre la création monétaire.

VI. Les agrégats monétaires : M1, M2, M3


Agrégat et masse monétaire Un agrégat monétaire est un regroupement statistique d'actifs classés par degré de liquidité décroissant. La masse monétaire est la quantité de monnaie en circulation dans une économie, mesurée par ces agrégats.
La liquidité d'un actif est sa capacité à être transformé en moyen de paiement vite, sans coût et sans perte de valeur.
M3 + titres d'OPC monétaires, titres de créance ≤ 2 ans M2 + dépôts à terme ≤ 2 ans, comptes sur livret M1 billets et pièces en circulation + dépôts à vue (comptes courants) la monnaie immédiatement disponible liquidité croissante
Les agrégats sont emboîtés : tout ce qui est dans M1 est dans M2, tout ce qui est dans M2 est dans M3. On note donc M_1 \subset M_2 \subset M_3. Chaque couche ajoute des actifs un peu moins liquides que la précédente.
AgrégatContenu ajoutéLiquiditéExemple concret
M1billets, pièces, dépôts à vueimmédiatele solde de ton compte courant
M2M1 + dépôts à terme ≤ 2 ans, comptes sur livretquasi immédiateun livret d'épargne réglementé
M3M2 + titres d'OPC monétaires, titres de créance ≤ 2 ansfaibleune part de fonds monétaire détenue par une entreprise
⚠️ Pièges sur les agrégats
  • Un logement ou un portefeuille d'actions ne sont dans aucun agrégat : ce sont des actifs, pas de la monnaie. Leur vente prend du temps et leur prix peut varier.
  • Les agrégats sont emboîtés, donc on ne les additionne jamais. Écrire M_1 + M_2 + M_3 compte trois fois les mêmes billets.
  • Passer d'un compte courant à un livret fait baisser M1 sans changer M2 : la monnaie n'a pas été détruite, elle a changé de couche.
  • Le contenu exact de chaque agrégat est une convention statistique, propre à chaque banque centrale et révisable : retenir la logique d'emboîtement, pas une liste par cœur.

VII. La création monétaire et son contrôle


« Les crédits font les dépôts » L'intuition courante est fausse : une banque ne prête pas l'argent que d'autres ont déposé. Elle crée la monnaie qu'elle prête, par une simple écriture.
  1. Une entreprise obtient un crédit de 200 000 €.
  2. La banque inscrit en même temps une créance de 200 000 € à son actif (l'entreprise lui doit cette somme) et 200 000 € au crédit du compte de l'entreprise, à son passif.
  3. Ces 200 000 € n'existaient nulle part une seconde plus tôt : ils viennent d'être créés. M1 augmente d'autant.
Symétriquement, chaque remboursement détruit de la monnaie. La masse monétaire augmente donc quand les crédits nouveaux dépassent les remboursements, et diminue dans le cas inverse.

Remarque : cette formule, « les crédits font les dépôts », inverse la formule spontanée « les dépôts font les crédits ». C'est l'un des trois ou quatre renversements de bon sens que ce cours demande d'accepter, et il est régulièrement demandé en examen.

La banque centrale et la monnaie centrale Les banques commerciales ne se règlent pas entre elles en monnaie scripturale ordinaire, mais en monnaie centrale : les avoirs qu'elles détiennent sur leur compte à la banque centrale. C'est cette monnaie-là que la banque centrale émet, et c'est par elle qu'elle tient tout l'édifice.
  • La banque centrale a le monopole d'émission des billets et de la monnaie centrale.
  • Elle refinance les banques : elle leur prête de la monnaie centrale, contre des garanties, à un prix qu'elle fixe.
  • Ce prix est le taux directeur. C'est son instrument principal.
La banque centrale…Effet sur le coût du créditEffet attendu sur l'économie
monte son taux directeurse refinancer coûte plus cher, les banques relèvent leurs tauxmoins de crédits, moins de création monétaire, demande freinée, inflation freinée
baisse son taux directeurle refinancement coûte moins cher, les taux bancaires baissentplus de crédits, plus de création monétaire, demande soutenue, activité relancée
Les garde-fous prudentiels Deux dispositifs limitent la capacité des banques à créer de la monnaie :
  • les réserves obligatoires : une fraction des dépôts doit être conservée en monnaie centrale, non prêtable (de l'ordre de 1 % dans la zone euro à la date de rédaction) ;
  • les ratios de solvabilité : une banque doit détenir des fonds propres proportionnels aux risques qu'elle porte. C'est l'objet des accords internationaux dits de Bâle, dont le seuil de référence est de 8 % des actifs pondérés par les risques.
Une banque doit enfin détenir assez de monnaie centrale pour honorer les retraits en billets et les virements sortants : c'est la fuite hors du circuit qui limite en pratique sa création.
⚠️ Ce que la banque centrale ne peut PAS faire
  • Elle ne décide pas la quantité de monnaie : elle en modifie le prix. Si les entreprises n'ont pas de projets et les ménages pas de confiance, un taux bas ne fera pas naître de crédits. La formule consacrée dit qu'on ne pousse pas sur une ficelle.
  • Elle agit avec un délai de plusieurs trimestres : elle pilote en regardant loin devant, sur des prévisions, donc parfois à contretemps.
  • Ses taux frappent toute l'économie, sans distinguer un secteur d'un autre : monter les taux pour freiner une inflation venue de l'énergie importée pénalise aussi le logement et l'investissement.
  • Le taux directeur ne peut guère descendre sous zéro durablement : au-delà, il devient plus intéressant de détenir des billets. C'est la contrainte qui rend la déflation si difficile à combattre.
👆 À toi : un particulier retire 500 € en billets à un distributeur. La masse monétaire augmente-t-elle ? Vérifie
Non, elle est inchangée. Le dépôt à vue baisse de 500 € et les billets en circulation augmentent de 500 € : les deux composantes appartiennent au même agrégat M1, qui ne bouge pas.
Interprétation du résultat : il n'y a création monétaire que lorsqu'un crédit nouveau est accordé, pas lorsque de la monnaie existante change de forme. Le test à appliquer est toujours le même : une créance nouvelle a-t-elle été inscrite au bilan d'une banque ?

VIII. Inflation, désinflation, déflation


Trois mots à ne jamais confondre L'inflation est une hausse générale et durable du niveau général des prix. Les deux adjectifs comptent :
  • générale : la hausse du seul prix du poisson n'est pas de l'inflation, c'est une variation de prix relatif ;
  • durable : une flambée d'un mois suivie d'un retour n'est pas de l'inflation, c'est un à-coup.
PhénomèneLe taux d'inflation…Les prix…Exemple de série
Inflationest positifmontent+ 2 %, puis + 3 %, puis + 5 %
Désinflationreste positif mais diminuemontent moins vite+ 7 %, puis + 5 %, puis + 3 %
Déflationdevient négatifbaissent+ 1 %, puis − 0,5 %, puis − 1 %
⚠️ Le piège classique de la désinflation « L'inflation a baissé » ne signifie jamais que les prix ont baissé. Cela signifie qu'ils montent moins vite qu'avant : ils continuent de monter, et le niveau des prix, lui, reste au-dessus de celui de l'année précédente.
C'est exactement la différence entre une voiture qui ralentit et une voiture qui recule. La désinflation est un ralentissement, pas un recul. Ce piège explique une bonne part de l'écart entre les statistiques d'inflation et le sentiment des ménages.
taux d'inflation (%) O année 876 543 21 −1−2 123 456 789 101112 cible : 2 % pic inflation qui accélère les prix accélèrent désinflation les prix montent moins vite déflation les prix baissent
Série d'une économie fictive. Années 1 à 5 : inflation qui accélère. Années 5 à 9 : désinflation, le taux redescend mais reste positif, donc les prix continuent de monter. Années 10 à 12 : déflation, le taux passe sous zéro et les prix baissent réellement. La ligne bleue rappelle la cible de 2 % que se donnent la plupart des grandes banques centrales.
Mesurer l'inflation entre deux indices L'inflation se mesure par la variation d'un indice des prix à la consommation (IPC), calculé sur un panier de biens représentatif d'un ménage moyen. Le taux d'inflation entre deux dates est le taux de variation de cet indice :
t = \dfrac{I_{\text{arrivée}} - I_{\text{départ}}}{I_{\text{départ}}} \times 100
Exemple : un IPC passe de 120 à 126 en un an.\begin{aligned}t &= \dfrac{126 - 120}{120} \times 100 \\ &= \dfrac{6}{120} \times 100 \\ &= 5\ \%\end{aligned}Interprétation du résultat : le niveau général des prix a augmenté de 5 % en un an. Un panier qui coûtait 120 € en coûte maintenant 126 €.

Remarque : on divise toujours par l'indice de départ. Diviser par l'indice d'arrivée donne un autre nombre, qui ne veut rien dire ici.

🎮 Entraîne-toi : le taux d'inflation entre deux indices
Applique t = \dfrac{I_2 - I_1}{I_1} \times 100 et donne un nombre entier (négatif si les prix baissent).
%

IX. Nominal et réel : mesurer le pouvoir d'achat


Deux façons de lire le même chiffre Une grandeur nominale est exprimée aux prix de l'année où on l'observe (en euros courants). Une grandeur réelle est corrigée de l'inflation, c'est-à-dire exprimée aux prix d'une année de référence (en euros constants).
Seule la grandeur réelle mesure un pouvoir d'achat : elle dit combien de biens on peut effectivement acheter.
\text{grandeur réelle} = \dfrac{\text{grandeur nominale}}{I} \times 100
I est l'indice des prix, base 100 l'année de référence.
Déflater un salaire Exemple : un salarié gagne 2 400 € par mois. L'indice des prix vaut 120, base 100 dix ans plus tôt. Que vaut son salaire en euros d'il y a dix ans ?\begin{aligned}\text{salaire réel} &= \dfrac{2\,400}{120} \times 100 && \quad \text{car } \text{on ramène aux prix de l'année de base} \\ &= 20 \times 100 \\ &= 2\,000\end{aligned}Interprétation du résultat : ses 2 400 € d'aujourd'hui achètent ce que 2 000 € achetaient il y a dix ans. Si son salaire d'alors était de 2 100 €, son pouvoir d'achat a baissé, alors même que son salaire nominal a augmenté de 300 €.
🎮 Entraîne-toi : du salaire nominal au salaire réel
Applique \dfrac{\text{nominal}}{I} \times 100 et donne un nombre entier.
Comparer deux taux : la formule exacte et l'approximation Quand un salaire augmente de t_n et les prix de t_i, le pouvoir d'achat varie de t_r tel que :
1 + t_r = \dfrac{1 + t_n}{1 + t_i}
Exemple : salaire + 3 %, prix + 5 %.\begin{aligned}1 + t_r &= \dfrac{1{,}03}{1{,}05} \\ &\approx 0{,}9810\end{aligned}\begin{aligned}t_r &\approx -1{,}90\ \%\end{aligned}Interprétation du résultat : le pouvoir d'achat recule d'environ 1,9 %, bien que le salaire ait augmenté. Un salaire qui monte moins vite que les prix est un salaire qui baisse.

Remarque : l'approximation t_r \approx t_n - t_i donne ici − 2 %, ce qui est proche du vrai résultat. Elle reste acceptable pour de petits taux (quelques pour cent) et devient franchement fausse en forte inflation : avec + 20 % de salaire et + 60 % de prix, elle annonce − 40 % alors que le vrai chiffre est d'environ − 25 %.

👆 À toi : un livret rapporte 3 % par an et l'inflation est de 4 %. L'épargnant s'enrichit-il ? Vérifie
Non. Son capital augmente de 3 % en euros, mais les prix augmentent de 4 % : il peut acheter moins de biens à la fin de l'année qu'au début.\begin{aligned}1 + t_r &= \dfrac{1{,}03}{1{,}04} \\ &\approx 0{,}9904\end{aligned}\begin{aligned}t_r &\approx -0{,}96\ \%\end{aligned}Interprétation du résultat : le taux d'intérêt réel est négatif. L'épargnant perd environ 1 % de pouvoir d'achat par an, alors que son relevé de compte affiche un gain. C'est aussi, vu de l'autre côté, la raison pour laquelle l'inflation allège la charge des emprunteurs.

X. Causes, conséquences et outils de lutte


Les quatre familles de causes Devant une inflation, la première question d'un économiste n'est pas « de combien ? » mais « d'où vient-elle ? » : le remède dépend entièrement de la réponse.
Type d'inflationMécanismeSignal reconnaissableExemple
Par la demandela demande dépasse les capacités de production disponiblesactivité forte, chômage bas, tensions de recrutementune relance budgétaire dans une économie déjà proche du plein emploi
Par les coûtsun coût de production augmente et se répercute dans les prix de venteles prix montent alors que l'activité ralentitune forte hausse du prix de l'énergie ou des salaires
Monétairela quantité de monnaie croît durablement plus vite que la productioncroissance de la masse monétaire sans contrepartie réellele financement d'un déficit par création monétaire
Importéeles biens achetés à l'étranger renchérissent, ou la monnaie nationale se dépréciel'écart d'inflation avec les partenaires vient des seuls prix d'importationune dépréciation du change qui renchérit tout ce qui est importé
L'explication monétaire : l'équation quantitative Formalisée par Irving Fisher, l'équation quantitative de la monnaie s'écrit :
M \times V = P \times Y
M est la quantité de monnaie, V sa vitesse de circulation, P le niveau général des prix et Y le volume de production.
Si l'on suppose V stable et Y déterminé par les capacités de l'économie, alors toute hausse durable de M se retrouve dans P. C'est le fondement de la formule de Milton Friedman : « l'inflation est toujours et partout un phénomène monétaire ».

Remarque : cette conclusion tient par hypothèse : elle suppose V stable et Y insensible à la monnaie. Les keynésiens contestent précisément ces deux hypothèses à court terme, quand des capacités de production restent inemployées. Le désaccord ne porte pas sur l'équation, qui est une identité, mais sur ce qu'on gèle dedans.

Conséquence de l'inflationQui y perdQui y gagne
Érosion du pouvoir d'achatles revenus fixes ou peu indexés (retraites, salaires à contrat rigide)ceux dont le revenu est indexé ou renégocié vite
Transfert entre créanciers et débiteursles créanciers : on leur rend une somme qui achète moinsles débiteurs à taux fixe : leur dette réelle s'allège, l'État compris
Dévalorisation de l'épargne liquideles détenteurs de comptes et de livrets peu rémunérésles détenteurs d'actifs réels (immobilier, actions), si ceux-ci suivent les prix
Perte de compétitivitéles exportateurs, si l'inflation dépasse celle des partenairesles producteurs concurrencés par des importations devenues chères
Incertitudel'investissement de long terme, qui devient difficile à calculerpersonne : c'est un coût net pour l'économie
⚠️ Une inflation faible et stable n'est pas un mal L'objectif des grandes banques centrales n'est pas zéro, mais une inflation faible, positive et prévisible : la cible la plus répandue est de 2 % à moyen terme. Trois raisons :
  1. elle laisse une marge de manœuvre : pour relancer, la banque centrale a besoin de pouvoir descendre les taux réels sous zéro, ce qu'une inflation nulle interdit ;
  2. elle permet aux salaires relatifs de s'ajuster sans baisse nominale, socialement très difficile ;
  3. elle éloigne du risque de déflation, bien plus dangereux (partie XI).
Ce que redoutent les banques centrales, ce n'est pas l'inflation en soi, c'est l'inflation imprévisible.
OutilQui l'actionneComment il agitContre quelle inflation
Politique monétairela banque centralehausse du taux directeur, réduction du bilan : le crédit se raréfie, la demande ralentitsurtout l'inflation par la demande et l'inflation monétaire
Politique budgétairel'Étatmoins de dépenses ou plus d'impôts : la demande globale se contractel'inflation par la demande
Politique de l'offrel'Étatconcurrence, formation, investissement : on augmente les capacités de productionl'inflation par les coûts, à moyen terme
Encadrement des prixl'Étatblocage ou plafonnement de certains prixaucun durablement : il masque le symptôme et supprime le signal de rareté
👆 À toi : l'inflation d'un pays vient entièrement du triplement du prix du gaz importé. Sa banque centrale doit-elle monter fortement ses taux ? Vérifie
La réponse honnête est : pas mécaniquement, et c'est un vrai débat.
L'argument contre : il s'agit d'une inflation importée, par les coûts. Monter les taux ne fera pas baisser le prix mondial du gaz : cela freinera la demande intérieure, donc l'activité et l'emploi, sans toucher la cause. On paierait un coût réel pour un effet nul sur l'origine du choc.
L'argument pour : si les entreprises et les salariés se mettent à anticiper une inflation durable, la hausse se diffuse à tous les prix et à tous les salaires : le choc ponctuel devient une inflation générale. La banque centrale agit alors moins sur les prix que sur les anticipations.
Interprétation du résultat : la bonne réponse d'examen distingue les deux temps. Face au choc lui-même, l'outil pertinent est budgétaire et ciblé (aider les ménages exposés) ou structurel (réduire la dépendance). Face au risque de diffusion, la politique monétaire redevient l'outil central.

XI. Trois cas limites : hyperinflation, spirale déflationniste, choc post-Covid


1. L'hyperinflation : quand la monnaie cesse d'être une monnaie On parle d'hyperinflation quand les prix augmentent à un rythme tel que la monnaie ne remplit plus ses fonctions. Deux épisodes documentés : l'Allemagne de 1922-1923, où les prix doublaient en quelques jours, et le Zimbabwe en 2008.
L'enchaînement est toujours le même :
  1. un État finance des dépenses massives par création monétaire ;
  2. les prix s'envolent, donc l'État doit créer encore plus de monnaie pour la même dépense réelle ;
  3. chacun se débarrasse de la monnaie au plus vite : la vitesse de circulation V explose, ce qui accélère encore les prix ;
  4. la monnaie perd d'abord sa fonction de réserve de valeur, puis d'unité de compte (on affiche en devise étrangère), puis d'intermédiaire des échanges : le troc réapparaît.
L'hyperinflation est la démonstration par l'absurde du chapitre : elle détruit les trois fonctions, dans cet ordre. Elle ne s'arrête jamais toute seule : il faut une réforme monétaire et un rétablissement de la confiance.
2. La spirale déflationniste : pourquoi la déflation est pire La déflation semble une bonne nouvelle pour l'acheteur. Elle est en réalité le plus redouté des deux maux, parce qu'elle s'auto-entretient :
  1. les prix baissent, donc les ménages reportent leurs achats (pourquoi acheter aujourd'hui ce qui sera moins cher demain ?) ;
  2. la demande recule, donc les entreprises baissent encore les prix, réduisent l'investissement, puis l'emploi ;
  3. les revenus baissent, mais les dettes, elles, restent fixes en euros : leur poids réel augmente. C'est la déflation par la dette décrite par Irving Fisher en 1933 ;
  4. emprunteurs et banques se fragilisent, le crédit se contracte, la demande recule encore. La boucle est bouclée.
La banque centrale est de surcroît largement désarmée : son taux ne peut pas descendre beaucoup sous zéro, alors que la déflation fait monter le taux d'intérêt réel. L'exemple le plus étudié est celui du Japon, entré dans une longue période de prix stagnants ou en baisse à partir des années 1990.

Remarque : c'est pour cela que la cible de 2 % n'est pas zéro. Une cible nulle laisserait la moindre récession faire basculer l'économie du mauvais côté, là où les outils habituels ne fonctionnent plus.

3. Le choc d'inflation post-Covid Après plus d'une décennie d'inflation très faible, les économies développées ont connu à partir de 2021 un retour rapide de l'inflation, avec un pic de l'ordre de 10 % en glissement annuel dans la zone euro à l'automne 2022, suivi d'une nette désinflation (ordres de grandeur à la date de rédaction de cette fiche).
L'intérêt du cas est qu'aucune des quatre causes ne suffit à l'expliquer seule.
FacteurNatureComment il a joué
Énergie et matières premièrescoûts, importéela reprise puis les tensions géopolitiques renchérissent gaz, pétrole, engrais et alimentation
Chaînes d'approvisionnementcoûtsarrêts d'usines, ports engorgés, pénurie de composants : l'offre ne suit pas la reprise
Demande différéedemandel'épargne accumulée pendant les confinements se déverse d'un coup sur une offre contrainte
Soutiens publics massifsdemande, monétaireaides et taux très bas ont soutenu les revenus, donc la demande, pendant que l'offre était bloquée
Diffusion aux autres prixstructurelleles hausses de coûts passent dans les prix de vente, puis dans les salaires : le choc se généralise
Ce que la suite a montré
  • La désinflation est venue d'abord du reflux des prix de l'énergie, c'est-à-dire de la disparition du choc initial : une part importante de l'inflation observée était bien conjoncturelle.
  • Le durcissement monétaire (hausses rapides des taux directeurs à partir de 2022) a surtout visé à empêcher la diffusion, c'est-à-dire à éviter que les anticipations ne se décrochent de la cible.
  • La désinflation n'a pas ramené les prix à leur niveau d'avant : le niveau général est resté durablement plus élevé. C'est le piège de la partie VIII, vécu grandeur nature, et c'est ce qui explique le décalage entre les statistiques et le ressenti des ménages.

Remarque : les chiffres cités ici sont des ordres de grandeur, datés de la rédaction de la fiche. Un devoir sérieux vérifie toujours la dernière donnée publiée avant de la citer.

👆 À toi : un ménage constate que « l'inflation est retombée à 2 % » mais que son caddie coûte toujours bien plus cher qu'il y a trois ans. A-t-il tort ? Vérifie
Non, il a parfaitement raison, et les deux constats sont compatibles.
Le taux d'inflation mesure la vitesse à laquelle les prix montent, pas leur niveau. Un taux retombé à 2 % veut dire que les prix montent désormais lentement, à partir d'un niveau qui a déjà beaucoup augmenté.
Illustration : après + 8 % puis + 6 %, un prix de 100 € est passé à 114,48 €. Un troisième + 2 % le porte à 116,77 €. Le taux a bien été divisé par quatre, et le caddie coûte pourtant 17 % de plus qu'au départ.
Interprétation du résultat : seule une déflation ferait baisser le niveau des prix, et personne ne la souhaite pour les raisons vues plus haut. Le pouvoir d'achat se rétablit non par une baisse des prix, mais par des revenus qui rattrapent progressivement le niveau atteint.