Fiche de cours Logimaths | L1 Éco, Organisation et management

Fiche de cours : Le manager et les styles de management

Ce que fait vraiment un manager, et pourquoi il n'existe pas un seul bon style

I. Qui est le manager ?


Définition Un manager est une personne qui, disposant d'une autorité reconnue sur d'autres personnes, obtient des résultats par leur travail plutôt que par le sien.
Trois éléments composent cette définition, et ils tombent souvent séparément à l'examen :
  • une autorité, c'est-à-dire un pouvoir légitime de décider et de faire appliquer ;
  • des personnes placées sous cette autorité : sans équipe, il n'y a pas de management, seulement du travail ;
  • une responsabilité de résultat : le manager répond de ce que son équipe produit, y compris de ce qu'il n'a pas fait lui-même.
C'est ce troisième point qui explique l'inconfort du métier : on est comptable d'un résultat que l'on ne produit pas soi-même.
Le management existe à tous les étages Fayol l'observait déjà en 1916 : la capacité administrative est requise à tous les niveaux de la hiérarchie, et sa part augmente à mesure que l'on monte. Un chef d'équipe de cinq opérateurs et un directeur général font le même travail de fond, à des échelles différentes.
  • Certaines activités restent réservées à la direction : définir la finalité, arrêter la stratégie, engager les capitaux, nommer les cadres, représenter l'organisation à l'extérieur.
  • Les autres se délèguent : organiser un service, recruter dans une équipe, arbitrer un planning, contrôler une production.
Déléguer, c'est transférer la mission et les moyens, jamais la responsabilité. Le manager qui délègue reste celui à qui l'on demandera des comptes : c'est la contrepartie de son autorité.
La représentation de Drucker : le manager en cinq tâches Drucker décrit le travail de management comme un métier universel, indépendant du secteur, qui se ramène à cinq tâches :
  1. fixer des objectifs et les faire connaître ;
  2. organiser : découper le travail, répartir les rôles ;
  3. motiver et communiquer, ce qui suppose d'écouter autant que de parler ;
  4. mesurer la performance à l'aide d'indicateurs connus de tous ;
  5. former les personnes, y compris son propre successeur.
On représente parfois le manager en horloger : il règle un mécanisme prévisible, où chaque rouage a sa place. L'image est juste dans un environnement stable, mais elle atteint vite sa limite : dès que l'environnement devient instable, le manager ressemble davantage à un navigateur, qui corrige son cap au fur et à mesure sans jamais pouvoir tracer la route une fois pour toutes.
👆 À toi : un développeur très expérimenté travaille seul, choisit ses priorités et rend un travail excellent. Est-il un manager ? Vérifie
Non. Il lui manque l'élément central de la définition : il n'obtient pas de résultats par le travail d'autres personnes. Son autonomie est grande, mais l'autonomie n'est pas l'autorité.
Un expert reconnu peut d'ailleurs exercer une influence réelle sur ses collègues sans détenir la moindre autorité formelle : c'est du leadership, notion que la partie VII distingue soigneusement du management.
Conclusion : expert, oui ; leader informel, peut-être ; manager, non.

II. Les trois niveaux de management


Une pyramide, trois horizons On distingue traditionnellement trois étages de management. La distinction ne porte ni sur la nature du travail (elle est la même partout), ni sur le montant engagé, mais sur l'horizon des décisions et sur leur réversibilité.
Direction générale Encadrement intermédiaire Managers de proximité Top management fixe la finalité et la stratégie engage l'organisation sur plusieurs années décide des investissements lourds Middle management traduit la stratégie en plans d'action répartit les moyens entre les services fait remonter l'information du terrain Management de proximité organise le travail de la semaine anime l'équipe, forme, arbitre les tensions contrôle les résultats et corrige aussitôt Le travail du manager est le même aux trois niveaux : planifier, organiser, animer, contrôler. Ce qui change, c'est l'horizon des décisions et ce qu'il en coûterait de revenir en arrière.
Plus on descend, plus les décisions sont nombreuses, courtes et faciles à corriger. Plus on monte, plus elles sont rares, longues à produire leurs effets et coûteuses à défaire.
Top managementMiddle managementManagement de proximité
Quidirection générale, comité de directiondirecteurs de service, responsables de sitechefs d'équipe, contremaîtres, responsables de rayon
Horizonplusieurs annéesde quelques mois à deux ou trois ansla journée, la semaine
Décisionsstratégiquestactiques (ou administratives)opérationnelles
Question poséeoù allons-nous ?avec quels moyens, et dans quel ordre ?qui fait quoi aujourd'hui ?
Interlocuteursactionnaires, banques, pouvoirs publics, presseautres services, direction, encadrement de proximitél'équipe, les clients, les fournisseurs directs
Exemple
(atelier de vélos fictif)
ouvrir un second atelier dans une autre villerecruter trois mécaniciens et réorganiser le service après-venteétablir le planning de la semaine et répartir les réparations urgentes
⚠️ Le piège du « plus c'est cher, plus c'est stratégique » Le montant ne classe pas une décision : c'est la durée d'engagement et le coût du retour en arrière qui la classent.
  • Commander pour 150 000 € de pièces détachées chaque mois est une décision opérationnelle : elle se répète et s'ajuste.
  • Signer avec un fournisseur unique pour cinq ans est une décision stratégique, même si le montant annuel est plus faible : on renonce à toute alternative pendant cinq ans.

III. Les tâches du dirigeant, et à quoi ressemble sa journée


Quatre tâches, une boucle Le travail du dirigeant se décrit en quatre tâches qui se répètent en boucle : chacune alimente la suivante, et le contrôle relance la finalisation.
TâcheCe qu'elle recouvreExemple (atelier de vélos fictif)
1. Finaliserdéfinir la finalité, la traduire en objectifs chiffrés et datés, arbitrer entre les priorités« devenir la référence de la réparation en 48 heures dans la ville », puis « réduire le délai moyen de 5 à 2 jours au 30 juin »
2. Organiserdécouper le travail, définir les postes, attribuer les moyens et les pouvoirs, fixer les procéduresséparer l'accueil de l'atelier, créer un poste de préparateur, écrire la procédure de diagnostic
3. Animer et formerinformer, motiver, développer les compétences, arbitrer les conflits, décider au quotidienpoint de dix minutes chaque matin, tutorat d'un apprenti, arbitrage entre deux réparations urgentes
4. Contrôlerfixer le standard, mesurer le réalisé, analyser l'écart, décider de l'action correctivedélai moyen relevé chaque semaine ; écart de + 1 jour en mai, d'où un renfort le samedi
Un travail varié, bref et fragmenté Les observations directes du travail des dirigeants, notamment celles de Mintzberg, ont corrigé une image répandue : le manager ne passe pas ses journées à réfléchir au long terme dans le calme.
  • Varié : il passe d'un budget à un conflit d'équipe, puis à un client mécontent, en quelques minutes.
  • Bref : la plupart de ses activités durent moins d'un quart d'heure.
  • Fragmenté : il est interrompu sans cesse, et une part importante de son information vient de conversations informelles, non de rapports écrits.
  • Oral et relationnel : le manager parle, écoute et négocie bien plus qu'il ne rédige.

Remarque : ce constat n'est pas une critique du métier, c'est une donnée à intégrer. Il explique pourquoi le temps consacré à la réflexion stratégique doit être protégé volontairement : si on ne le réserve pas, l'urgence le mange en entier.

IV. Weber : d'où vient l'autorité ?


Trois fondements de l'autorité légitime Weber ne demande pas si un chef a de l'autorité, mais pourquoi ceux qui obéissent trouvent normal de lui obéir. Il distingue trois sources de légitimité, qui se combinent en pratique mais dont une domine toujours.
Type d'autoritéSur quoi elle reposeCe qui la fondeSa fragilitéExemple
Traditionnellel'habitude et la coutume« il commande parce qu'on a toujours fait ainsi » : hérédité, ancienneté, statutelle résiste mal au changement : dès que la tradition est contestée, l'autorité l'est aussil'entreprise familiale fictive où le fils aîné succède au père, sans que la question se pose
Charismatiqueles qualités exceptionnelles prêtées à une personneon obéit à quelqu'un, pour ce qu'il est : vision, éloquence, courageelle est personnelle et donc non transmissible : elle disparaît avec la personne, et la succession est presque toujours difficilele fondateur d'une jeune entreprise que toute l'équipe suit « parce que c'est lui »
Rationnelle-légalela règle écrite et la fonction occupéeon obéit à une fonction, pas à une personne : le pouvoir est défini, limité et impersonnelelle peut virer à la bureaucratie : application de la règle pour elle-même, lenteur, déresponsabilisationle directeur d'une administration, dont les décisions valent parce qu'un texte les prévoit
⚠️ Pourquoi la rationnelle-légale est la plus stable Parce qu'elle survit au titulaire du poste. Le jour où le directeur part, la fonction demeure, et son successeur exerce exactement la même autorité. Une autorité charismatique, elle, s'en va avec la personne : c'est la crise de succession classique des entreprises fondées par une forte personnalité.
Deux distinctions à ne pas rater :
  • Autorité et pouvoir ne sont pas synonymes. Le pouvoir est la capacité d'obtenir un comportement ; l'autorité est un pouvoir reconnu comme légitime par ceux qui s'y soumettent.
  • Charismatique n'est pas un compliment, c'est un mode de légitimation. Il est puissant et fragile à la fois.
👆 À toi : dans une association fictive, tout le monde suit les décisions d'un bénévole qui n'a aucun mandat. De quelle autorité s'agit-il ? Vérifie
D'une autorité charismatique : elle ne tient ni à un texte (il n'a aucun mandat, donc rien de rationnel-légal), ni à une coutume, mais aux qualités que le groupe lui reconnaît.
Deux conséquences à écrire dans une copie :
  • cette autorité est réelle : l'organigramme de l'association ne dit donc pas où se prennent les décisions ;
  • elle est fragile : le jour où ce bénévole s'en va, personne ne récupère son autorité, et l'association devra reconstruire une légitimité, en général rationnelle-légale (un mandat voté en assemblée générale).

V. Les dix rôles du manager selon Mintzberg


Trois familles, dix rôles Plutôt que de décrire ce que le manager devrait faire, Mintzberg observe ce qu'il fait et range ses activités en dix rôles, regroupés en trois familles. L'ordre a un sens : les rôles interpersonnels donnent accès à l'information, l'information permet de décider.
FamilleRôleCe qu'il recouvreExemple (chaîne de magasins fictive)
Rôles interpersonnels
ils viennent de l'autorité formelle
1. Symbole (figure de proue)représenter l'organisation dans les actes de forme : accueil, signature, cérémoniela directrice inaugure le nouveau magasin et accueille les élus
2. Leaderrecruter, former, motiver, fixer le climat de l'équipeelle mène les entretiens annuels et arbitre les demandes de formation
3. Agent de liaisonentretenir un réseau de contacts hors de sa ligne hiérarchiqueelle échange régulièrement avec les autres directeurs de magasin et un syndicat professionnel
Rôles informationnels
le manager est un carrefour d'information
4. Observateur actifcollecter en permanence l'information utile, formelle et informelleelle lit les remontées de caisse et écoute ce que disent les vendeurs
5. Diffuseurtransmettre vers l'intérieur l'information reçueelle explique en réunion la nouvelle politique de retours
6. Porte-paroletransmettre vers l'extérieur au nom de l'organisationelle répond au journal local sur les créations de postes
Rôles décisionnels
ils consomment l'information collectée
7. Entrepreneurprovoquer le changement, lancer des projets d'améliorationelle ouvre un service de retrait en une heure
8. Régulateurtraiter les perturbations non prévueselle gère une rupture de stock et un conflit entre deux équipes
9. Répartiteur de ressourcesdécider qui obtient quoi : budget, temps, personnel, matérielelle affecte le budget de rénovation à un rayon plutôt qu'à un autre
10. Négociateurengager l'organisation dans une négociationelle renégocie le loyer du local avec le bailleur
Comment traiter un cas « journée d'un manager » C'est un exercice d'examen très fréquent : on donne l'emploi du temps d'un responsable, on demande d'identifier les rôles.
  1. Une activité, un rôle : traite chaque ligne de l'énoncé séparément, ne cherche pas à en faire une synthèse.
  2. Demande-toi ce que le manager fait circuler : une relation (interpersonnel), une information (informationnel), ou un arbitrage (décisionnel) ?
  3. Distingue le sens de l'information : elle entre (observateur), elle descend (diffuseur), elle sort (porte-parole).
  4. Distingue l'origine de la décision : le manager provoque le changement (entrepreneur) ou il subit un imprévu (régulateur).
Ces deux dernières distinctions sont exactement celles sur lesquelles les copies perdent des points.
👆 À toi : « elle annonce à l'équipe la nouvelle procédure décidée par le siège », puis « elle passe à la radio locale pour la même procédure ». Mêmes rôles ? Vérifie
Non, et c'est précisément ce que la question teste.
Annoncer à l'équipe : rôle de diffuseur. L'information vient de l'extérieur de l'unité (le siège) et le manager la fait descendre vers l'intérieur.
Passer à la radio : rôle de porte-parole. Le manager transmet vers l'extérieur, et il engage alors l'organisation, pas seulement lui-même.
Conclusion : le contenu transmis est identique, le rôle change avec la direction de la transmission.

VI. Logique entrepreneuriale, logique managériale, et le manager mandaté


Logique entrepreneurialeLogique managériale
Point de départune opportunité repérée sur le marchédes ressources déjà réunies dans l'organisation
Questionque pourrait-on créer ?comment tirer le meilleur parti de ce que nous avons ?
Rapport au risqueil est assumé : l'entrepreneur engage souvent son propre patrimoineil est maîtrisé : on cherche à le réduire et à le partager
Horizonla rupture, l'innovation, la création de valeur nouvellela continuité, l'optimisation, l'efficience
Auteur de référenceSchumpeter, qui fait de l'entrepreneur innovateur le moteur du changement économiqueFayol et Drucker, qui font de l'administration un métier
Risque du déséquilibreune entreprise qui n'a que la logique entrepreneuriale innove sans jamais consolider : elle grandit malune entreprise qui n'a que la logique managériale optimise un modèle qui vieillit : elle décline lentement
Les deux logiques sont complémentaires Elles s'opposent dans un tableau, jamais dans une entreprise qui dure. La création réclame la logique entrepreneuriale ; la croissance réclame la logique managériale ; le renouvellement réclame de retrouver la première sans perdre la seconde. C'est le sens du rôle d'entrepreneur chez Mintzberg : un rôle de manager, à l'intérieur d'une organisation existante.
⚠️ Le manager mandaté : quand le dirigeant n'est pas le propriétaire Dans une grande entreprise, les propriétaires (les actionnaires) confient la direction à un manager mandaté qui n'est pas propriétaire. Cette séparation est efficace, mais elle crée une relation d'agence : celui qui décide n'est pas celui qui supporte le risque. Trois sources de risque sont classiquement identifiées :
  1. La poursuite de son intérêt personnel : privilégier la taille de l'entreprise, son propre prestige ou sa sécurité plutôt que la valeur créée.
  2. Le frein à l'initiative : éviter les projets risqués qui, en cas d'échec, coûteraient sa place, même lorsqu'ils seraient rentables en espérance.
  3. Les mauvaises décisions : un mandataire peut se tromper sans en supporter les conséquences patrimoniales.
Les réponses habituelles : des objectifs mesurables, une rémunération liée à la performance (part variable, intéressement, actions), et des organes de contrôle (conseil d'administration, commissaires aux comptes, information des actionnaires).

Remarque : aucun de ces dispositifs n'est neutre. Une rémunération indexée sur le cours de l'action peut encourager les décisions qui font monter ce cours à court terme au détriment du long terme. Le remède déplace le problème : c'est un point qui vaut des points en copie.

VII. Leadership : le leader n'est pas le manager


Définition Le leadership est la capacité d'une personne à influencer le comportement d'un groupe et à l'entraîner vers un but, sans recourir à l'autorité formelle.
Deux ingrédients :
  • des qualités personnelles : écoute, confiance en soi, capacité à décider dans l'incertitude, exemplarité ;
  • des compétences acquises : communiquer, animer une réunion, conduire un entretien, gérer un conflit. Cette seconde part se travaille, et c'est elle qui justifie qu'on enseigne le management.
Le managerLe leader
D'où vient son pouvoirde sa fonction : il est nomméde sa reconnaissance par le groupe : il est suivi
Ce qu'il obtientde la conformité : les consignes sont appliquéesde l'adhésion : le but est partagé
Ce sur quoi il agitl'organisation, les moyens, les procéduresles représentations, l'énergie, l'envie
Horizonl'exécution du planle sens et la direction
Sa limitel'autorité obtient l'obéissance, pas l'engagementl'influence ne suffit pas à répartir des budgets ni à sanctionner
⚠️ Les quatre cas possibles
  • Manager et leader : la situation la plus confortable, l'autorité et l'adhésion vont dans le même sens.
  • Manager sans leadership : les consignes sont appliquées à la lettre, et rien de plus. Le service tourne, il ne progresse pas.
  • Leader sans autorité : un membre de l'équipe entraîne les autres sans titre. C'est une ressource si son but rejoint celui de l'organisation, un contre-pouvoir sinon.
  • Ni l'un ni l'autre : le poste est occupé, la fonction ne l'est pas.
Formule à retenir : le manager a des subordonnés, le leader a des suiveurs.

VIII. Les styles de Lewin et de Likert


Lewin, Lippitt et White : trois climats de commandement À la fin des années 1930, ces chercheurs organisent une expérience devenue classique : des groupes d'enfants réalisent une activité manuelle sous trois styles d'encadrement différents, que l'on fait varier. Le protocole permet d'observer ce qui se passe quand l'adulte quitte la pièce, ce qui est tout l'intérêt du dispositif.
StyleComportement du responsableRésultat observéQuand le responsable s'absente
Autoritaireil décide seul, distribue les consignes une par une, ne donne pas la vue d'ensemble, juge sans expliquerproduction quantitativement élevée, mais climat tendu : agressivité entre les membres, ou au contraire apathiela production s'effondre : rien ne tenait le groupe, sinon la présence du chef
Laisser-faireil fournit le matériel et se retire : pas de consigne, pas d'arbitrage, pas d'évaluationproduction la plus faible et qualité médiocre : le groupe se disperse, l'insatisfaction est forterien ne change : il était déjà absent en pratique
Démocratiqueil fait décider le groupe des objectifs et des méthodes, conseille, explique ses critèresproduction un peu moins élevée que sous le style autoritaire, mais qualité supérieure, relations et motivation bien meilleuresla production se maintient : le groupe s'est approprié le but
⚠️ Ce que l'expérience démontre vraiment Elle ne démontre pas que le style démocratique produit toujours plus. Elle démontre que la conclusion dépend du critère retenu :
  • au critère de la quantité produite en présence du chef, le style autoritaire l'emporte ;
  • aux critères de la qualité, de la satisfaction et de l'autonomie, le style démocratique l'emporte nettement.
Le laisser-faire, lui, perd sur tous les critères : il ne faut jamais le confondre avec la délégation, qui suppose un cadre, des objectifs et un contrôle.
Likert : quatre systèmes de management Likert prolonge ce travail et décrit quatre systèmes, qui forment une progression de l'autorité pure vers la participation. Les deux premiers sont orientés vers les tâches, les deux derniers vers les relations.
SystèmeComment on décideComment on obtient le travailCirculation de l'informationEffet sur l'équipe
1. Autoritaire exploiteurau sommet, seulpar la crainte et la sanctiondescendante uniquement ; ce qui remonte est déformé par peurobéissance de surface, aucune initiative
2. Autoritaire paternalisteau sommet, seulpar la récompense et la relation personnelle au chefdescendante ; la remontée existe mais dit ce que le chef veut entendreloyauté envers la personne, dépendance
3. Consultatifau sommet, après avoir consultépar l'implication et des objectifs discutésdescendante et montante, réelleadhésion correcte, mais le dernier mot reste ailleurs
4. Participatifen groupe, par les équipes concernéespar la responsabilisation et le travail collectifdans tous les sens, y compris latérale entre équipesengagement fort : c'est le système que Likert recommande
Motivation et implication ne sont pas la même chose
  • La motivation est ce qui pousse à agir maintenant : elle peut venir d'une prime, d'un délai, d'une menace. Elle est souvent externe et s'éteint avec sa cause.
  • L'implication est l'attachement durable à l'organisation et à son but : elle est interne, se construit lentement, et survit à la disparition de la récompense.
Toute la démarche participative vise l'implication, parce qu'elle seule produit de l'initiative quand personne ne regarde.
Stora : quatre profils de managers Une typologie complémentaire, qui décrit non pas le mode de décision mais le rapport du manager à ses collaborateurs :
  • narcissique : centré sur son image et sur la reconnaissance qu'il attend de l'équipe ;
  • séducteur : obtient par le charme et l'adhésion personnelle, et évite volontiers le conflit ;
  • possessif : contrôle tout, délègue peu, considère l'équipe comme son domaine ;
  • bienveillant : attentif aux personnes et à leur développement, au risque du paternalisme.

Remarque : cette typologie est moins mobilisée à l'examen que Lewin, Likert ou Blake et Mouton. Elle est utile pour une raison précise : elle rappelle qu'un style de management n'est pas seulement une technique de décision, c'est aussi une manière d'être en relation.

IX. La grille de Blake et Mouton


Deux préoccupations, deux axes, une grille Blake et Mouton partent d'une idée simple : tout manager arbitre en permanence entre deux préoccupations, et ces préoccupations ne sont pas les deux bouts d'une même échelle.
  • l'intérêt pour la production (l'axe horizontal) : les résultats, les délais, les méthodes, la qualité du produit ;
  • l'intérêt pour les personnes (l'axe vertical) : les conditions de travail, la reconnaissance, le développement, le climat.
Chaque axe est gradué de 1 à 9, ce qui donne 81 positions possibles. Cinq d'entre elles servent de repères.
112233445566778899 intérêt pour la production intérêt pour les personnes 1.9 Social les relations avant tout 9.9 Équipe l'idéal du modèle 5.5 Intermédiaire le compromis permanent 1.1 Appauvri le service minimum 9.1 Autoritaire la tâche avant tout Les deux axes sont indépendants : s'occuper des personnes ne se paie pas en production. Un style se note toujours « production.personnes », dans cet ordre.
On note toujours un style « production.personnes » : 9.1 est le manager centré sur la tâche, 1.9 le manager centré sur les relations. Inverser les deux chiffres est l'erreur la plus fréquente, et elle change complètement la réponse.
PositionNom du styleComportement typiqueCe que cela donne
1.1appauvrieffort minimal sur les deux plans : transmettre les consignes, ne rien décider, ne rien risquerle service se maintient tant que rien ne change, et s'effondre au premier imprévu
1.9social (« country club »)priorité absolue au climat : on évite les tensions et on repousse les sujets qui fâchentéquipe agréable, objectifs mal tenus ; les personnes sérieuses finissent par se lasser
9.1autoritaire (obéissance)priorité absolue aux résultats : consignes précises, contrôle serré, le facteur humain est un moyenefficace à court terme, coûteux ensuite : turnover, absentéisme, plus aucune initiative
5.5intermédiaire (institutionnel)recherche permanente du compromis acceptable : ni trop d'exigence, ni trop de laxismeperformance moyenne stable : c'est le style le plus répandu, et le plus difficile à faire évoluer
9.9équipe (collaboratif)exigence forte sur les résultats et sur les personnes : objectifs partagés, confiance, conflits traités au lieu d'être évitésprésenté par les auteurs comme l'idéal à viser : l'engagement de chacun sert le résultat collectif
⚠️ La limite du modèle La grille désigne un style idéal, le 9.9, indépendamment de la situation. C'est là qu'elle est contestée : face à un incendie, à une crise ou à une équipe entièrement nouvelle, un comportement proche du 9.1 est parfois le seul praticable sur le moment.
C'est exactement l'objection à laquelle répond le modèle suivant, qui refuse l'idée d'un style universellement meilleur.
👆 À toi : « il annule la réunion d'équipe pour tenir le délai, et répond à qui se plaint que les résultats passent d'abord. » Quelle position ? Vérifie
Une position proche de 9.1 : intérêt très fort pour la production, intérêt faible pour les personnes.
Justification, comportement par comportement : le délai commande l'arbitrage (production), le temps consacré à l'équipe est la variable d'ajustement (personnes), et la plainte reçoit une réponse de principe plutôt qu'un traitement.
Interprétation : ce style tient le délai cette fois-ci. Son coût apparaît plus tard, et jamais sur l'indicateur qui a motivé la décision : désengagement, départs, informations qui ne remontent plus. C'est ce décalage entre le gain immédiat et le coût différé qui rend le 9.1 durablement séduisant.

X. Hersey et Blanchard : le leadership situationnel


Le style dépend du collaborateur, pas du manager Hersey et Blanchard renversent la question. Il n'existe pas de bon style en soi : le bon style est celui qui correspond au degré d'autonomie du collaborateur pour la tâche demandée. L'autonomie se lit sur deux dimensions :
  • la compétence : sait-il faire ?
  • la motivation (ou confiance en soi) : veut-il le faire, et s'en sent-il capable ?
Le manager dose alors deux comportements : le comportement de tâche (dire quoi faire, comment, quand) et le comportement de relation (écouter, expliquer, encourager, associer).
Autonomie du collaborateurStyle adaptéCe que fait le managerExemple (atelier de vélos fictif)
Faible : ne sait pas faire, mais motivé (nouvel arrivant)Directif
tâche +, relation −
il donne des instructions précises, montre, fixe des points de contrôle rapprochésle premier jour d'un apprenti : on lui montre la procédure de diagnostic, pas à pas
Moyenne basse : commence à savoir, mais se découragePersuasif
tâche +, relation +
il continue de cadrer et explique le pourquoi, encourage, valorise les progrèsau bout d'un mois, l'apprenti bute sur les cas difficiles et doute : on explique, on rassure, on garde le cadre
Moyenne haute : sait faire, mais manque de confiance ou d'envieParticipatif
tâche −, relation +
il associe le collaborateur aux décisions, écoute, soutient, laisse choisir la méthodeun mécanicien compétent que la charge de travail démotive : on décide avec lui de l'organisation de sa semaine
Forte : sait faire et veut faireDélégatif
tâche −, relation −
il confie la mission et le résultat attendu, reste disponible, contrôle par le résultaton confie à un mécanicien expérimenté la mise en place complète du service de réparation rapide
Les quatre règles d'emploi du modèle
  1. Aucun style n'est meilleur qu'un autre : chacun est adapté à un degré d'autonomie précis. Le style directif n'est pas un défaut, c'est la bonne réponse à une compétence absente.
  2. L'autonomie s'apprécie tâche par tâche, jamais personne par personne. Un collaborateur autonome sur la réparation peut être débutant complet sur la facturation : deux styles pour la même personne, le même jour.
  3. Le style suit l'évolution du collaborateur. Rester directif avec quelqu'un devenu compétent est vécu comme un manque de confiance, et le démotive.
  4. Le sens de la progression est la délégation : le rôle du manager est de faire monter l'autonomie, donc de rendre progressivement son style inutile.
⚠️ Deux erreurs symétriques
  • Déléguer trop tôt : à un débutant, cela ressemble à un abandon. Le travail est mal fait, et le collaborateur perd confiance.
  • Déléguer trop tard : à un expert, cela ressemble à de la surveillance. Le travail est bien fait, et le collaborateur s'en va.
Retiens que déléguer n'est pas laisser faire : la délégation fixe une mission, des moyens, une échéance et un point de contrôle. Le laisser-faire de Lewin, lui, ne fixe rien du tout.

XI. Le continuum de Tannenbaum et Schmidt


Sept degrés, et non deux camps Tannenbaum et Schmidt refusent l'opposition entre un management « autoritaire » et un management « participatif ». Ils décrivent un continuum : à mesure que le manager cède de l'autorité, l'équipe gagne de la liberté, et l'on peut se placer n'importe où sur cette échelle.
autorité du manager liberté de l'équipe 1Le manager décide seulet annonce sa décision.2Le manager décide, puis « vend »sa décision, qu'il explique pour la faire accepter.3Le manager présente sa décisionet répond aux questions.4Le manager présente une décision provisoire,qu'il accepte encore de modifier.5Le manager expose le problème, recueilleles suggestions, puis décide.6Le manager fixe les limiteset demande au groupe de décider.7Le groupe décide librement,dans les limites fixées par l'organisation. Il n'y a pas de frontière entre « autoritaire » et « participatif » : il y a un dégradé. Le degré 7 reste encadré : déléguer n'est jamais démissionner.
La somme des deux zones est constante : ce que le manager conserve, l'équipe ne l'a pas, et réciproquement. Un manager peut occuper des degrés différents selon les sujets : degré 1 sur la sécurité, degré 6 sur l'organisation des congés.
Trois familles de variables commandent le choix
  1. Les forces qui tiennent au manager : son système de valeurs, sa confiance dans son équipe, son propre besoin de sécurité, sa tolérance à l'incertitude.
  2. Les forces qui tiennent aux collaborateurs : leur compétence, leur envie d'autonomie, leur intérêt pour le problème, leur habitude d'être associés.
  3. Les forces qui tiennent à la situation : la culture de l'organisation, la nature du problème, le temps disponible et le risque encouru.
Le temps disponible est souvent la variable décisive, et c'est celle qu'on oublie dans les copies : la concertation coûte du temps que l'urgence n'a pas.
⚠️ Deux malentendus à éviter
  • Le degré 7 n'est pas l'anarchie. Le groupe décide « dans les limites fixées » : budget, délai, règles de sécurité. Sans ces limites, on retombe dans le laisser-faire.
  • Un degré élevé n'est pas un progrès moral. Consulter une équipe puis décider l'inverse sans expliquer est plus destructeur que d'avoir décidé seul dès le départ : la participation annoncée crée une attente, et une attente déçue coûte de la confiance.

XII. Pourquoi aucun style n'est le bon : la contingence


Les facteurs de contingence Tous les modèles de ce chapitre convergent vers la même conclusion, que Mintzberg formule pour les structures et qui vaut aussi pour les styles : le style efficace dépend du contexte. Les facteurs à examiner :
  • La taille : à cinq personnes, l'ajustement direct suffit ; à cinq cents, il faut des procédures et une ligne hiérarchique.
  • L'âge et l'histoire : une organisation ancienne a des habitudes qui pèsent plus que les intentions du dernier dirigeant arrivé.
  • La culture : rapport à la hiérarchie, à l'écrit, à la prise de parole. Un même style ne produit pas le même effet partout.
  • La gouvernance : dirigeant propriétaire ou manager mandaté, association, entreprise publique ; qui contrôle qui.
  • La nature de la décision : une décision urgente, risquée ou confidentielle ne se traite pas comme une décision courante.
  • La rationalité disponible : le décideur n'a jamais toute l'information ni tout le temps. Il ne choisit pas la meilleure solution concevable, mais la première qui soit satisfaisante au regard de ses critères.

Remarque : cette rationalité limitée laisse une place réelle à l'intuition, c'est-à-dire à l'expérience accumulée qui permet de trancher vite sans pouvoir tout justifier. L'intuition n'est pas l'opposé de la méthode : elle en est le raccourci, et elle se trompe exactement là où l'expérience passée ne vaut plus.

⚠️ À retenir absolument pour l'examen
  • La définition du manager (autorité, personnes, responsabilité de résultat) et la distinction manager / leader.
  • Les trois niveaux de management et le critère qui les sépare : horizon et réversibilité, jamais le montant.
  • Les trois autorités de Weber, et pourquoi la rationnelle-légale est la plus stable.
  • Les dix rôles de Mintzberg en trois familles : sache les citer, et distinguer diffuseur et porte-parole, entrepreneur et régulateur.
  • Les trois styles de Lewin et le comportement du groupe en l'absence du responsable ; les quatre systèmes de Likert.
  • La grille de Blake et Mouton : les deux axes, les cinq styles, la notation production.personnes.
  • Les quatre styles de Hersey et Blanchard et le fait que l'autonomie s'apprécie tâche par tâche.
  • Le continuum de Tannenbaum et Schmidt et ses trois familles de variables.
  • La contingence : aucune copie ne doit conclure qu'un style est le meilleur dans l'absolu.