Fiche de cours : La structure des organisations
Qui fait quoi, qui commande qui : l'organigramme, les cinq structures types, Mintzberg et Greiner
I. Qu'est-ce que la structure d'une organisation ?
Cette double formule est celle de Mintzberg, et elle est la meilleure à restituer en copie, parce qu'elle contient les deux moments du raisonnement :
- diviser : personne ne fait tout, chacun reçoit une part du travail ;
- coordonner : comme le travail a été découpé, il faut le recoller, sinon l'organisation se disperse.
Une structure n'est donc jamais « bonne » dans l'absolu : elle est un compromis entre le gain de la division et le coût de la coordination.
| Ce que l'organigramme apporte | Ce qu'il ne montre pas (ses limites) |
|---|---|
| une vue d'ensemble immédiate : on voit en un coup d'œil le nombre de niveaux et le découpage retenu | il est statique : c'est une photo à une date, alors que la structure bouge en permanence |
| il précise qui dépend de qui, donc à qui l'on s'adresse et qui décide | il est incomplet : il dit les liaisons, pas la charge de travail, ni les compétences, ni les moyens de chacun |
| il sert à l'accueil des nouveaux et à la communication interne | il ignore le fonctionnement informel : les relations réelles, les arrangements, les personnes qu'on appelle vraiment quand il y a un problème |
| il révèle les incohérences visibles (un service rattaché à deux chefs, un chef avec vingt subordonnés directs) | il ne dit rien du pouvoir réel : un assistant de direction ou un informaticien qui maîtrise une information rare pèse plus que sa case |
- le pouvoir vient de la maîtrise d'une zone d'incertitude : celui qui sait faire ce que personne d'autre ne sait faire, ou qui détient une information que les autres n'ont pas, dispose d'un pouvoir réel, quelle que soit sa place sur l'organigramme ;
- la règle est un enjeu de négociation : elle protège autant qu'elle contraint, et chacun l'invoque ou la contourne selon son intérêt.
Remarque : c'est l'argument qui fait la différence dans un cas pratique : après avoir décrit la structure formelle, montrer où se joue le pouvoir réel. Décrire l'organigramme et s'arrêter là, c'est décrire le décor.
Le raisonnement se lit dans cet ordre :
- l'entreprise choisit une stratégie (se diversifier, s'internationaliser, se recentrer) ;
- l'ancienne structure ne suit plus : les décisions s'engorgent au sommet, les problèmes se traitent trop tard ;
- la structure est alors modifiée pour rendre la stratégie applicable : la diversification appelle typiquement le passage à une structure par divisions.
Remarque : la proposition inverse est vraie aussi : une structure installée freine ou oriente les stratégies possibles. On dit parfois que la stratégie finit par suivre la structure. Le signaler en copie est toujours bien vu ; l'énoncé de Chandler reste celui qu'on demande en premier.
II. Les choix structurels : quatre questions à trancher
| Critère de découpage | Exemple (entreprise fictive) | Avantage principal | Inconvénient principal |
|---|---|---|---|
| par fonction (métier) | production, commercial, RH, finance | compétences regroupées, économies d'échelle dans chaque métier | chacun défend son service : la vue d'ensemble se perd |
| par produit | cuisine, bureau, jardin chez un fabricant de meubles fictif | chaque produit a un responsable identifié, réactivité sur son marché | les fonctions sont dupliquées : trois services commerciaux au lieu d'un |
| par clientèle | particuliers, professionnels, collectivités | l'offre colle aux attentes de chaque type de client | des clients à cheval sur deux catégories, des doublons |
| par marché ou zone géographique | Nord, Sud, export | proximité, adaptation aux usages et à la réglementation locale | coordination lourde entre zones, risque de politiques divergentes |
| par projet | une équipe par chantier, dissoute à la fin | souplesse, mobilisation de compétences variées sur un but daté | instabilité pour les personnes, rattachement à deux chefs |
Deux formes d'organigramme s'opposent :
- une structure haute (beaucoup de niveaux, peu de subordonnés par chef) : contrôle serré, mais information lente et déformée en montant ;
- une structure plate ou aplatie (peu de niveaux, beaucoup de subordonnés par chef) : décision rapide, mais encadrement plus distant.
- la hauteur de l'organigramme traduit la division verticale : le nombre de niveaux ;
- la largeur traduit la division horizontale : le nombre de services placés côte à côte à un même niveau.
| Centralisation | Décentralisation | |
|---|---|---|
| Qui décide | le sommet, pour tout ou presque | les responsables de terrain, dans un cadre fixé |
| Avantages | cohérence des décisions, vision d'ensemble, coordination simple, économies d'échelle | décisions plus rapides et plus proches du terrain, sommet déchargé du courant, motivation et montée en compétence de l'encadrement |
| Inconvénients | lenteur, engorgement du sommet, démotivation de l'encadrement, décisions prises loin des faits | risque d'incohérence entre unités, doublons, besoin de contrôle et de reporting, délégation impossible sans confiance ni compétence |
| Terrain favorable | petite taille, activité unique, environnement stable, situation de crise | grande taille, activités ou marchés variés, environnement instable |
👆 ▶ À toi : une chaîne fictive de 40 magasins interdit à ses directeurs de magasin de fixer un prix ou de commander un produit hors catalogue. Centralisée ou décentralisée ? Vérifie
Le critère est le pouvoir de décision, pas la dispersion géographique. Les 40 magasins sont éparpillés sur le territoire, mais les deux décisions qui comptent (le prix et l'assortiment) restent au siège : c'est bien une centralisation.
Interprétation du résultat : le choix se défend. Il garantit qu'un produit coûte le même prix partout, ce qui protège l'image de l'enseigne, et il permet d'acheter en gros. Il a un prix : quand un concurrent local casse un prix, le directeur de magasin voit le problème et ne peut rien faire ; il faut remonter au siège, qui décidera pour les 40 magasins à la fois.
Remarque : dispersion géographique et décentralisation sont deux choses différentes. Une organisation peut être présente dans dix pays et rester très centralisée ; une entreprise d'un seul site peut déléguer largement.
III. Les cinq structures types
| Avantages | Inconvénients |
|---|---|
| décision très rapide, aucun circuit à respecter | tout repose sur une seule personne : son absence bloque l'organisation |
| souplesse : on s'adapte au client au cas par cas | le dirigeant est vite saturé quand l'effectif grandit |
| coût d'encadrement quasi nul | peu de spécialisation : chacun fait un peu de tout, avec des lacunes |
| communication directe, informations qui circulent vite | aucune règle écrite : les décisions dépendent de l'humeur du jour, et rien ne se transmet |
| Avantages | Inconvénients |
|---|---|
| compétences regroupées par métier : on progresse dans sa spécialité | chaque fonction raisonne pour elle : la production veut des séries longues, le commercial du sur-mesure |
| unité de commandement : chacun sait de qui il dépend | toute question transversale doit remonter à la direction générale, qui s'engorge |
| économies d'échelle dans chaque fonction (un seul service achats) | peu adaptée dès que les produits ou les marchés se diversifient |
| organigramme simple, facile à comprendre et à faire vivre | responsabilité du résultat final diluée : en cas d'échec, chaque fonction montre l'autre du doigt |
La règle d'or : l'état-major éclaire la décision, il ne la prend pas et ne donne pas d'ordres aux opérationnels.
| Avantages | Inconvénients |
|---|---|
| l'unité de commandement est préservée : les ordres passent toujours par la ligne | conflits fréquents entre les conseillers et les opérationnels : « ils décident sans jamais mettre les mains dedans » |
| la décision s'appuie sur une expertise réelle (droit, qualité, chiffres) | l'état-major coûte cher et ne produit rien directement |
| les opérationnels sont déchargés des questions techniques transversales | risque que le staff prenne, en fait, le pouvoir : le conseil devient difficile à refuser |
| structure adaptée aux organisations moyennes et grandes | lenteur ajoutée : consulter avant de décider prend du temps |
La direction générale, elle, ne gère plus le courant : elle fixe la stratégie d'ensemble, répartit les ressources entre divisions et contrôle les résultats.
| Avantages | Inconvénients |
|---|---|
| autonomie et réactivité : la division décide sur son marché | duplication des fonctions : autant de services commerciaux ou comptables que de divisions, donc un surcoût |
| responsabilité claire : chaque division répond de son résultat | concurrence entre divisions pour les ressources, rétention d'information |
| la direction générale se concentre sur la stratégie | risque de dérive : une division qui poursuit son intérêt au détriment de l'ensemble |
| on peut créer, vendre ou fermer une division sans démonter tout le reste | pilotage par les seuls résultats chiffrés : tentation du court terme |
Cette rupture de l'unité de commandement n'est pas un accident : elle est voulue, pour croiser en permanence l'expertise du métier et l'exigence du projet.
| Avantages | Inconvénients |
|---|---|
| compétences mobilisées là où on en a besoin, quand on en a besoin | double commandement : ordres contradictoires, arbitrages permanents |
| souplesse : on monte et on démonte des équipes projet | stress et inconfort pour les salariés : à qui obéir en cas de désaccord ? |
| circulation directe de l'information entre métiers, sans passer par le sommet | réunions nombreuses : le coût de coordination est le plus élevé de toutes les structures |
| adaptée aux environnements complexes et changeants | ne fonctionne que si les responsabilités des deux axes sont écrites, et si les deux chefs s'accordent |
| Structure | Principe | Unité de commandement | Point fort | Point faible | Terrain de prédilection |
|---|---|---|---|---|---|
| Entrepreneuriale | tout part du dirigeant | respectée | rapidité, souplesse | dépend d'une seule personne, ne passe pas à l'échelle | très petite organisation, entreprise jeune |
| Fonctionnelle | découpage par métiers | respectée | spécialisation, simplicité | cloisonnement, sommet engorgé | PME à activité unique |
| Staff and line | une ligne qui commande, un état-major qui conseille | respectée | expertise sans casser la ligne | conflits staff / line, surcoût | organisation moyenne ou grande |
| Divisionnelle | divisions autonomes, centres de profit | respectée | autonomie, responsabilité du résultat | duplication des fonctions, rivalités | groupe diversifié, multi-produits ou multi-pays |
| Matricielle | métier × projet, croisement de deux axes | rompue (volontairement) | compétences croisées, souplesse | double commandement, coordination coûteuse | projets complexes, environnement instable |
👆 ▶ À toi : une entreprise fictive de 900 salariés vend trois gammes très différentes dans huit pays. Quelle structure, et quel risque ? Vérifie
Deux indices commandent la réponse : la taille (900 salariés, une direction générale ne peut plus suivre le détail) et surtout la diversité (trois gammes très différentes, huit pays, donc des marchés, des clients et des réglementations distincts). Une structure fonctionnelle obligerait un unique service commercial à tout traiter et ferait remonter chaque arbitrage au sommet : c'est exactement l'engorgement décrit par Chandler.
Reste à choisir le critère de découpage : par produit si les trois gammes exigent des métiers et des savoir-faire différents ; par zone géographique si ce sont surtout les réglementations et les habitudes d'achat qui changent d'un pays à l'autre.
Le risque : la duplication des fonctions. Trois divisions, c'est potentiellement trois services comptables, trois services achats, trois services informatiques. La parade habituelle consiste à garder au siège les fonctions où l'échelle compte (achats stratégiques, systèmes d'information, juridique) et à ne décentraliser que ce qui doit coller au marché.
Interprétation du résultat : on n'a pas « la » bonne structure, on a un compromis assumé. C'est ce raisonnement, et non le nom de la structure, qui rapporte les points.
IV. Les six parties de l'organisation selon Mintzberg
| Partie | Qui la compose | Son rôle | Exemple dans un lycée fictif |
|---|---|---|---|
| 1. Sommet stratégique | direction générale, conseil d'administration | fixer le cap, allouer les ressources, tenir les relations avec l'extérieur | le chef d'établissement et son adjoint |
| 2. Ligne hiérarchique | cadres intermédiaires, chefs de service | relayer : traduire les décisions vers le bas, faire remonter l'information vers le haut | les responsables de niveau et de filière |
| 3. Centre opérationnel | ceux qui produisent le bien ou rendent le service | réaliser l'activité pour laquelle l'organisation existe | les enseignants |
| 4. Technostructure | analystes, méthodes, contrôle de gestion, qualité, planification | normaliser le travail des autres : procédures, plannings, indicateurs | le service qui construit les emplois du temps et les grilles d'évaluation |
| 5. Fonctions de support | paie, informatique, entretien, restauration, juridique, documentation | rendre un service aux autres parties, en dehors du flux de production | la vie scolaire, la cantine, l'agent d'entretien, le centre de documentation |
| 6. Idéologie | les valeurs et croyances partagées, l'histoire de la maison | faire tenir l'ensemble par l'adhésion plutôt que par la contrainte | « ici, on ne laisse personne décrocher » |
Cette fonction dit-elle aux autres COMMENT travailler, ou leur rend-elle un service ?
- Le contrôle de gestion qui impose un format de reporting mensuel normalise : technostructure.
- Le service informatique qui dépanne les postes rend un service : support. Le même service informatique, s'il impose une procédure obligatoire de saisie des commandes, agit alors comme la technostructure.
- Le service de la paie rend un service : support. Le service des méthodes, qui chronomètre et écrit les gammes de fabrication, normalise : technostructure.
V. Les sept configurations organisationnelles
En cas pratique, la méthode est toujours la même : repérer d'abord qui domine, la configuration suit.
| Configuration | Partie dominante | Coordination dominante | Environnement type | Exemple générique |
|---|---|---|---|---|
| Entrepreneuriale (structure simple) | sommet stratégique | supervision directe | simple et dynamique ; petite taille | une jeune entreprise, un commerce indépendant |
| Mécaniste (bureaucratie mécaniste) | technostructure | standardisation des procédés | simple et stable ; grande série | une usine de production de masse, un centre d'appels |
| Professionnelle | centre opérationnel | standardisation des qualifications | complexe et stable | un hôpital, un cabinet d'experts-comptables, une université |
| Divisionnalisée | ligne hiérarchique | standardisation des résultats | marchés diversifiés ; grande taille | un groupe multi-produits piloté par ses résultats |
| Innovatrice (adhocratie) | fonctions de support et experts opérationnels | ajustement mutuel | complexe et dynamique | une agence de création, un laboratoire de recherche, un studio de jeu vidéo |
| Missionnaire | idéologie | standardisation des normes | simple et stable ; forte adhésion | une association militante, une ONG |
| Politisée | aucune : les jeux de pouvoir l'emportent | aucun mécanisme dominant | conflictuel, souvent transitoire | une organisation en crise, une fusion mal digérée |
- « Bureaucratie » n'est pas une insulte. Au sens de Weber puis de Mintzberg, c'est une organisation réglée par des procédures écrites et impersonnelles : c'est ce qui garantit qu'un dossier soit traité de la même façon pour tout le monde. Le mot n'a pris son sens péjoratif qu'à l'usage.
- Bureaucratie mécaniste et professionnelle sont deux mondes opposés. Dans la première, la norme vient de la technostructure et s'impose au centre opérationnel. Dans la seconde, la norme est dans les têtes des opérationnels, acquise par une longue formation, et le sommet a peu de prise sur elle.
- Une configuration est un type pur, pas une photo. Une organisation réelle est presque toujours hybride : un hôpital est professionnel pour les soins et mécaniste pour la facturation. Le dire est un signe de maîtrise, à condition de désigner la configuration dominante.
VI. Les six mécanismes de coordination
| Mécanisme | En quoi il consiste | Exemple (organisation fictive) | Quand il s'impose |
|---|---|---|---|
| 1. Ajustement mutuel | les personnes se coordonnent en se parlant directement, sans passer par un chef | deux développeurs d'un studio fictif règlent leur difficulté en trois minutes devant un écran | très petites équipes… et travail très complexe : c'est le seul mécanisme qui tient aux deux extrêmes |
| 2. Supervision directe | une personne donne les ordres, contrôle et prend la responsabilité du travail des autres | le patron d'un garage fictif répartit les véhicules entre ses mécaniciens chaque matin | dès qu'une équipe dépasse la taille où tout le monde se parle |
| 3. Standardisation des procédés | le contenu du travail est prescrit à l'avance : modes opératoires, gammes, scripts | chaque sandwich d'une chaîne fictive se prépare selon une fiche affichée au poste | travail répétitif, résultat identique attendu à chaque fois |
| 4. Standardisation des résultats | on impose l'objectif à atteindre, pas la manière d'y arriver | chaque division d'un groupe fictif doit rendre une marge de 8 %, libre à elle de choisir ses moyens | unités autonomes que l'on pilote de loin |
| 5. Standardisation des qualifications | on normalise la formation de celui qui exécute : il sait quoi faire sans qu'on le lui dise | dans un bloc opératoire, chacun connaît le geste attendu de l'autre ; personne ne supervise en détail | travail complexe, professionnels formés longuement |
| 6. Standardisation des normes | ce sont les valeurs partagées qui orientent les comportements | les bénévoles d'une association fictive agissent tous dans le même sens sans consigne écrite | organisations à forte idéologie, réseaux de bénévoles |
- Y a-t-il quelqu'un qui dit quoi faire, en temps réel ? Oui → supervision directe.
- Sinon, qu'est-ce qui est fixé à l'avance ? La manière de travailler → procédés. Le résultat à atteindre → résultats. La formation de celui qui fait → qualifications. Les valeurs → normes.
- Rien de tout cela ? Ce sont les personnes qui s'arrangent entre elles → ajustement mutuel.
👆 ▶ À toi : dans une agence fictive de traduction, chaque traducteur est diplômé et certifié, travaille seul, et rend un texte que personne ne relit ligne à ligne. Quel mécanisme ? Quelle configuration ? Vérifie
Le mécanisme. Personne ne supervise le traducteur en temps réel (donc pas de supervision directe), aucune procédure ne décrit comment traduire une phrase (donc pas de standardisation des procédés), et l'on ne fixe pas non plus un résultat chiffré à atteindre. Ce qui garantit la qualité, c'est la formation et la certification du professionnel : il sait ce qu'il faut faire avant même qu'on le lui demande. C'est la définition même de la standardisation des qualifications.
La configuration. La partie dominante est le centre opérationnel : ce sont les traducteurs qui détiennent le savoir, et le sommet a peu de prise sur leur travail quotidien. Partie dominante = centre opérationnel, coordination = qualifications : c'est la configuration professionnelle, la même qu'un hôpital ou un cabinet d'expertise comptable.
Interprétation du résultat : cette configuration a une faiblesse connue : comme le contrôle repose sur le diplôme et non sur le travail rendu, l'organisation est presque désarmée face à un professionnel qui travaille mal. Sa réponse habituelle n'est pas la sanction, c'est la sélection à l'entrée et la formation continue.
VII. Qu'est-ce qui détermine la structure ? Les facteurs de contingence
Formule à retenir : une structure n'est pas bonne en soi, elle est adaptée, ou non, à sa situation.
| Facteur | Travaux de référence | Ce qu'ils établissent | Conséquence sur la structure |
|---|---|---|---|
| La stratégie | Chandler | les grandes firmes qui se diversifient finissent par changer de structure : la structure suit la stratégie | diversification → passage aux divisions |
| La technologie | Woodward | à performance égale, les entreprises n'ont pas la même structure selon leur mode de production : à l'unité ou en petite série, en grande série, ou en continu | la production de masse s'accommode d'une structure très formalisée ; la production à l'unité et la production en continu appellent des structures plus souples |
| L'environnement | Burns et Stalker | un environnement stable va avec une structure mécaniste ; un environnement instable exige une structure organique | voir le tableau ci-dessous : c'est une question de cours classique |
| L'incertitude, secteur par secteur | Lawrence et Lorsch | plus l'environnement est incertain, plus les services se différencient (horizons, objectifs et façons de travailler distincts) ; il faut alors d'autant plus d'intégration pour les faire retravailler ensemble | création de postes et d'instances de liaison : chefs de projet, comités, coordinateurs |
| La taille et l'âge | travaux de contingence, dans le prolongement de Weber | en grandissant et en vieillissant, une organisation se formalise et se spécialise | plus de niveaux, plus de procédures écrites, plus de technostructure |
| Structure mécaniste | Structure organique | |
|---|---|---|
| Environnement | stable, prévisible | instable, incertain, innovant |
| Tâches | découpées finement, définies une fois pour toutes | redéfinies en permanence, au gré des problèmes |
| Règles | nombreuses, écrites, impersonnelles | peu nombreuses ; on juge au cas par cas |
| Décision | centralisée au sommet | décentralisée, au plus près de la compétence |
| Communication | verticale : elle descend sous forme d'ordres | latérale : elle circule sous forme de conseils et d'informations |
| Coordination | standardisation des procédés, supervision directe | ajustement mutuel |
| Exemple générique | une usine de grande série, une administration | un studio de création, une équipe de recherche |
Une chaîne de production de masse gérée à l'ajustement mutuel serait ingérable ; un laboratoire de recherche piloté par gammes opératoires ne trouverait rien. Chaque structure est efficace dans son environnement, et seulement dans celui-là.
VIII. La structure change avec l'âge : le modèle de Greiner
- chaque phase de croissance repose sur une solution structurelle qui marche ;
- en réussissant, cette solution crée elle-même le problème qui la rendra intenable ;
- la crise n'est donc pas un accident de parcours : c'est le produit du succès précédent, et elle se résout en changeant de structure.
| Phase de croissance | Structure | Style de direction | Système de contrôle | Rémunération | Crise qui la termine |
|---|---|---|---|---|---|
| 1. Par la créativité | informelle : on fait ce qu'il faut, quand il le faut | individualiste, tourné vers le produit et le premier client | les résultats du marché, observés au jour le jour | participation à la propriété de l'affaire | crise de leadership : les fondateurs ne savent plus gérer un effectif qui grandit ; il faut un vrai dirigeant |
| 2. Par la direction | fonctionnelle et centralisée | directif : le dirigeant décide, on applique | budgets et standards de coût | salaire et augmentations au mérite | crise d'autonomie : les responsables de terrain connaissent leur marché et n'ont le droit de rien décider |
| 3. Par la délégation | décentralisée : unités ou zones autonomes | délégatif : on laisse faire et on juge sur pièces | rapports périodiques, centres de profit | primes individuelles sur les résultats | crise de contrôle : la direction générale ne maîtrise plus un ensemble parti dans toutes les directions |
| 4. Par la coordination | divisions regroupées, services centraux qui harmonisent | surveillance : on contrôle par les procédures communes | plans, procédures formelles, centres d'investissement | participation aux résultats de l'ensemble | crise de bureaucratie : les procédures étouffent l'initiative, le siège et le terrain se méfient l'un de l'autre |
| 5. Par la collaboration | équipes projet, fonctionnement matriciel | participatif : on résout ensemble | objectifs fixés en commun, autocontrôle | primes collectives, récompense de l'équipe | crise de renouveau : l'organisation a épuisé ses ressources internes de croissance et s'essouffle |
- externalisation : confier à des prestataires ce qui n'est pas le cœur de métier ;
- alliances et partenariats : partager un développement, un réseau de distribution, une plateforme ;
- structure en réseau : une organisation légère qui coordonne des partenaires plutôt qu'elle ne produit elle-même.
Remarque : le modèle est un repère, pas une prophétie. Toutes les organisations ne passent pas par les cinq phases, certaines sautent une étape, d'autres s'arrêtent durablement à la deuxième et s'en portent très bien. En cas pratique, on l'utilise pour nommer la crise traversée et proposer la structure qui en sort.
👆 ▶ À toi : une entreprise fictive passée de 12 à 60 salariés en deux ans. Les deux fondateurs valident encore chaque devis, les délais explosent, deux chefs d'équipe viennent de démissionner. Quelle crise, quelle sortie ? Vérifie
Les indices. L'entreprise a quintuplé son effectif en deux ans, mais son mode de fonctionnement n'a pas changé : les fondateurs continuent de tout viser eux-mêmes. Ce qui marchait à 12 salariés produit maintenant un goulot d'étranglement (les délais explosent) et une démotivation de l'encadrement (deux chefs d'équipe partent, faute de pouvoir décider quoi que ce soit).
La sortie. Passer en phase 2, la croissance par la direction : recruter ou nommer un dirigeant capable de gérer une organisation de cette taille, adopter une structure fonctionnelle avec des responsables identifiés par métier, écrire les règles qui n'existaient pas (qui valide quoi, jusqu'à quel montant) et remplacer la supervision directe des fondateurs par des délégations claires.
Interprétation du résultat : la difficulté n'est pas technique, elle est personnelle. Cette sortie de crise demande aux fondateurs de renoncer à une part de contrôle sur ce qu'ils ont créé, et c'est exactement là que beaucoup d'entreprises calent. Et la solution adoptée prépare déjà la crise suivante : la centralisation qui sauve l'entreprise aujourd'hui produira la crise d'autonomie de demain.
IX. Méthode de cas et fiche de révision
- Qualifier la structure existante avec le vocabulaire du cours : critère de découpage (fonction, produit, zone, projet), nombre de niveaux, degré de centralisation, unité de commandement respectée ou non.
- Identifier la configuration : quelle partie domine, quel mécanisme de coordination.
- Confronter à la situation : taille, âge, technologie, environnement stable ou instable, stratégie annoncée. C'est ici que se placent Chandler, Woodward, Burns et Stalker, Lawrence et Lorsch.
- Nommer le problème : engorgement du sommet, cloisonnement entre fonctions, duplication coûteuse, double commandement mal arbitré, crise de Greiner.
- Proposer une évolution, et en dire le coût. Une réponse qui ne mentionne aucun inconvénient de la solution proposée est une réponse incomplète : toute structure est un compromis.
- La définition de la structure : diviser le travail en tâches, puis les coordonner. Et le fait que diviser crée le besoin de coordonner.
- L'organigramme : son intérêt, et ses trois limites (statique, incomplet, aveugle à l'informel et au pouvoir réel, Crozier).
- Chandler : la structure suit la stratégie.
- Les choix structurels : spécialisation horizontale (par quel critère ?), spécialisation verticale (combien de niveaux ?), centralisation ou décentralisation, avec avantages et inconvénients des deux côtés.
- Les cinq structures types, chacune avec définition, organigramme, avantages, inconvénients, exemple. Savoir que la matricielle rompt l'unité de commandement, et que c'est son inconvénient majeur.
- Les six parties de Mintzberg, et surtout la différence entre technostructure (elle normalise) et support (il rend un service).
- Les sept configurations : partie dominante et mécanisme de coordination pour chacune.
- Les six mécanismes de coordination, dans l'ordre, avec un exemple chacun.
- Les facteurs de contingence : Woodward (technologie), Burns et Stalker (mécaniste / organique), Lawrence et Lorsch (différenciation / intégration), la taille et l'âge.
- Les cinq phases de Greiner et les cinq crises qui les séparent, dans l'ordre.