Fiche de cours Logimaths | Terminale spécialité

Fiche de cours : Continuité des fonctions

Tracer sans lever le crayon, puis le théorème des valeurs intermédiaires

I. La notion de continuité


Définition (intuitive puis rigoureuse) Une fonction est continue sur un intervalle si sa courbe s'y trace sans lever le crayon.
Version rigoureuse : f est continue en a si \lim_{x \to a} f(x) = f(a) (la limite existe ET vaut la valeur de la fonction), et continue sur I si elle l'est en tout point de I.
Dérivable ⇒ continue Si f est dérivable sur un intervalle I, alors f est continue sur I (admis).
Conséquence pratique : les polynômes, e^x, \sqrt{x} (sur [0\,;\,+\infty[), \dfrac{1}{x} (sur chaque moitié de son domaine), \cos x et \sin x sont continues. Sommes, produits, quotients (dénominateur non nul) et composées de fonctions continues sont continues.
⚠️ La réciproque est fausse Continue n'implique PAS dérivable : la fonction valeur absolue x \mapsto |x| est continue sur ℝ, mais sa courbe a un « pic » en 0 : pas de tangente, pas de dérivée en 0.
👆 À toi : pourquoi peut-on dire sans calcul que f(x) = (x² + 1)e³ˣ est continue sur ℝ ? Vérifie
C'est un produit d'un polynôme (continu sur ℝ) et d'une composée d'exponentielle (continue sur ℝ) : un produit de fonctions continues est continu.

II. Les fonctions définies par morceaux


Méthode : tester la continuité au point de raccord Chaque morceau (polynôme…) est continu sur son intervalle : le seul point à surveiller est le raccord c. On calcule :
  • la limite à gauche de c (avec la formule valable avant c) ;
  • la limite à droite de c (avec la formule valable après c) ;
Si les deux valent f(c), la courbe se recolle : f est continue en c. Sinon, la courbe fait un saut.
Exemple rédigé Soit f définie par f(x) = 2x + 1 si x < 3 et f(x) = x + 4 si x \geq 3.
À gauche : 2 \times 3 + 1 = 7 ; à droite : \begin{aligned}3 + 4 &= 7 \\ &= f(3)\end{aligned}
Les deux limites coïncident avec f(3) : f est continue sur ℝ.

🎛️ À toi de jouer : limite à gauche, limite à droite, valeur en c

Prouver qu'une fonction est continue en un point, c'est vérifier que trois nombres coïncident : la limite à gauche, la limite à droite, et la valeur f(c).
Choisis un cas, règle le paramètre, et regarde les trois nombres bouger. Le rond creux marque une valeur approchée mais jamais atteinte ; le rond plein, la vraie valeur de f(c).

le morceau de gauche le morceau de droite l'écart entre les deux

Les trois derniers cas ne se règlent pas : ils montrent les trois façons de rater la continuité : le saut, le trou et l'explosion vers l'infini.

🎮 Entraîne-toi : continue ou pas ?
Calcule la limite à gauche et à droite du raccord, puis tranche.
🎮 Entraîne-toi : recoller les morceaux
Trouve la valeur du paramètre qui rend la fonction continue au raccord.

III. Le théorème des valeurs intermédiaires


Théorème des valeurs intermédiaires (TVI) Soit f continue sur [a\,;\,b]. Pour tout réel k compris entre f(a) et f(b), l'équation f(x) = k admet au moins une solution dans [a\,;\,b] (admis).
Image : une courbe continue qui part sous une altitude k et arrive au-dessus doit forcément traverser cette altitude.
Continue. La courbe part sous l'altitude k et finit au-dessus. Elle ne peut pas l'éviter : l'équation f(x) = k a bien une solution.
Un saut. Même départ, même arrivée, mais la courbe enjambe l'altitude k sans jamais la toucher. Sans continuité, le théorème tombe.
Corollaire du TVI (théorème des valeurs intermédiaires strict) Si de plus f est strictement monotone sur [a\,;\,b], alors la solution est unique : l'équation f(x) = k admet exactement une solution.
On l'appelle aussi théorème de bijection.
Méthode : montrer que f(x) = 0 a une unique solution sur [a ; b] La rédaction en trois points, à réciter au bac :
  • f est continue sur [a\,;\,b] (polynôme, produit de fonctions continues…) ;
  • f change de signe : f(a) < 0 et f(b) > 0 (ou l'inverse) ;
  • f est strictement monotone sur [a\,;\,b] (signe de f′).
Conclusion : d'après le corollaire du TVI, l'équation f(x) = 0 admet une unique solution α. On l'encadre ensuite par balayage à la calculatrice.
⚠️ Les flèches d'un tableau de variations Par convention, une flèche oblique d'un tableau de variations signifie que la fonction est continue et strictement monotone sur l'intervalle : on peut donc appliquer le corollaire du TVI flèche par flèche pour compter les solutions de f(x) = k.

Attrape la grosse pastille sur l'axe des ordonnées et fais glisser la hauteur k. Compte les points où la droite rencontre la courbe : c'est exactement le nombre de solutions de f(x) = k. Change de fonction avec les deux onglets.

Courbe en rose, droite d'altitude k en bleu, solutions en vert. La barre bleue sous l'axe est l'encadrement de la solution : chaque coupe le divise par deux, c'est la dichotomie.
Encadrer la solution : balayage ou dichotomie Une fois l'unicité prouvée, on cherche une valeur approchée de \alpha :
  • Balayage : on parcourt l'intervalle de pas en pas (0,1 ; puis 0,01…) jusqu'à voir f changer de signe ;
  • Dichotomie : on coupe l'intervalle en deux, on regarde le signe de f au milieu, et on garde la moitié où le changement de signe se produit. L'amplitude est divisée par 2 à chaque étape, donc par plus de 1 000 en dix étapes.
Le bouton « couper l'intervalle en deux » de l'atelier fait exactement cela.
👆 À toi : f(x) = x³ + x − 5. Montre que f(x) = 0 a une unique solution dans [1 ; 2]. Vérifie
f est continue (polynôme) ; {f(1) = -3 < 0} et f(2) = 5 > 0 ; f'(x) = 3x^2 + 1 > 0 donc f est strictement croissante.
D'après le corollaire du TVI, l'équation admet une unique solution α dans [1 ; 2].
🧮 Le balayage à la calculatrice : NumWorks, Casio et TI pas à pas Le balayage, c'est une table de valeurs qu'on resserre. Objectif : encadrer au dixième la solution α de x^3 + x - 5 = 0 sur [1 ; 2]. Tu dois trouver 1{,}5 < \alpha < 1{,}6, car f(1{,}5) = -0{,}125 < 0 et {f(1{,}6) = 0{,}696 > 0}.
NumWorks (l'appli Fonctions et son onglet Tableau)
  • touche 🏠, appli Fonctions, entre f(x) = x^3 + x - 5 ;
  • onglet Tableau : choisis Régler l'intervalle : X début 1, X fin 2, pas 0,1 ;
  • repère le changement de signe de f(x) entre 1,5 et 1,6, puis recommence entre 1,5 et 1,6 avec un pas de 0,01 pour le centième.
Casio Graph 35+E II (même chemin sur Graph 90+E)
  • MENU, ouvre Table et entre Y1 = x^3 + x - 5 (la touche X,θ,T tape x) ;
  • F5 SET : Start 1, End 2, Step 0,1, puis EXE et F6 TABLE ;
  • repère le changement de signe de Y1, puis resserre le pas.
TI-83 Premium CE (la TI standard au lycée, commandes en français)
  • touche f(x), entre Y1 = X^3 + X - 5 ;
  • 2nde fenêtre (déf table) : DébTable 1, PasTable 0,1 ;
  • 2nde graphe (table) : fais défiler, repère le changement de signe, puis diminue PasTable.
🎮 Entraîne-toi : que dit le TVI ?
Lis les hypothèses (continuité ? stricte monotonie ? k entre f(a) et f(b) ?) et conclus.

IV. Application aux suites u(n+1) = f(u(n))


Théorème du point fixe Soit f continue sur un intervalle I et (u_n) une suite à valeurs dans I telle que u_{n+1} = f(u_n).
Si (u_n) converge vers L, alors f(L) = L (admis) : la limite est un point fixe de f.
Exemple rédigé : trouver la limite La suite u_{n+1} = 0{,}85\,u_n + 1{,}8 est supposée convergente vers L, et f(x) = 0{,}85x + 1{,}8 est continue.
Alors L vérifie L = 0{,}85L + 1{,}8, soit 0{,}15L = 1{,}8 et L = 12.
⚠️ Il faut D'ABORD prouver la convergence L'équation f(L) = L ne sert que si on sait déjà que la suite converge (souvent par le théorème de convergence monotone). Une suite divergente peut très bien « rater » un point fixe.
🎮 Entraîne-toi : le point fixe
Résous l'équation L = f(L) pour trouver la limite de la suite.